Alceste à bicyclette

Le challenge de la confrontation avec « l’autre » : miroir et révélateur.

23 521 (photo credit: Dr)
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Après LesFemmes du 6e étage, Philippe Le Guay est de retour en Israël pour présenter sonnouveau film Alceste à bicyclette au festival du film français.

Gauthier Valence, interprété par Lambert Wilson, est un acteur populaire desérie TV. Il vient surprendre dans sa retraite son ami Serge Tanneur(interprété par Fabrice Luchini), lequel s’est retiré du monde et des feux dela rampe.

Son but est de le convaincre de remonter sur les planches, pour jouer LeMisanthrope avec lui. Un défi de taille, qui a de quoi éveiller l’appétit desdeux hommes. Serge lui accorde une semaine de répétitions enfiévrées, au termedesquelles il promet de donner sa réponse.

C’est un film riche, tout en finesse, que Philippe Le Guay, à fleur de peau,signe ici et dans lequel il pose un regard d’amour sur ses personnages. Un filmd’humour aussi, qui offre le privilège d’assister à « la cuisine intérieure »de l’acteur en travail, aux prises avec un rôle et un partenaire.

Mais lequel de Gauthier ou de Serge se montrera-t-il le plus digne de donnervie au personnage d’Alceste, cet homme entier et sincère, en quête de vérité ?L’irruption de ce projet théâtral, vient bouleverser leurs vies et les sortirde leurs trajectoires. Le vernis craque et ce sont deux êtres mis à nu quiémergent, fragiles… et seuls. Mais n’est-ce pas là le destin de toutMisanthrope ? Entretien avec un réalisateur passionné.

Il y a encore Fabrice Luchini dans ce film : c’est votre Jean-Pierre Léaud ? 
Ala différence de Truffaut, je n’ai pas d’identification avec mon personnage. Cequi m’intéresse, ce sont les sentiments qui agitent l’acteur et l’homme, et quime sont étrangers. Ce en quoi il est « autre ». En me mesurant à lui,j’expérimente quelque chose de mystérieux, d’imprévisible. Luchini a une forcelyrique. Et il est aussi violent parfois, ce n’est pas un personnage deconfort. En allant vers un autre, différent, je me rencontre. C’est ladifférence qui amène à la connaissance de soi, c’est ce qui résiste. 

Un des thèmes du film, c’est l’amitié et la trahison.
Qu’est-ce qui anime le personnage joué par Lambert Wilson lorsqu’il vientarracher Luchini à sa retraite pour jouer Le Misanthrope. Est-ce vraiment unedémarche désintéressée et amicale ? 
Lambert Wilson est un acteur de télé, quiveut jouir de la notoriété du grand acteur de théâtre qu’était Luchini. Unmonstre sacré, une pointure comme on dit. En allant vers l’autre, il est enquête d’un vernis culturel. Luchini, lui, a le système en horreur. Il estcontent de son renoncement au monde et au métier de comédien. Les deux hommesvont faire l’expérience de l’entente artistique.

Pourquoi avoir fait le choix du Misanthrope ? 
Justement ce qui m’intéressait,c’est la relation entre Alceste et Philinte. Ce qui oppose les deux amis. Larencontre de l’autre dans sa différence et le miroir qu’il nous tend. On sedemande toujours s’il vaut mieux dire la vérité ou bien composer avec. Luifaire des entorses. Est-ce que toute vérité est bonne à dire ? C’est une desquestions que pose le film.

Une autre question posée, c’est celle de savoir si l’on peut changer lasociété.
Oui, l’un, Alceste, est un homme qui fait le choix de résister à la bienséance.Il ne veut pas pactiser avec le social, il refuse de se compromettre aux exigencesde la vérité. C’est un personnage dont Fabrice Luchini dans le film se sentproche.
Philinte c’est l’amour de soi avec la société. Et bien sûr ils vont êtreconfrontés à leurs limites.

Dès qu’on entend le titre Alceste à bicyclette en référence au Misanthrope onse demande où est la femme… 
Oui, bien sûr, dès qu’il y a deux hommes et unefemme les relations s’électrisent. Autant je suis fidèle au couple Alceste-Philinte, autant j’ai écarté le personnage de Célimène qui est une coquette. Etd’Arsinoé aussi. J’ai choisi d’introduire un autre personnage, celui du doubleféminin d’Alceste. Ce personnage, joué par Maya Sansa, est en train dedivorcer, elle va mal, elle est en colère, elle pense que tout le monde trahittout le monde, qu’on va tous mourir. C’est Alceste en pire. Car il n’y a pas derivalité entre les deux hommes autour de cette femme.

On pense à Jules et Jim… 
Oui. Deux hommes, une femme et une bicyclette,évidemment on y pense. Je ne l’ai pas fait pour la référence.
Je ne l’écarte pas non plus. Mais le film ne tourne pas autour de la relationhomme-femme précisément. Ils sont l’un et l’autre des éléments déclencheurs dela confrontation avec soi-même.

La dualité est un thème universel et en même temps très actuel, est-ce qu’ilpourra s’exporter en Israël ? 
Philinte est un vrai pessimiste ; agir sur leschoses lui semble vain. D’ailleurs pour Alceste, ce n’est pas tant la sociétéqu’il faut changer que les gens. Pour ma part, je pense qu’il faut essayer dechanger les choses, c’est bien. On réfléchit sur le monde et on prend sonparti. Ce film devrait avoir une résonance particulière pour le publicisraélien. Israël est un pays en guerre, c’est sûr que ces questions doiventparticulièrement interpeller dans ce contexte.

Quel accueil attendez-vous du public israélien ? 
C’est un très bon public.C’est la deuxième fois que je viens en Israël et je m’en réjouis. Les comédiensdu film n’ont pas pu m’accompagner et ils le regrettent beaucoup. FabriceLuchini est sur les planches à Paris et Lambert Wilson tourne aux Etats-Unis.Il y aura ici, je pense, des résonances aux questions posées par le film.