Cérémonie officielle au Wagon du Souvenir

Inauguration de l’auditorium du Site-Mémorial des Milles, seul camp français d’internement encore intact.

Cérémonie 521 (photo credit: Magali Barthès)
Cérémonie 521
(photo credit: Magali Barthès)

La culture, vecteur de tolérance Le Camp des Milles, autrefois berceau desouffrance, devient un haut lieu culturel, s’inscrivant parmi les places fortesde Marseille Provence 2013.

Une flamme s’éteint toujours faute d’entretien. Ce 27 janvier, désormaisjournée internationale de commémoration des victimes de la Shoah, était placésous le Haut patronage de Madame Simone Veil. La présence des représentantsdiplomatiques du Rwanda, d’Israël, d’Arménie, des religions diverses, aux côtésdes associations tsiganes et arméniennes, des associations de déportés juifs,de résistants, et le soutien de l’Association Française des Justes des Nationsont permis de renforcer un peu plus le sentiment de cohésion des humanistesface à la barbarie.

La cérémonie a débuté par le chant des Marais, interprété solennellement parles élèves du lycée militaire d’Aix-en Provence. Une collégienne et deuxlycéens du lycée Cézanne pour égrener les noms de leurs aînés arrachés à lavie, entre août et septembre 1942, un dépôt de gerbes par des écoliers desMilles sur les lieux mêmes du départ de plus de 2000 hommes, femmes et enfantsjuifs déportés vers Auschwitz... Le symbole est fort.

Le message de Simone Veil, lu par Robert Mizrahi, Président pour le Sud-est ducomité Yad Vashem France, montre toute l’importance de la transmission aux plusjeunes : « En tant qu’ancienne déportée, il m’a toujours paru essentiel detransmettre aux jeunes générations, par le jeu des témoignages et de lapédagogie, ce qu’a été la Shoah, afin qu’ils comprennent les éventuellesdérives de toutes sortes de discriminations ou d’extrémismes ».

La famille Steiner évoque les souvenirs : « Notre grand-père faisait partie despremiers internés qui ont réussi à s’évader. Lorsque nous sommes revenus aveclui sur les lieux, malgré son grand âge et ses difficultés à se déplacer, il aretrouvé toute l’énergie nécessaire pour nous conduire aux différents endroitsqui l’avaient particulièrement marqué ».

A l’issue de la cérémonie, Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Campdes Milles-Mémoire et Education, a inauguré l’auditorium du SiteMémorial.

A cette occasion, Louis Rama, professeur de lettres, accompagné par lecontrebassiste Vincent Bauza (1), a magistralement déclamé le texte d’AlbertCohen « O vous, frères humains ». Ce texte traduit les errances psychologiquesd’un enfant maudit parce que juif.

Mais cette enfance sacrifiée est la sienne : « De cette immense folie dessinges savants, de cette incroyable folie, je n'en reviens pas et n'en finispas d'en revenir. Et tout en clamant depuis des siècles leur amour du prochain,tout en s'en délicieusement gargarisant, ces singes vêtus continuent à admirerla force sous tous ses masques, l'horrible force qui est capacité de nuire etdont l'ultime racine et sanction est l'ultime pouvoir de tuer ».

Ces tourments d’un petit homme devenu trop vite adulte constituent un traitd’union avec l’histoire personnelle de ces nombreux artistes et intellectuelsdu Camp des Milles, déportés à Auschwitz pour certains d’entre eux. Ceconcert-lecture est la première activité culturelle sur le site depuis lescréations réalisées sur place par les internés il y a plus de soixante-dix ans.D’autres événements sont programmés, notamment l’opéra pour enfants « Brundibar» d’Hans Krasa, (joué par des enfants au camp de Terezin), et la présence duQuatuor Béla, qui interprètera des oeuvres de compositeurs persécutés ourésistants.

L’antisémitisme sévit trop souvent dans des lieux aussi banals qu’une courd’école. A l’évidence, la tolérance universelle est encore un vain mot. Mais ilfaut souhaiter que cette journée du 27 janvier décidée par l’ONU permette de fortifierla paix et l’amitiée.