« Jingle bells, jingle bells »

Ambiance de Noël à Bethléem pour des Européennes de passage en Israël.

Christmas in Bethlehem 150 (photo credit: Reuters/Ammar Awad)
Christmas in Bethlehem 150
(photo credit: Reuters/Ammar Awad)
21décembre. Installées depuis peu à Jérusalem et à Tel-Aviv, mes amieseuropéennes et moi décidons d’aller passer le week-end à Bethléem pourretrouver un peu de la magie de Noël. Direction la porte de Damas. Le bus 21nous y attend, entouré de dizaines d’autres bus bleu et blanc : 7,5 shekelspour vivre Noël deux jours durant, c’est donné. Dans le car, peu de pèlerins,mais plutôt des familles qui rentrent à Bethléem pour le weekend, chargées desacs de provisions diverses.

En 30 minutes, nous arrivons au centre-ville. Tout est décoré, scintille,brille. Un immense sapin est dressé au milieu de la Place de la Crèche (MangerSquare). Tout autour, les boutiques sont emplies de souvenirs, comme ces sujetsen bois d’olivier fabriqués dans une toute petite usine locale. Il fait trèsfroid et la nuit commence peu à peu à tomber, on se croirait dans un villagemontagnard de France, là où l’on célèbrerait Noël à tous les coins de rues enmangeant de la tartiflette.

On se laisse tenter par des petits sujets à accrocher dans le sapin. On achèteaussi des cartes postales, pour nos proches en France. Puis là, devant nous, onrepère l’Eglise de la Nativité, juste à côté de notre auberge de jeunesse.Après un excellent repas dans le restaurant Afteem – le plus vieux de Bethléem– nous passons devant une boutique de céramique. Le vendeur nous fait signed’entrer. Un homme d’une cinquantaine d’années, l’air jovial, quelques kilos entrop, quelques dents en moins. Il nous offre un thé à la menthe et nous racontesa Bethléem, où il est né et a toujours vécu.

Sa croix chrétienne, il la porte surtout parce que « c’est bon pour le businessici ! », confie-t-il. On lui demande s’il connaît un endroit agréable pourboire un verre, il nous conduit dans un café tout près de l’Eglise de laNativité. Devant un feu de cheminée, sapin et guirlandes, submergées d’odeurqui rappellent l’enfance, nous mangeons des gâteaux et buvons des chocolatschauds.

Un homme est assis à côté de nous. Il nous demande d’où l’on vient et racontesa jeunesse : la Suède, le stop, le journalisme à Jérusalem, la doublenationalité, la vie à Bethléem. Il montre des photos de ses enfants qui viventen Europe et nous invite à l’appeler quand nous reviendrons dans sa ville pourqu’il nous invite à dîner. Y aurait-il une aura de Noël qui flotterait surBethléem ? Nous rentrons à l’auberge, pleines de bons sentiments.

Tout est divisé en trois 

A 7h, réveil en musique. Un moment, je me demande sije n’hallucine pas. Mais non, on entend bien des chants de Noël dans toutel’auberge. Pourtant, nous ne sommes que le 22 décembre… Nous nous dirigeonsvers l’Eglise de la Nativité. Plusieurs groupes de pèlerins sont là : d’Afriquedu Sud, d’Italie, de France. Nous entrons par la petite porte, dite de l’Humilité,et pénétrons dans l’antre du christianisme.

Dans cette église, tout est divisé en trois, pour honorer les trois cultes :les protestants, les orthodoxes et les chrétiens.

Cela sent fort l’encens. Nous suivons le mouvement et arrivons bientôt à l’entréede la petite place où Jésus est supposé être né, lieu marqué par une étoile enargent sur le sol. Les pèlerins l’embrassent, la touchent, s’en imprègnent.

On ne peut pas rester longtemps, poussés vers l’extérieur par les nombreuxfidèles. Il y a une présence, quelque chose de fort, qui circule dansl’enceinte de l’église.

En sortant, au détour d’une rue, nous rencontrons un groupe de soeurs quifabriquent des santons. Elles sont françaises et vivent à Bethléem depuis 1943.Tous les jours, elles se rendent dans leur petit atelier et travaillent. Ellesont aussi des Soeurs à Jérusalem et un peu partout en Israël. Selon elles, iln’y a pas beaucoup de monde pour un 22 décembre. Elles espèrent que cela vavenir dans les jours prochains, car une grande partie de l’économie de la villerepose sur le tourisme.

En rentrant à Jérusalem, nous accrochons nos guirlandes et mangeons les PèresNoël en chocolat achetés en grande quantité. Ici, c’est autre chose. Mais Noëlou pas, la foi et la présence religieuse trouvent leur place dans la capitaleisraélienne. Et ce, pour tous les pèlerins du monde et toutes les traditions.



Israël et la fête de la Nativité 

Quelques idées à savoir sur le regard queporte la société israélienne sur une fête pourtant totalement étrangère à soncalendrier.

En Israël, 75 % de la population totale est de confession juive etne célèbre donc pas Noël. Pour autant, depuis quelques années, les symbolescolorés de la « fête de la Nativité » (Hag Hamolad) s’invitent dans la société.

Fait, en premier lieu, du ministère du Tourisme qui depuis plusieurs annéess’emploie à séduire les pèlerins chrétiens du monde entier. Résultat : 75 000touristes, dont 25 000 pèlerins chrétiens attendus en Israël pour la périodedes fêtes de fin d’année. Des chiffres en berne, toutefois, par rapport àl’année précédente. La faute à l’opération Pilier de défense du mois denovembre qui a dissuadé les Chrétiens de l’étranger.

Ce tourisme chrétien est excellent pour l’économie israélienne, a analyséJacques Bendelac, économiste. D’une part en ce qui concerne le tourisme entrantqui va faire du bien aux secteurs de l’hôtellerie et de la restauration. Maisaussi grâce au tourisme sortant : « Pour les Israéliens qui ne peuvent sepasser de l’atmosphère des fêtes de fin d’année et du shopping en Europe ou àNew York, les agences de voyages ont concocté des séjours à leur intention,mais qui ne sont pas forcément bon marché. En revanche, certaines compagniesaériennes proposent aux Israéliens des prix alléchants pour éviter que leursavions, qui vont déverser les touristes étrangers en Israël, ne repartent vides: à certaines dates, il est donc possible de trouver un vol pour Paris à 220dollars », commente Jacques Bendelac.

Des chiffres toutefois relatifs 

On ne peut pas aller jusqu’à dire que lecalendrier israélien se trouve bouleversé par ces célébrations, mais on peutnoter que les Chrétiens d’Israël ont droit à une journée de congé à l’occasiondu 25 décembre. Autre initiative : celle de la mairie de Jérusalem, associéeavec le KKL-Fonds national juif, qui a, cette année encore, distribué 1 200sapins aux dignitaires religieux, diplomates et autres bureaux de presseinternationale. « Un symbole pour la ville de Jérusalem qui est le berceau destrois religions monothéistes », a ainsi annoncé le porte-parole de la mairie deJérusalem, Guideon Schmerling.

Un arbre de Noël a également été dressé à l’entrée de la Vieille Ville. Iln’est pas vraiment en odeur de sainteté. Il a provoqué l’ire des groupes juifsultra-orthodoxes qui ont vécu ce geste comme une exhortation. La mairie s’estdéfendue en avançant sa volonté de respect envers la population chrétienne deJérusalem. Mais le sapin a finalement été retiré.

Enfin, les autorités israéliennes ont également instauré des navettes gratuitesentre Jérusalem et Bethléem les 24 et 25 décembre.

Une communauté importante 

En cette fin d’année 2012, les Chrétiens établis enIsraël représentent une communauté forte de 158 000 personnes, soit 2 % de lapopulation totale du pays. Ils sont en majorité arabes (80,6 %), tandis que lesautres (19,4 %) sont des conjoints d’immigrants juifs, originaires notammentd’Europe de l’Est ou d’Éthiopie, ainsi que leurs enfants.

Fin 2011, la plus grande communauté chrétienne d’Israël se trouvait à Nazareth(22 400 Chrétiens), suivie de Haïfa (14 400 Chrétiens), Jérusalem (11 700Chrétiens) et Shefaram (9 400 Chrétiens).

Dans les boutiques russes du pays, les enquêtes indiquent aussi un boom dans laconsommation d’alcool et d’alimentation à l’approche de Noël. Et elles ne sontpas les seules : d’autres sociétés israéliennes adaptent leurs prix et leursoffres en conséquence, comme les restaurants par exemple, qui proposent desmenus spéciaux, pour la Saint- Sylvestre, mais aussi pour le réveillon du 24décembre.

Bien évidemment, les Israéliens n’en sont pas à célébrer Noël, mais le 25décembre est une date de plus en plus prise en compte chez les commerçants. Unerécupération purement commerciale, comme c’est bien souvent le cas en Occident.