Le printemps est arrivé

Restituer au peuple juif sa dimension historique, ou plutôt celle de « coeur de l’humanité ».

24 521 (photo credit: DR)
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Les Hébreux, en sortant d’Egypte, ont imprimé àl’histoire des hommes une marque de libération, de façon indélébile. Let mypeople go, comme le souligne le Rav Yossef Attoun dans sa Hagadah revisitée,est désormais un message d’espoir pour toutes les civilisations opprimées etce, parce qu’il y a 3500 ans Moïse a guidé son peuple hors du joug de Pharaon.

Le Rav Attoun, avec La Naissance d’Israël – le Printemps du monde, propose unelecture analytique du livre de Chémot à la lumière des maîtres de l’exégèse bibliqueet du Talmud, et nous fait aussi ouvrir les yeux sur la dimensionhistoriosophique de notre Torah. A l’aube de sa naissance, le peuple d’Israël adit non, inspiré par Dieu. Israël est-il l’exemple du monde ? Depuis lanaissance de Moïse, notre guide, Yossef Attoun retrace l’histoire d’une nationet nous livre un beau présent de Pessah.

L’auteur a suivi des études de psychologie et de sciences de l’éducation enFrance. Il termine son cursus à l’université Hébraïque lorsqu’il fait son aliyaen 1970, puis un cycle d’études rabbiniques et pédagogiques au Collel Meretz.

Il assure un temps la direction pédagogique de l’institut Maayanot fondé parManitou, et en 1983, il crée la section francophone du Machon Meïr.Aujourd’hui, Yossef Attoun forme des enseignants en matières juives, et donnede nombreux cours. Il publie en ce début Nissan 2013, son premier ouvrage.

Quelques questions techniques : cet ouvrage est une somme de donnéesconsidérable, combien de temps ce travail vous a-t-il pris ? 
Trois ans. Mais envérité plus. J’ai d’abord regroupé des cours publiés sur Melamed, un sited’Akadem, qui étaient destinés aux enseignants français. Ils ont été remaniéspour leur donner une direction plus large. J’ai en effet tenté de toucher à lafois un public averti, connaissant les textes et certaines de leurs clés delecture, mais il m’était également essentiel de mettre cette étude à la portéedes personnes qui en sont plus éloignées.

Votre ouvrage est à la fois très pédagogique et exégétique, est-ce votre choix? J’ai une formation d’enseignant israélien. Donc cette approche pédagogiqueest presque un virus ! J’ai eu la chance d’étudier avec Manitou, c’est dans sonsillage que j’ai transmis le judaïsme. J’ai aussi reçu l’enseignement du grandmaître le Rav Yehoshoua Bachrakh, et c’est de lui que j’ai appris : le « cheminlong qui est court » est préférable, en ce qui concerne l’étude de la Torah, au« chemin court qui est long ».
Aujourd’hui, nous avons tendance à aller au plus vite, au plus court, au pluspetit. Quand j’ai présenté pour la première fois mon livre, on m’a reproché soncôté parfois trop technique, et l’on m’a conseillé d’insister sur son aspecthistoriosophique. J’ai tenu à préciser que ses contenus ne sont pas des idéespersonnelles, même « intéressantes », mais des leçons trimillénaires de latradition des Hébreux.

Pourquoi le livre de Chémot spécifiquement ? 
Il porte cette espérance duprintemps du monde et d’Israël.
Le Rav Kook parlait de la « sortie d’Egypte qui restera pour toujours leprintemps du monde ». Je lui emprunte cette expression de renouveau, derésurrection. Comme un arbre mort (esclavage) qui renaît au printemps(libération), le peuple juif est le premier à avoir percé le bourgeon. Laconscience des peuples a appris de cela l’aliénation liée à la servitude. Desorte que la liberté est devenue une condition sine qua non à toute existence.
La Torah entière n’a de sens que comme aboutissement de la naissance du peuplejuif, réalisée dans son terme. Le monde y a perçu des notions vitales, caraucun peuple n’était encore sorti de l’esclavage auparavant. Ce sont nosancêtres les Hébreux qui ont ouvert la brèche.

Est-ce aussi une Hagadah, un guide de Pessah, puisque vous l’appelez à unmoment donné la « Hagadah revisitée » ? 
J’ai ressenti le besoin d’être trèsproche du texte. J’étais constamment pris entre la volonté de faire un livresur la Hagadah et celle de coller au déroulement du texte biblique.
Au milieu du livre, le rapport à la Hagadah est très dense.
Il s’agissait d’insister sur le rôle du sacrifice de Pessah et sur la fonctiondu Maror, condition de réalisation de ce sacrifice.
J’espère être parvenu à faire comprendre que le passage à une identitécollective passe par le sacrifice de l’agneau pascal, et donc par la reconstructiondu Temple. La dimension nationale est au coeur du livre de l’Exode. Il est ditdans Chémot que si l’agneau que nous consommons au seder est trop importantpour le clan familial, il faut impérativement inviter ses voisins à le partager: cela nous apprend qu’il faut ouvrir les cercles afin de reconstituerl’identité nationale.

Quel est ce printemps du monde ? 
L’enseignement de Manitou est, sur ce point,lumineux.
« Yossef », vice-roi d’Egypte, réussit une révolution agraire, politique, sociale,spirituelle dans cette Egypte antique paralysée, et lui donne dynamique etespoir. Le messie, fils de Yossef, est ancré dans le national.
Un verset plus tard, nous lisons dans la Torah qu’« un nouveau roi se leva enEgypte, qui ne connaissait pas Yossef » ! Il s’agissait en fait, dit le Talmud,du même roi égyptien, mais ce qui est nouveau, ce sont les premiers décretsantisémites qui réduiront bientôt le peuple à l’esclavage. C’est un constatd’échec pour le Messie fils de Yossef parmi les nations.
Dès lors, le messianisme de Yossef trouve sa vocation interne.
Certains voyaient d’ailleurs en Herzl ce messie national, puisqu’il seral’étincelle qui ramènera le peuple sur sa terre.
Sur cette base, nous attendons le messie spirituel, fils de David, qui surgiraquand l’ère « nationale » sera accomplie.
Le messianisme change de registre. Il va désormais falloir réussir ce printempsqu’est Israël, en symbiose véritable des deux Messies ; nous pourrons alorsprétendre être un exemple pour les Nations.