Petites misères

Elle est allemande et mère. Parce que son père est impliqué dans la tentative d’assassinat du Führer, elle sera privée de ses 2 garçons. De là à en faire une héroïne…

JFR 24 521 (photo credit: Dr)
JFR 24 521
(photo credit: Dr)
J’aibeaucoup de mal à lire tout ouvrage relatant l’Allemagne antinazie, idem pourles témoignages de ceux qui se découvrent, 70 ans après les événements,antinazis. Je ne nie pas que le phénomène ait bien existé. Je regrette justeque ses membres aient été trop peu nombreux, et, qu’à cause d’eux, onréhabilite le peuple allemand dans son ensemble.

Certes, ces antinazis, même très peu nombreux ont existé… Mais contre qui ?Contre Hitler ! Ces combattants de l’ombre, pour la plupart d’ancienscommunistes – comme en France d’ailleurs – luttaient contre l’Allemagne nazie,contre Vichy, contre la milice. Mais sur 77 convois de Juifs déportés de Francepour les camps de la mort, 77 convois sont bien arrivés aux mains des bourreauxnazis. Pourtant, la SNCF pouvait s’enorgueillir d’une grande majorité decheminots communistes et résistants, l’exemple du courage de la France.

Car aucun de ces antinazis n’était intéressé, aucun ne se battait, nes’opposait pour ce qui restera pour moi l’essentiel de cette terrible période,l’assassinat de 6 millions de Juifs.

A croire que le problème juif ne faisait pas partie de leurs préoccupations,c’est tout juste si même après la guerre on en parlera.

Alors le match est inégal. D’un côté les petites misères de notre auteure FeyVon Hassell (en comparaison de ceux qui seront déportés, emprisonnés,assassinés dans les camps d’extermination), que les SS vont arrêter (en voitureparticulière) et effectivement emprisonner. Pour la simple raison qu’elle estla fille d’un antinazi, qui deviendra tout de même, par la suite, ambassadeurde cette Allemagne nazie en Italie.

Le père de notre héroïne, l’ambassadeur Ulrich Von Hassell est impliqué dansl’attentat du 20 juillet 1944 contre le Führer.

Suite à un procès truqué, il sera jugé et condamné à être pendu, en septembre1944.

Et Hitler va donner l’ordre d’éliminer tous les « conspirateurs » del’attentat, mais également « ceux qui étaient unis par les liens du sang ».

Voilà la seule raison pour laquelle notre héroïne, l’auteure de Les Jourssombres, va être arrêtée et, comble de malheur, séparée de ses deux beauxpetits garçons (2 ans et 5 ans).

Rassurez-vous, ces deux enfants ne sont pas juifs, ils ne périrent pas dans leschambres à gaz, ou dans des fosses communes, ne furent pas dévorés par deschiens devant leur maman, ou jetés dans des flammes vives comme l’ont été unmillion et demi d’enfants juifs. Non, heureusement pour elle, aidée de samaman, notre héroïne antinazie va retrouver un an plus tard ses deux enfantsdans un orphelinat en Autriche, en novembre 1945. C’est la maman de notrehéroïne qui « trouve enfin » ces deux petits enfants. Description desretrouvailles : « Ce fut un moment merveilleux, dit ma mère en nous sourianttendrement. Ils étaient si beaux, avec leurs chemises blanches, leurs culottesbleu marine et leurs sandales de cuir. Leurs petits visages reflétaient à lafois l’émotion et la confiance. Le plus âgé des deux, avec son regard perçant,ses cheveux blonds et sa face carrée, avait un tel air de famille qu’on nepouvait se méprendre sur son ascendance. » Voilà, tout est dit.

Nous avons connu les Allemands muets devant le nazisme. Combien de nazis ontretrouvé des postes importants dans l’Allemagne d’aprèsguerre ? Ce sont biendes millions d’Allemands, d’Autrichiens, la très grande majorité d’entre eux,qui ont élu à la tête de leur pays un tel personnage, qui n’a jamais caché sesintentions, « de se débarrasser des Juifs ».

Alors oui, certains se sont opposés aux desseins du dictateur, timidement,faiblement.

Oui, certains, comme Fey Von Hassell, en ont subi les conséquences. A ce titre,l’ouvrage mérite notre attention et notre crédit. On peut d’ailleurs soulignerl’émotion qui s’en dégage. Je regrette juste que cette histoire d’antinazi soitarrivée un peu tard.

Après le 20 juillet 1944. En lisant ce récit, j’avais l’impression de marcherau coeur de la Forêt noire, un beau matin d’automne, mais malheureusement, avecdes gravillons dans mes chaussures…