Aux Philippines, des héros ordinaires

La mission humanitaire israélienne vient de rentrer après 15 jours sur l’île dévastée

P10 JFR 370 (photo credit: Reuters)
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Deux semaines de mission humanitaire. Les 147 membres duCommandement du front intérieur de Tsahal et du corps médical envoyés poursecourir et assister la population philippine après le passage de l’ouraganHaiyan sont rentrés en Israël. Dans l’avion de retour, ils évoquaient pêle-mêlefatigue, enthousiasme, bonheur et satisfaction.
Grâce à l’hôpital de campagne qu’ils ont construit à BogoCity, ils ont pu soigner 2 686 Philippins, hommes, femmes et enfantsblessés pendant l’ouragan. Face à la violence de la catastrophe, l’équipeisraélienne a mis tout son cœur à l’ouvrage.
Les Philippines ont subi 22 ouragans cette annéeseulement. Motifs : la chaleur condensée dans les couches supérieures del’atmosphère, et des différences de pression qui produisent des vents violents.La dernière tempête a traversé les Philippines début novembre à une vitesse de320 km/heure, dévastant tout sur son passage de façon effroyable.
Les résidents locaux, pourtant habitués au climatviolent, ont été sidérés par l’intensité de l’ouragan Haiyan, considéré commela pire tempête de l’histoire des Philippines. Plus de 5 000 personnes ontperdu la vie, des milliers sont toujours officiellement portées disparues, etdes centaines de milliers d’habitants ont été évacués de leurs maisons. Lesréseaux d’électricité et de téléphone ont été coupés, les canalisationsendommagées, les routes bloquées, et les équipes de secours ont eu les piresdifficultés pour atteindre les survivants.
La Tikva tous les matins
Cinq jours après le coup de tempête, la délégationisraélienne a atterri en plein chaos avec 90 tonnes de matériel médical,fermement déterminée à assister cette population en détresse. Les équipes duCommandement du front intérieur et du Corps médical se sont attelées à mettreen place un hôpital de campagne de 15 tentes, tout près d’un hôpital local.
Chaque tente abritait un service différent :pédiatrie, urgences, radios, laboratoire, et salles d’opération etd’accouchements.
L’aspect mobile de l’hôpital n’a pas entravé le travaildes médecins : les patients étaient enregistrés dans le systèmeinformatique en bonne et due forme. Soixante membres du personnel médicaltravaillaient dans cet hôpital de fortune, parmi lesquels de jeunes militairesen service et des soldats réservistes. D’autres bénévoles, sans lien avecl’armée, ont également accepté de se joindre à la délégation.
« Nous ne savions pas exactement ce qui nousattendait sur le terrain à notre arrivée, aussi avons-nous décidé d’amenerautant de spécialistes que possible, en particulier ceux auxquels l’armée n’anormalement pas recours, comme des sages-femmes, des pédiatres et desspécialistes des soins néonatals », explique le lieutenant-colonel RacheliMizan, responsable des soins infirmiers de Tsahal.
Dès que l’ordre d’envoyer une délégation aux Philippinesa été donné, Mizan a commencé à rassembler une équipe composée des meilleursprofessionnels qu’elle a pu trouver, autant au sein de l’armée que dans lasociété civile. Elle s’est adressée aux infirmières en chef de chaque hôpitalisraélien pour obtenir leurs recommandations.
« Les infirmières doivent être expérimentées,professionnelles et chaleureuses. Nous avons également besoin de personnelsolide et aguerri émotionnellement », explique-t-elle. Elle ajoute qu’ellen’a essuyé aucun refus auprès des personnes contactées.
Inbal Amit est une de ces bénévoles. Elle est infirmièreen chef au service de médecine interne du Centre médical Sheba. Lorsque RacheliMizan lui a proposé de se joindre à l’équipe, Amit a accepté sur-le-champ, sansla moindre hésitation.
« Je lui ai dit “oui” avec plusieurs pointsd’exclamation », confie Amit. « C’est seulement après avoir acceptéque j’ai commencé à réaliser. Qui vais-je trouver pour me remplacer autravail ? Et comment ma famille va-t-elle pouvoir se passer de moi – mesenfants n’ont qu’une seule mère. Je me suis demandé comment ce serait là-bas.Je me sentais prête professionnellement et émotionnellement, et je savais queje voulais apporter ma contribution pour aider à sauver des vies. »
Elle a donc ôté sa blouse d’hôpital et enfilé celle del’équipe de l’armée israélienne. Tous les matins, les membres de la délégationentonnaient la Tikva, mangeaient des rations militaires et dormaient dans deslocaux communs.
« Les membres de l’équipe ont tous donné beaucoupplus que ce que l’on attendait d’eux », souligne-t-elle fièrement.
Sans eau, électricité ou moyens de communication
Lorsque l’équipe israélienne est arrivée sur l’île,toutes les infrastructures étaient complètement détruites. Il était trèsdifficile d’apporter une assistance médicale dans ces conditions. « Il n’yavait pas de lumière dans la salle d’accouchement, et la future maman devaittenir une lampe de poche pour que le personnel puisse voir ce qu’ilfaisait », explique Michal Peres, une sage-femme du Centre médical Meir deKfar Saba. « Il y avait deux ou trois femmes allongées sur le même lit,côte à côte. C’était inimaginable »
Dans ces conditions difficiles, sans eau courante et sansmoyen de communication pour contacter leur famille chez eux, l’équipeisraélienne a cependant réussi à rétablir l’électricité et permis à d’autresfemmes d’accoucher dans une pièce éclairée.
« Toutes mes craintes se sont vues confirmées. J’aiété accablée par la chaleur. L’hygiène du camp laissait vraiment àdésirer… », raconte Peres. « Mais j’ai surmonté mon appréhension, etchaque matin, j’arrivais le sourire aux lèvres. »
Après avoir passé la nuit dans les pièces mises à leurdisposition à proximité de l’hôpital, les infirmières dévouées commençaientleur journée à 6 h 30 tous les matins.
« Les chambres étaient minuscules, mais tout ce dontnous avions besoin était un endroit pour dérouler nos sacs de couchage etreposer nos têtes », explique Racheli Mizan.
Pendant les premiers jours, le seul moyen de se laverpour le personnel était une bouteille d’eau minérale et un savon spécial.« Nous avons tous reçu les vaccins nécessaires », souligne-t-elle.« Personne n’était inquiet ».
Au moment prévu pour la mise en route officielle del’hôpital de campagne – à 8 heures du matin – tout était déjà en place.« Quand il pleuvait pendant la nuit, il fallait sécher tout ce qui avaitété mouillé par l’eau qui s’infiltrait dans la tente », se souvient Amit.
Environ 800 enfants ont été soignés à l’hôpital. Certainsd’entre eux, coincés sous les décombres, ont perdu des membres dansl’effondrement d’édifices. D’autres présentaient des surinfections.
« Nous nous sommes occupés d’un enfant de deux ansatteint de méningite. Ses parents avaient demandé son transfert à l’hôpitalisraélien car ils avaient entendu dire qu’il offrait le meilleur traitementdans la région », raconte Orna Tzouria, l’infirmière en chef de l’hôpitalpour enfants Safra à Tel Hashomer. « Après un traitement intensif de24 heures, nous avons réussi à le stabiliser et avons pu le faire transférerdans un hôpital local pour la suite du traitement. Je suis très contente quenous ayons réussi à appliquer les normes de soins israéliennes, comme ellessont pratiquées dans les hôpitaux chez nous. »
Quand la demande se faisait moins pressante, les membresdu personnel allaient assister leurs collègues, ou trouvaient d’autres tâchesutiles à effectuer.
« On a tous mis nos ego de côté », affirmeTzouria. « S’il fallait nettoyer quelque chose, débarrasser les poubellesou déplacer un objet quelconque, tout le monde s’y mettait. Si je pouvaisreproduire cette éthique de travail chez nous, ce serait vraimentformidable. » Les bénévoles israéliens ont pu rester en contact avec leurfamille, principalement grâce aux messages WhatsApp sur Smartphone. Tous ontlaissé derrière eux un conjoint et de jeunes enfants. Cependant leurs familles(d’origine et élargies) se sont toutes mobilisées pour fournir l’aidenécessaire tandis qu’ils étaient occupés à secourir une population en détresseà l’autre bout du monde.
Amit a énormément manqué à ses trois enfants, âgés de 6 à13 ans, mais ils étaient aussi très fiers d’elle. « Ils n’ont pas vraimentcompris pourquoi je partais », explique-t-elle. « Mais ils se sontentraidés et ont tout fait pour traverser cette période le mieux possible. Jecrois que l’éducation de nos enfants passe en partie par l’exemple. Il nesuffit pas de leur répéter qu’il est important de faire du bénévolat. J’ai dela chance d’avoir pu me rendre utile auprès de ceux qui sont dans lebesoin. »
« Le personnel philippin est extrêmement bien formé,mais leur équipement est vieux de 20 ans », continue l’infirmière.« Les conditions que nous avons eues sont monnaie courante pour eux. Cheznous, en cas de naissance prématurée ou si les nouveau-nés sont en danger, ilssont immédiatement transférés à l’USIN (Unité de soins intensifs néonatals).Mais ici, le bébé est remis à la mère, qui fait de son mieux pour le mainteniren vie. Nous ne sommes pas habitués à de telles pratiques. »
Tsahal, toujours prêt à partir
Seulement une fois rentrées chez elles, ces quatreinfirmières vont pouvoir tirer les leçons de ces expériences intenses, qui lesaccompagneront toute leur vie. « La dernière fois que je me suis envoléepour l’étranger avec une équipe de secours, c’était après le tremblement deterre de 1999 en Turquie », raconte Mizan. « J’étais alors jeuneofficier, et ce qui est resté gravé en moi, c’est l’intensité et le sentimentde responsabilité qui pesaient sur l’armée israélienne. Nous avions travaillésans relâche pour secourir la population turque lourdement touchée ».
Pour Orna Tzouria, ce voyage est l’une des expériencesles plus marquantes qu’elle ait jamais vécues. « Je suis venue ici pouraider ces gens à se remettre sur pieds », explique-t-elle, « mais aucontraire, c’est moi qui en ressors renforcée. »
Des catastrophes naturelles, tremblements de terre,tempêtes, inondations ou raz-de-marée détruisant des villes entières, seproduisent constamment et partout. Quels sont, alors, les critères retenus parl’armée israélienne pour décider ce qui justifie l’envoi d’une équipe desauvetage ? « Nous sommes toujours prêts à partir en mission, là oùl’armée nous en donne l’ordre », répond le lieutenant-colonel Haïm Elishade l’Unité de recherche et de sauvetage du Commandement du front intérieur.« Et n’oubliez pas que les Philippines nous ont aidés lors du vote à l’ONUen faveur de la création d’un Etat juif. »
Fort de sa propre expérience dans les régions où sonunité s’est déployée, l’officier affirme que partout, Israël et l’arméeisraélienne ont une excellente réputation.
« On entend partout parler de l’Etat hébreu entermes extrêmement positifs. L’armée israélienne est considérée comme uneorganisation qui sauve des vies et vient volontairement en aide à ceux qui enont besoin. Et n’est-il pas écrit dans le Talmud « Qui sauve une seulevie, sauve l’humanité tout entière ? », ajoute-t-il. « Prendrepart à ce type d’événements procure un sentiment de satisfaction que riend’autre ne peut apporter. C’est la cinquième fois que je participe à une équipede secours, et si on me demande de le faire à nouveau, je partirai sanshésiter. »
Pendant que le personnel médical travaillait à l’hôpital,les autres membres de l’équipe du front intérieur participaient à lareconstruction d’une école entièrement détruite dans la tempête. « Enmoins d’une semaine », explique Elisha, « nous avons restauré leurssalles de classe et réparé le toit. Les enfants ont chanté des chansons enhébreu et nous ont embrassés. Jusqu’à notre arrivée, ils vivaient sansélectricité et ne pouvaient rien faire. Mais dès le début de notreintervention, ils se sont mis à travailler activement pour tout remettre enordre. C’était tellement incroyable à voir – j’en ai eu les larmes auxyeux. »
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