Elections italiennes : quel impact pour Jérusalem ?

Le scrutin des 24 et 25 février a plongé l’Italie dans une impasse gouvernementale qui inquiète toutes les capitales.

0603JFR14 521 (photo credit: Reuters)
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« Et le gagnant est : l’ingouvernabilité ». Ce titre duquotidien romain Il Messaggero reflète bien le pessimisme général après lesélections générales italiennes des 24 et 25 février. Aucune des coalitionsparlementaires n’est parvenue à obtenir une nette majorité et les deux chambresont chacune été remportées par des partis différents. Dans les prochainessemaines, alors que l’Italie et toute l’Union européenne retiennent leursouffle, deux ennemis jurés vont devoir collaborer afin de former ungouvernement. Faute de quoi, de nouvelles élections seront lancées.

L’ancien président du Conseil Silvio Berlusconi a d’ores et déjà indiqué queson parti de centre droit serait prêt à établir une coalition avec la formationde centre gauche de Pier Luigi Bersani. Ce dernier pourrait alors obtenir lamajorité à la Chambre des députés, où un supplément de sièges estautomatiquement accordé au plus large bloc de l’assemblée. Au Sénat, où lesmandats sont élus région par région, le centre gauche et ses alliésobtiendraient un total de 119 sièges, contre 117 pour le centre droit. Mais ilfaut une majorité de 158 sénateurs pour gouverner. Toute future coalition doitêtre majoritaire dans les deux chambres afin de pouvoir faire adopter destextes de lois.

Beppe Grillo, humoriste à la tête du Mouvement 5 étoiles, formation «anti-establishment », a remporté plus de voix que tout autre parti avec 25 %des votes. Il n’a manifesté aucun désir de coopération avec les autres formationspour le moment. Bersani n’a réussi à remporter la majorité à la Chambre desdéputés que grâce à ses alliés de centre gauche, dépassant Grillo de 125 000voix seulement.

Si les spéculations sur un nouveau scrutin vont bon train, les partis dominantssemblent vouloir éviter un tel scénario, d’une peur d’une humiliation pluscuisante encore.

Quelles répercussions ?

En Israël, on observe cette situation avec inquiétude.
Une Italie accaparée par des difficultés politiques et économiques serait moinsapte à soutenir l’Etat hébreu au sein des institutions européennes, ce qu’ellea fait à plusieurs reprises ces dix dernières années, souvent à l’encontre desautres nations du Vieux Continent. Or, si Berlusconi est considéré comme unsolide allié de Jérusalem, d’aucuns murmurent que son amitié s’avère parfoiscomme un cadeau empoisonné. « Il est complètement discrédité en Europe »,souffle un diplomate israélien. Et d’ajouter que lorsque le Cavaliere part encampagne pour Israël, les autres pays ne veulent généralement pas s’associer ausubversif Italien. De plus, dans le cadre du chaos politique et économiqueactuel de la péninsule, des voix pourraient se faire entendre pour rappeler lestroupes italiennes des forces Finul déployées au Liban. Un scénario redouté parJérusalem.

Bersani est également considéré comme amical envers Israël. Mais son passécommuniste inquiète néanmoins certains diplomates israéliens, tout comme lapossibilité qu’il fasse appel à Massimo d’Alema, ancien Premier ministre etministre des Affaires étrangères, et pencherait nettement en faveur desPalestiniens. Mais Jérusalem craint surtout Grillo et son parti. Selon un hautfonctionnaire israélien, Grillo est contre tout : la gauche, le centre, ladroite, les politiciens, l’Union européenne, les Etats-Unis et, évidemment,Israël.

Bonne nouvelle cependant : l’agitateur semblerait vouloir se concentrer sur lesaffaires internes.

Dans le monde, les marchés financiers ont réagi nerveusement à cette impasseparlementaire de la 3e économie de la zone euro, alors que la quasi-catastrophemonétaire de 2011 demeure dans toutes les mémoires. En Allemagne, lachancelière Angela Merkel n’a pas caché sa déception face à la débâcle de MarioMonti, qui avait mené une politique de rigueur depuis la chute de Berlusconi en2011, et appelé la capitale romaine à continuer les réformes économiques jugéesindispensables par Berlin pour stabiliser la monnaie européenne.

Berlusconi s’est dit prêt à une union avec le centre gauche, mais pas avecMonti, ce froid technocrate qui a pris sa succession il y a 15 mois. « L’Italiedoit être gouvernée », a déclaré le Cavaliere. « Chacun doit être prêt à fairedes sacrifices ».

Les mauvais résultats de Monti sont à expliquer par un rejet de la politiqued’austérité, exploité à la fois par Berlusconi et Grillo. Selon plusieurspolitologues, les adversaires du Mouvement 5 étoiles ont sous-estimé l’attraitd’un mouvement populaire qui s’autoqualifie de « non-parti », en particulierparmi les jeunes Italiens atteints de plein fouet par le chômage et confrontésà un avenir incertain. Grillo, qui mêle des attaques contre la corruption desélus à des propositions de réformes allant de la gratuité d’Internet auxénergies propres, a suscité une véritable déferlante en fin de campagneélectorale, avec plusieurs centaines de milliers de personnes assistant à sesmeetings.

En moins de 3 ans, son mouvement autrefois marginal, a su massivement attirerune génération d’Italiens amers et désabusés des grands partis politiques. Lacampagne de Silvio Berlusconi, qui alternait les promesses de réductiond’impôts avec de virulentes attaques contre Monti et Merkel, creusait le mêmesillon. Que l’homme, qui a dû démissionner sous les huées il y a un peu plusd’un an, se retrouve numéro 2 après ce scrutin reflète sans doute l’état dedésarroi et de pessimisme des Italiens face à une classe dirigeante incapablede leur éviter les douloureuses répercussions de la crise économique.