Iran : simple « période d’essai » ou « erreur historique » ?

Si l’optimisme est de rigueur pour les Occidentaux, Israël est plus que jamais inquiet après l’accord de Genève.

P4 JFR 370 (photo credit: Reuters)
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Des réactionsprofondément divisées. Pour certains, l’accord intérimaire de Genève entrel’Iran, que le département d’Etat américain considère comme le sponsorprincipal du terrorisme dans le monde, et les P5 + 1 (Etats-Unis,Royaume-Uni, France, Russie, Chine et Allemagne) ont signé dans la nuit desamedi 23 à dimanche 24 novembre, est une étape importante pourempêcher Téhéran d’acquérir la bombe nucléaire. Pour d’autres, comme l’ensembledu gouvernement israélien, le Premier ministre Binyamin Netanyahou en tête, ils’agit d’« une erreur historique » qui n’est pas sans rappeler celledes accords de Munich avant la Seconde Guerre mondiale. Certes, l’accord peuts’envisager, tel que l’ont déclaré les capitales occidentales, comme un testdes bonnes intentions formulées par le président iranien, Hassan Rouhani,depuis son élection il y a bientôt six mois. Reste qu’on est surtout en droitde se demander à qui profite vraiment le deal.

Six mois detest

En quoi consistecet accord qui, rappelons-le, n’est pour l’instant qu’un moratoire de sixmois ? Il sera permis à l’Iran de continuer son enrichissement d’uranium à3,5 %. La République islamique s’est engagée à ne pas dépasser les5 % et à neutraliser, convertir ou diluer son stock existant d’uraniumenrichi à 20 %. Elle n’augmentera pas ses réserves nettes d’uraniumfaiblement enrichi. Elle n’installera pas non plus de nouvelles centrifugeuseset ajournera l’exploitation du réacteur à eau lourde d’Arak. Surtout, le régimedes mollahs s’engage à fournir un accès quotidien à ses installations auxinspecteurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) –contrairement à une fois tous les 15 jours avant l’accord – ainsi que desdétails sur chaque opération effectuée dans ces installations. En contrepartie,les P5 + 1 ont promis le dégel d’environ 7 milliards d’avoirsiraniens bloqués à l’étranger. Certaines sanctions seront levées, comme cellessur les échanges de pièces automobiles, sur les exports pétrochimiques et demétaux précieux dont l’or, et sur les entraves à la vente iranienne de pétrolenon raffiné. Téhéran pourra s’approvisionner en pièces aéronautiques etprocéder à leur installation dans le but de renforcer la sécurité sur sesaéronefs. Aucune nouvelle sanction ne sera prise par les Nations unies, l’Unioneuropéenne ou les Etats-Unis durant ces six mois.

Aux pluspessimistes qui, pour paraphraser Winston Churchill, affirmeraient déjà que lesOccidentaux « devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ontchoisi le déshonneur et ils auront la guerre », Amos Yadlin tempère.L’ancien chef de la direction du renseignement militaire israélien,actuellement à la tête de l’Institut national des études stratégiques (INSS) arappelé dimanche 24 que cette levée des sanctions est « limitée, temporaireet réversible ». Le régime de sanctions ne s’effondre pas, souligne-t-il.Pour lui, « les Américains vont tester l’Iran ». Et si, lucide, ilprécise que ce n’est pas un « accord de rêve » – chacune des partiesayant eu besoin de cet accord initial pour des questions de légitimitéintérieure – ce scénario, demeure le moins pire à ses yeux. « Cela nousoblige à fournir tous les efforts nécessaires pour s’assurer que l’accorddéfinitif, dans six mois, réduira considérablement le programme nucléaire iranien »,souligne-t-il. A ce titre donc, il s’agirait bien d’un progrès diplomatique. EtYadlin d’ajouter : « J’espère que le Premier ministre est maintenanten train d’élaborer une stratégie pour voir ce qui se passera durant les sixprochains mois. C’est cela, et non ce qui s’est passé (dans la nuit de samedi àdimanche) qui est important. » A l’optimisme de Yadlin, on ajoutera quecette période d’essai permet aussi de préparer un plan B, soit un durcissementdes sanctions en cas de violation de l’accord, pouvant aller jusqu’àl’opération militaire.

Pour les expertsen prolifération nucléaire, l’accord intérimaire promet une véritableamélioration de la vérification des structures existantes iraniennes, ce quipourrait rassurer un tant soit peu l’Etat hébreu (il va sans dire que ladimension du problème change radicalement en cas d’installations cachées). Maisles gains de ce marché sont surtout à évaluer ailleurs.

A qui profitel’accord ?

L’Europe pourraitbien en tirer des bénéfices économiques majeurs. Comme l’explique le professeurEmmanuel Navon, directeur du département de Science politique et decommunication au Collège orthodoxe de Jérusalem, cet arrangement profitera enpremier lieu « aux fabricants automobiles européens qui exportent actuellementvers l’Iran, tels que BMW, Mercedes-Benz, Rover, Audi, Volkswagen, Renault etPeugeot ». Pour Gerald Steinberg, professeur de Science politique àl’université de Bar Ilan, l’empressement des dirigeants européens « àrestaurer leurs relations avec le régime iranien afin de conclure de juteuxcontrats reflète à la fois un échec moral et stratégique ». De plus,« ils ferment les yeux sur les autres activités de Téhéran, à savoir lesoutien constant au terrorisme de masse et les violations flagrantes du traité denon-prolifération nucléaire (auquel l’Iran est partie, N.D.L.R.). A ce train,l’Europe perdra toute influence au Proche-Orient ». D’après un articleparu la semaine dernière dans le Wall Street Journal, l’Iran aurait commencé àcourtiser le géant français Total et la compagnie anglo-hollandaise Royal DutchShell afin d’attirer les investisseurs dans les secteurs du gaz et du pétrole.Le 7 novembre, le Cercle Iran Economie organisait à Paris un débat sur uneéventuelle levée des sanctions qui s’est transformé en véritable consultation.Le Vieux Continent n’a jamais cessé d’être un des plus grands partenairescommerciaux de l’Iran, l’Allemagne en tête, avec des échanges se chiffrant endizaine de milliards d’euros.

La ligne duredéfendue par le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius pourraitnéanmoins compliquer le retour des sociétés françaises en Iran. Ce quin’empêchera pas Bercy, comme le rapportait le journal Le Monde lundi25 novembre, de rouvrir bientôt sa mission économique à Téhéran et le Medefde préparer une délégation pour la fin janvier 2014. La compétition prometd’être rude !

L’accord deGenève profitera donc énormément aux économies européennes en crise. Mais sil’Occident pensait pouvoir s’abriter derrière l’offensive de charme de Rohanipour justifier ce traité, il fa    udraitsans doute lui rappeler que les présidents iraniens se

Succèdent, maisque le Guide Suprême Ali Khamenei, lui, est en poste, depuis plus 24 ans. Dansson édition du 21 novembre 2013, Le Figaro citait celui-ci en cestermes : « Israël est voué à disparaître ». A ce titre,l’inquiétude et la colère israéliennes face à ce marché, si temporaire soit-il,n’ont rien d’exagéré.
 



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