Iran : Washington et Jérusalem en désaccord

Netanyahou hausse le ton. Après un premier échec, les négociations reprendront la semaine prochaine.

P4 JFR 370 (photo credit: DR)
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Rien ne va plus.Israël et les Etats-Unis étaient à nouveau en désaccord, dimanche 10 novembre,après l’échec des négociations entre le groupe P5 + 1 et l’Iran àGenève. Composé des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, de laGrande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne, le P5 + 1 souhaitaitobtenir un accord progressif, au cours duquel Téhéran gèlerait d’abord sonprogramme nucléaire existant pour 6 mois, donnant le temps aux grandespuissances d’atteindre un accord plus détaillé et obtiendrait, en contrepartie,un allégement partiel des sanctions économiques qui lui sont imposées. Uneapproche à laquelle s’oppose fermement le Premier ministre Binyamin Netanyahou,comme il n’a cessé de le répéter au cours de ces derniers jours. Le dirigeantest vent debout contre tout allégement des sanctions ou gel du programme quin’inclurait pas de véritable démantèlement.

Le désaccordporte également sur les sanctions elles-mêmes. Selon la diplomatie américaine,renforcer leur sévérité pourrait chasser les Iraniens de la table desnégociations, et serait perçu comme irraisonnable au sein de la communautéinternationale, ce qui pourrait pousser à terme certains Etats à les abandonnercomplètement. De son côté, Jérusalem prône exactement le contraire :augmenter la pression exercée sur Téhéran rendra le régime plus enclin aucompromis, affirme la capitale. Pour Israël, ce serait justement unaffaiblissement des sanctions qui serait perçu à l’international comme unencouragement à la permissivité.

Bibi a faitallusion à ces profondes divergences lors d’une interview pour la chaînetélévisée américaine CBS dimanche soir. « Nous avons le mêmeobjectif », a-t-il déclaré au sujet du président américain Barack Obama,« mais notre opinion diverge sur la meilleure façon de l’atteindre ».Cet entretien faisait partie d’une offensive médiatique lancée par Netanyahouet qui devrait aller en s’intensifiant jusqu’à la seconde session denégociations genevoises qui doit s’ouvrir le 20 novembre prochain. « Detrès nombreux leaders arabes de la région ont qualifié cet accord de mauvais.Et vous savez, lorsque les Israéliens et les Arabes sont d’accord, c’estsuffisamment rare pour qu’on y fasse attention », a fait valoir le Premierministre.

"Unedécision historique"

Toujoursdimanche, Bibi s’est félicité en réunion ministérielle de l’absence designature d’un accord au cours du week-end. Le dirigeant a révélé être resté encontact étroit avec chacun de ses homologues représentés aux négociationspendant toute la durée de celles-ci. « Je leur ai dit que selon lesinformations dont nous disposions, l’accord qui a presque été signé étaitmauvais et dangereux. Dangereux pour nous mais aussi pour le mondeentier », a-t-il martelé, rappelant que les termes de ce traitén’appelaient pas au démantèlement de « la moindre centrifugeuse »iranienne. « “Pourquoi se presser ?”, leur ai-je demandé. Je leur aisuggéré d’attendre et de se montrer prudents. Il s’agit d’une décision quichangera le cours de l’Histoire. Je leur ai vraiment demandé d’attendre »,a relaté Netanyahou

Le Premierministre a continué sur sa lancée en s’adressant dimanche soir à l’Assembléegénérale des Fédérations juives, réunie à Jérusalem aux Binyanei Haouma.« C’est un mauvais accord, un accord dangereux qui touche à notre survie.Jamais je ne me tairai lorsqu’il s’agit de la survie du peuple juif et del’Etat juif ! », s’est exclamé Netanyahou. « Vous ne savez quetrop bien ce qui est arrivé lorsque le peuple juif s’est tu alors qu’ils’agissait de notre survie. Rien n’est plus important que cela aujourd’hui. Leschoses ont changé, nous avons un Etat juif et nous sommes capables de nousdéfendre. Il est temps de nous faire entendre ».

Ce discours deNetanyahou intervenait alors que le Sénat américain doit bientôt adopter une loi,déjà approuvée par le Congrès, visant à renforcer les sanctions à l’égard durégime iranien. L’administration Obama a demandé un report de la mesure,arguant qu’il fallait « donner une chance aux négociations, voir s’il estpossible de les faire progresser ». Si elle a réitéré que « lorsquele Premier ministre israélien s’exprime, il est entendu », la diplomatieaméricaine a, pour sa part, assuré que l’accord n’avait pas été signé, non pasen raison de l’objection de la France (voir ci-dessous), mais bien parce queles Iraniens « n’étaient pas prêts ». « Ils ont besoin d’unephase de consultation à Téhéran. Ils n’ont pas su saisir l’opportunité. Maisc’est leur choix, nous ne sommes pas pressés », déclare une source officielleà la Maison-Blanche.