Le marathon israélien de Barack Obama

Le président américain a insisté sur le droit d’Israël à se défendre.

Peres, Obama & kids at President's Residence 390 (photo credit: Uri Lentz/Pool)
Peres, Obama & kids at President's Residence 390
(photo credit: Uri Lentz/Pool)
Lebruit court que Shimon Peres aurait la fâcheuse habitude de faire attendre seshôtes entre 5 et 20 minutes. Mais quand l’invité s’appelle Barack Obama, il esten avance sur le tapis rouge. Une bataille rangée de photographes et une hordede téléphones portables braqués étaient fin prêts pour l’arrivée du présidentaméricain.

En chanson avec Shimon Peres 

En la résidence du président israélien, unechorale de 55 enfants entonnant le fameux « Heiveinu Shalom Alechem » (noussommes venus vous apporter la paix) était là pour montrer qu’Israël comprenaitle but de la visite du président et que le message était bien reçu. Fendu d’unlarge sourire, Obama a serré les mains tendues tandis que 5 enfants ont entonnéla chanson « Demain », tour à tour en anglais, arabe et hébreu, dont lesparoles expriment le désir de tous les enfants de vivre en paix.

Outre son image sur les photos, le président américain laissera de cescélébrations un message dans le livre d’or de Shimon Peres et un arbre planté.« C’est un plaisir et un honneur d’être en Israël pour réaffirmer des annéesd’amitié entre nos pays et nos peuples », a écrit Obama. Et en gage d’amitié,il a mis un magnolia en terre tout droit débarqué d’Amérique, l’enracinant deses mains en terre d’Israël. Puis, dans un jeu de jambes habile, chacun ayant àcoeur de laisser l’autre le précéder, les deux hommes ont approfondi leurséchanges entamés quelques heures plus tôt à l’aéroport Ben-Gourion, par le «cher ami » de Shimon Peres à l’adresse d’Obama.

Au milieu des congratulations, ils ont tout de même réussi à évoquer la menacenucléaire iranienne, la spirale de violence qui secoue la Syrie et la nécessitéde relancer le processus de paix.

Certains retiendront le message d’espoir laissé par cette journée placée sousle signe de l’amitié. Shimon Peres a avoué se sentir soulagé et rassuré quant àla capacité d’Obama de comprendre la dure réalité à laquelle les Israéliensfont face et s’est dit confiant en sa capacité de tirer le Proche-Orient versle haut. D’autres, agglutinés autour de la rutilante Cadillac américaine, seseront fait des souvenirs en se photographiant aux côtés de la célèbreimmatriculation « Washington 800-002 » flanquée du sceau présidentiel.

Meilleur ami d’Israël 

Place à l’humour entre Obama et le Premier ministreBinyamin Netanyahou. Lors de la conférence de presse donnée à l’issue deplusieurs heures d’entretien, les sujets qui fâchent ont été soigneusementévités. Ni implantations, ni ligne date butoir iranienne, ne sont venuestroubler la bonne humeur ambiante. A l’aéroport déjà, alors qu’Obama était priéde suivre la ligne rouge pour se rendre auprès de la batterie anti-missile Dômede fer, le président des Etats- Unis avait plaisanté sur l’obsession des lignesrouges chez Netanyahou.

A coup de Barack par-ci et de Bibi par-là, les deux hommes ont ri de concert,comparant la nouvelle coalition israélienne à une embarcation plus difficile àpiloter que le monstre à deux têtes qu’est le Congrès américain.

Mais par-delà cette légèreté apparente, des messages clés ont été transmis,scellant l’amitié américano-israélienne.

Netanyahou s’est déclaré en faveur de deux Etats pour deux peuples et a dit «tendre les bras vers les Palestiniens » et espérer que « la venue du présidentaméricain aidera les deux parties à faire les compromis historiques etnécessaires à la paix ». Pour sa part, Obama a plusieurs fois mentionné ledroit d’Israël à se défendre : « La situation géopolitique d’Israël est différentede celle des Etats-Unis. Je n’exigerai jamais du Premier ministre qu’il s’enremette à un autre pays pour prendre des décisions relatives à sa sécurité,même s’il s’agit de celles de son meilleur ami, et l’Amérique est bel et bienson meilleur ami. Je ne suis pas venu pour prendre les rênes à votre place,face à l’Iran. » Une façon de suggérer à l’Etat hébreu qu’il était libred’attaquer l’Iran s’il le jugeait nécessaire. De quoi ravir Netanyahou heureuxde voir qu’Obama semblait enfin réaliser qu’Israël n’est autre quel’aboutissement du rêve du peuple juif de revenir sur sa terre et qu’il revientaux Juifs d’être maîtres de leur destin. « Netanyahou a le devoir de protégerses citoyens, de même que j’ai celui de défendre les miens », a reconnu le présidentObama. Et de marteler : « C’est une obligation pour l’Amérique de se tenir àses côtés : la sécurité d’Israël n’est pas négociable ».

Il a ensuite annoncé que 200 millions de dollars seraient alloués à lapoursuite du développement des batteries antimissiles Dôme de Fer dans l’annéefiscale en cours, puis que des fonds supplémentaires seraient votés au prochainCongrès. « La paix est possible uniquement si la sécurité de l’Etat juif estassurée. Un Etat palestinien n’est envisageable à sa frontière qu’à cettecondition. » Enfin Obama aura su toucher Bibi droit au coeur en citant unpassage des lettres de son frère, Yonathan Netanyahou, mort durant le raidd’Entebbe : « N’oublie pas que la force, la justice et la loyauté sont avec toi». Il semblerait que les deux hommes soient à l’aube d’une nouvelle amitié etqu’avec cette citation, Barack Obama ait signé l’embellie de leurs relations.