L’Iran et le Hezbollah, jusqu’au bout pour Assad ?

près l’attentat de la semaine dernière à Damas, des groupes libanais intensifient leur soutien au président syrien en perte de vitesse.

Flags of Hezbollah, Assad's Syria 370 (photo credit: REUTERS/Ali Hashisho)
Flags of Hezbollah, Assad's Syria 370
(photo credit: REUTERS/Ali Hashisho)
Les violences vont croissant dans la capitalesyrienne ce mois-ci alors que l’opposition prouve qu’elle est capable depénétrer les défenses du régime disposées dans la ville. L’attentat-suicide dela semaine dernière, attribué au Front al-Nusra (affilié à al-Qaïda), a fait 90morts ; un sombre avenir pour Damas. De plus, les combats entre les forces d’oppositionsyriennes, dominées par les islamistes, et le Hezbollah, mouvement chiite, ontaugmenté de part et d’autre de la frontière libanaise ces dernières semaines.

Dimanche 24 février, des échanges de coups de feu et de tirs d’obus auraientainsi tué 3 personnes au Liban. Au pays du Cèdre, le mouvement du Futur,affilié aux sunnites, s’est plaint de ces attaques en provenance du régimesyrien et a appelé l’armée libanaise à son secours. Le président MichelSuleiman a également demandé à la Syrie de cesser immédiatement les tirs versson pays. Mais une implication de l’armée libanaise dans le conflit demeurecependant très improbable, car le Hezbollah et ses alliés dominent legouvernement à Beyrouth et une telle décision pourrait déclencher une guerre civile.

Dans le même temps, la semaine dernière, l’Armée libre de Syrie a menacéd’attaquer le Hezbollah au Liban après avoir donné 48 heures au mouvement pourcesser de tirer sur ses positions dans la province de Homs. Ces attaques etreprésailles entre le Hezbollah et l’opposition syrienne pourraient facilementmener à un conflit de plus large envergure, si le mouvement chiite décidaitd’élargir son intervention.

Une escalade redoutée par les puissances occidentales qui cherchent désormais àcapturer ou détruire les armes chimiques du régime syrien. Leurs inquiétudes sesont vues confirmées par un rapport indiquant que les rebelles ont prispossession du site où se trouvait le réacteur al-Kibar, bombardé par Israël en2007.

Vers une guerre ethnique ? 

C’est le Front al-Nusra qui mène les opérations del’opposition sur le terrain. Selon Salman Shaikh, expert en géopolitique duProche-Orient, « le Front al-Nusra pourrait fort bien contrôler de facto les 3provinces dans un avenir proche ».

Et d’expliquer : « Ils opèrent intelligemment : ils passent des accords avecles chefs de clans, fournissent une partie de l’aide nécessaire et obtiennentdes revenus en contrôlant une partie des champs de pétrole ». Des avancées quiinquiètent l’axe Iran-Hezbollah. « Le Hezbollah se bat à l’intérieur desfrontières syriennes sur ordre de l’Iran », a indiqué le leader druze libanaiset membre du parlement Walid Joumblatt à la chaîne al-Djazira.

Les circonstances sont donc réunies pour un conflit ethnique de plus largeenvergure en Syrie, soutenu par différents partis extérieurs. Le Liban estdivisé ; l’Irak est contrôlé par un gouvernement chiite favorable à l’Iran ; laJordanie et la Turquie sont a priori du côté de leurs frères sunnites del’opposition syrienne. Opposition qui bénéficie également des fonds des pays duGolfe et de l’Occident.

Joël Parkel, doctorant à l’université de Tel-Aviv, rappelle que, selon uneinformation de Reuters, les troupes du président Bashar el-Assad ont affichédes banderoles aux portes de Damas la semaine dernière sur lesquelles onpouvait lire : « Si Assad ne gagne pas, nous ravagerons le pays ». De plus,note-il, le régime a augmenté le nombre de check-points autour de la capitale,alors que la population ne lui fait plus confiance pour maintenir la sécurité.« Cela montre que, même avec l’aide du Hezbollah et de l’Iran, le régime n’estplus capable d’empêcher les massacres de la pire espèce à Damas. En d’autrestermes, tous les pro-Assad sont largement discrédités car ils sont incapables deprotéger les civils syriens ».

L’Iran et le Hezbollah tablent sûrement sur l’absence d’interférenceoccidentale et israélienne en cas d’une plus large implication du mouvementlibanais contre l’opposition syrienne, tant que le conflit demeure dans les frontièreslibanaises et syriennes. Néanmoins, une telle initiative enflammerait lesrégimes sunnites et ruinerait les efforts de Téhéran pour rester en bons termesavec les nouveaux gouvernements sunnito-islamistes de la région. C’est pourquoiil semble plus probable que l’implication du Hezbollah demeure clandestine pourle moment et ne s’intensifie que lorsque la fin d’Assad sera certaine.