L’Obamania à son apogée

La visite du président Barack Obama suscite une folie médiatique et prend de plus en plus l’allure d’un grand événement populaire.

1303JFR17 521 (photo credit: Reuters)
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(photo credit: Reuters)
L’ambassade américaine a lancé unconcours pour assister au discours d’Obama à Jérusalem. « Voulez-vous assisterau discours du président Obama ? », a écrit l’ambassade, en anglais et en arabesur sa page Facebook ; comme s’il s’agissait d’assister à la finale du SuperBowl.

« Likez notre page, et dans les commentaires ci-dessous, dites-nous pourquoivous pensez que nous devrions vous inviter.

Jusqu’à 20 de nos fans Facebook, qui soumettront les réponses les plusoriginales et créatives, auront la chance de voir le président Obama enpersonne. » Dans les 4 heures qui ont suivi, 375 réponses de fans étaient déjàdénombrées pour assister au discours du 21 mars, au Palais des congrès deJérusalem (Binyanei Haouma).

Un certain Koby Yaakobi, par exemple, joue la « carte haredi » : « Il me sembleque je serai le seul haredi dans la foule pour le discours du président desEtats-Unis, le président de la superpuissance, le président de toutes lesreligions », écritil.

Guideon Nethaneel espère, lui, impressionner le personnel diplomatique avec ses« lettres de noblesse des gens normaux » : « Bonjour, je suis une personnenormale », note-il.

« Je ne suis pas un génie ou un fou. Je ne suis pas un professeur, ni uninculte, je suis diplômé de l’université Hébraïque de Jérusalem. Je suisnormal. » Et d’autres de supplier simplement avec humour : « S’il vous plaît »,implore Moran Kahimker, « j’ai toujours voulu rencontrer le double de monacteur préféré, Will Smith ». Le très chevaleresque Chen Shalev Sokolovskyécrit, non sans ironie : « Si vous me choisissez, je vais avoir besoin d’unautre ticket pour ma femme. Je n’y vais pas sans elle ». Le très humble YadimWolff pense, lui, qu’il devrait être là « parce que le président sera honoré desa présence. » Et, enfin, Chai Kramf écrit qu’il mérite une invitation enraison de sa taille. «Je fais 1,90 m, vous pourrez donc me mettre au dernierrang. » L’excitation gagne peu à peu le pays alors que la visite de BarackObama approche à grands pas. Lundi 11 mars, le bureau du Premier ministre aainsi dévoilé une application pour Iphone et Androïde qui permettra de suivreles déplacements du président durant ses 3 jours en Israël et dans l’Autoritépalestinienne. Par ailleurs, le porte-parole de Binyamin Netanyahou, Dan Lior,a déclaré que le pays se préparait à des « centaines de journalistes » quiarriveront pour couvrir le voyage présidentiel.

Un itinéraire très précis 

Selon le calendrier provisoire fourni par Washington,Obama arrivera à l’aéroport de Tel-Aviv Ben Gourion le 20 mars, aux environs demidi. Le président Shimon Peres et Binyamin Netanyahou seront présents pourl’accueillir solennellement. Obama se rendra ensuite à la résidence de ShimonPeres, où il sera reçu avec les plus grands honneurs.

Les deux présidents entameront un périple dans la capitale avec, pour premièreétape, le mémorial de Yad Vashem où le leader américain déposera une gerbe dansle hall du souvenir.

Prochain arrêt : le Mont Herzl, où Obama déposera (encore) une fleur sur latombe du journaliste viennois, un geste symbolique. Idem sur le tombeau duPremier ministre assassiné Itzhak Rabin. Dans l’après-midi, il se dirigera versla résidence du Premier ministre. Netanyahou et Obama recevront ensemble desdélégations pour évoquer l’Iran, la Syrie, le processus de paix et JonathanPollard.

Une conférence de presse clôturera cette première après-midi de travail et serasuivie par un grand dîner.

Le lendemain matin, Obama se rendra à Ramallah pour rencontrer le présidentpalestinien Mahmoud Abbas. Il retournera à Jérusalem avant midi, où il serarejoint par Netanyahou pour examiner la maquette du Second temple au muséed’Israël.

Ils continueront au sanctuaire du Livre, où sont exposés les manuscrits de lamer Morte.

Le président américain continuera sa visite au musée hiérosolomytain, où lesderniers progrès israéliens en matière de haute technologie, de biotechnologie,de nanotechnologie et d’agriculture lui seront présentés. Dans l’après-midiObama s’adressera aux Israéliens dans un discours public au Binyanei Haouma àJérusalem. Au moins 1 000 Israéliens seront présents.

Un discours qui sera retransmis sur des écrans géants installés à cet effet surla place Rabin à Tel-Aviv. Plus de 20 000 personnes sont inscrites sur la pageFacebook qui relaie l’évènement.

Dans la soirée, Obama sera accueilli pour un dîner de gala offert par Shimon Peres.

Vendredi 22 mars, le président américain devrait de nouveau rencontrerNetanyahou pour un petit-déjeuner dont on ignore encore s’il aura lieu à larésidence du Premier ministre ou à l’hôtel King David. Dans la matinée, visitede 2 batteries du Dôme de fer, déployées spécialement à l’aéroport Ben Gourionen l’honneur d’Obama et rencontre des soldats chargés du système de défenseantimissile qui est financé, rappelons-le, par les Etats-Unis.

A 13 heures, une cérémonie d’adieu aura lieu à l’aéroport.

Et le président s’envolera à la rencontre du roi Abdallah de Jordanie...

man* ����8�� deson voyage, l’administration américaine verra comment il convient de poursuivreces négociations de paix ». En d’autres termes : affaire à suivre.

Beaucoup de dossiers sont en attente sur le bureau d’Obama.

Le président a fort à faire à l’international, mais également sur le frontinterne. Or, le conflit israélo-palestinien ne peut être ignoré aujourd’hui,alors qu’un regain de violences secoue la Judée-Samarie et remet ce dossiersensible sur le devant de la scène géopolitique. Difficile de regarder ailleurspour Washington.

« Un conflit à nos portes » John Kerry a donc récemment effectué son premierdéplacement à l’étranger depuis sa nomination. Un voyage de 10 jours qui l’auraconduit en Grande-Bretagne, après avoir été reçu en Allemagne, en France, enTurquie, en Italie, en Egypte, en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis etau Qatar. Il y a fort à parier que, dans toutes ces chancelleries, il aura étésoumis à de fortes pressions pour faire avancer le processus de paix par tousles moyens.

Robert Serry, diplomate d’origine hollandaise, aujourd’hui coordinateur spécialpour le processus de paix au Proche- Orient au nom de l’Onu, a ainsi déclaré àla fin du mois de février, lors d’un forum débattant de la question à WiltonPark : « Il est inconcevable de clôturer ce voyage sans avoir échafaudé lesplans d’une Palestine politiquement viable ».

Et le diplomate d’ajouter que des avancées se font sentir de réunion en réunionsur l’épineux sujet. Certaines d’entre elles sont à mettre sur le compte durecyclage d’idées appartenant à des accords antérieurs restés lettre morte.Mettre ces idées en oeuvre pourrait contribuer à une amélioration des relationsentre les parties, a fait valoir Serry. Avant d’ajouter que tous les regardsétaient tournés vers l’Etat hébreu, tant il est devenu évident pour tous, quetout effort de paix serait vain sans consultation préalable avec les Israélienset leur pleine coopération.

Andreas Reinicke, envoyé spécial de l’Union européenne au Proche-Orient, aexpliqué, lors de ce même forum, pourquoi cette affaire était si cruciale auxyeux du Vieux continent. « Du point de vue européen, ce conflit est à nosportes », a déclaré Reinicke. « Chypre est un pays avec lequel l’Europe a unefrontière commune, et se trouve à moins de 400 km d’Israël seulement. Unconflit dans cette région a des répercussions partout, depuis la Finlandejusqu’à l’Espagne. » Et de continuer : « il est dans l’intérêt fondamental del’Union européenne de résoudre ce conflit, car il est potentiellement explosifà l’intérieur de nos frontières. Il est, en outre, particulièrement sensible depar sa dimension religieuse.

Et il concerne en tout premier lieu les chrétiens, car Israël est un Etat juifet le passif entre les deux communautés est dramatiquement chargé, marqué pardes exactions commises contre les Juifs au cours de l’histoire, qui ont culminéavec la Shoah ».

A n’en pas douter, les derniers développements dans le monde arabo-musulmancompliquent encore la donne pour tout le monde. Israël essayera de convaincreKerry et Obama lors de leur visite que c’est précisément en raison de cesrécents développements que l’affaire devient inextricable et la résolution duconflit encore plus irréaliste. Les Européens eux, et Hague en témoigne, ferontpression sans relâche sur l’administration américaine, jusqu’à faire figurer leconflit en tête de ses préoccupations. Yparviendront-ils ? Réponse dans les mois à venir.