Négociations : le tournant du concret ?

Révision des objectifs et plans sécuritaires détaillés ont fait surface cette semaine dans les pourparlers israélo-palestiniens. Une bonne nouvelle.

P6 JFR 370 (photo credit: Reuters)
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Quatre mois et demi de négociations. Après de multiplesrencontres à huis clos et un nombre record de voyages du secrétaire d’Etataméricain John Kerry dans la région – 11 à ce jour ! –, l’opinion peutenfin se faire une idée plus précise des objectifs recherchés via le processus.Objectifs qui mettent l’accent, une fois n’est pas coutume, sur la sécuritéisraélienne. Tour d’horizon des principales questions abordées – et des écueilsà venir.
La sécurité d’Israël
Principale nouveauté, les Etats-Unis semblent enfinprendre en compte une donnée incontournable : aucun progrès ne seraenregistré dans les négociations tant que le Premier ministre BinyaminNetanyahou ne sera pas intimement convaincu que la sécurité israélienne ne serapas compromise par un futur accord. Une vérité à nouveau martelée par Bibi auForum Saban, dimanche 8 décembre. Tout accord « doit nous permettrede protéger la paix, ou au contraire de protéger Israël au cas où la paixs’effiloche, ce qui arrive souvent dans notre région… Et ces mesures desécurité doivent être basées sur les propres forces d’Israël. Il n’y a pas desubstitution à cela. »
Cette analyse, partagée au demeurant par de nombreuxacteurs, semble enfin être aujourd’hui sur la sellette avec les mesuresconcrètes proposées par l’amiral (à la retraite) John Allen.
« Jamais auparavant les Etats-Unis n’ont effectué unetelle analyse en profondeur des besoins sécuritaire d’Israël, besoins quidécoulent de la possibilité d’une solution à deux Etats », a martelé Kerryau Forum Saban. « Jamais ». Quelque 160 personnes de différentesorganisations de défense et de renseignement américaines sont, de fait,impliquées dans le projet : elles procèdent à l’évaluation des incidencessécuritaires d’un Etat palestinien, envisageant chaque « scénariopotentiel », dixit le diplomate.
Comprenant cela, Kerry, à nouveau présent dans la régionla semaine dernière, espère présenter à Netanyahou un plan sécuritaire qu’il nepeut tout simplement pas refuser. Un plan qui serait perçu comme garantissantautant la sécurité israélienne que les propres moyens mis en œuvre par l’Etathébreu pour sa défense.
Un défi de taille. Comme l’a écrit l’ancien conseiller àla sécurité nationale Giora Eiland dans un éditorial du Yediot Aharonot lasemaine dernière, pour Israël, les risques de sécurité liés au retrait de laJudée-Samarie ne proviennent pas seulement d’un potentiel Etat palestinien,mais bien d’autres forces ennemies. Les territoires disputés, à quelquesdizaines de kilomètres seulement du centre du pays, constituent par exemple unespace aérien stratégique que l’Etat juif ne peut se permettre de livrerentièrement à la souveraineté palestinienne.
Ramallah acceptera-t-elle un tel compromis ? Lesrécentes déclarations du chef de l’Autorité palestinienne en font douter.
Mais la question est cruciale, pour une série de raisons.Une présence militaire israélienne est en effet indispensable pour empêcher lepassage de terroristes et d’armes illégales dans un futur Etat palestinien,comme c’est actuellement le cas dans la bande de Gaza. Tsahal devra aussiéviter que des cellules terroristes ne prennent appui en Jordanie, comme c’estaussi le cas dans le Sinaï égyptien.
D’autres scénarios sont à envisager : l’invasiond’un futur Etat Fatah, à l’instar de la prise de Gaza par le Hamas, le risquede déstabilisation des régimes sunnites à l’est d’Israël par un Iran (chiite) àdeux doigts de se doter de la bombe atomique et enfin et enfin l’instabilitégénérale de la région sous le coup du conflit syrien.
Comme le souligne Eiland, ce sont donc des questions trèsprécises qui doivent trouver une réponse : comment préserver ladémilitarisation du futur Etat palestinien ? Comment limiter sa capacité àconclure des traités avec d’autres pays ennemis tels que l’Iran ? Quellessolutions apporter au problème de l’espace aérien ou encore au spectre électromagnétiquenécessaire aux systèmes de communication militaire ?
Des questions auxquelles les Américains tentent derépondre très précisément. Sont envisagées pour l’instant une présenceisraélienne dans la vallée du Jourdain pour une période allant de 10 à 50 anset à une mise à disposition par les Etats-Unis en faveur d’Israël de systèmesd’armes de pointe et d’équipements de surveillance les plus sophistiqués àl’heure actuelle, des satellites aux censeurs.
Les Palestiniens, qui ont désapprouvé la semaine dernièreles idées défendues par John Kerry, tentent désormais de saper le plan en« s’opposant à toute présence israélienne le long du Jourdain ». Etcontinuent, par ailleurs, de refuser toute reconnaissance d’Israël en tantqu’Etat juif et à exiger une libération de « tous les prisonnierspalestiniens » détenus sur le sol israélien.
Vers un accord-cadre
Une attitude qui semble amener à une révision à la baissedes objectifs américains. « Je pense qu’il est possible au cours desprochains mois d’arriver à un cadre qui ne traite pas de tous les détails, maisqui nous permette d’atteindre le point où tout le monde reconnaîtrait qu’il estpréférable d’aller de l’avant que de reculer », a ainsi récemment faitvaloir le président Obama. Une déclaration détaillée ensuite par Kerry. Cetaccord-cadre, a-t-il expliqué, permettrait « de répondre à toutes lesquestions essentielles – les frontières, la sécurité, les réfugiés, Jérusalem,la reconnaissance mutuelle et la fin des revendications. Et il devra établirdes lignes directrices acceptées des parties pour des négociations ultérieuresqui régleront les détails dans un traité de paix global ».
Israël a une expérience mitigée avec ces accords, parfoiségalement appelés « feuille de route ». Les accords de Camp David de1978 étaient en fait deux accords-cadres qui ont été plus tard peaufinés dansun traité de paix complet avec l’Egypte, qui subsiste maintenant depuis près detrois décennies. Un exemple réussi qui n’a cependant pas été réédité avec laDéclaration de principes de 1993 (Accords d’Oslo) qu’Israéliens et lesPalestiniens ont signée sur la pelouse de la Maison-Blanche…
La mise en œuvre de tout accord sera progressive, arappelé cette semaine la ministre de la Justice Tzipi Livni, en charge desnégociations côté israélien. Obama a également été clair sur ce point,affirmant que « les Palestiniens doivent aussi reconnaître qu’il y va yavoir une période de transition, durant laquelle les Israéliens ne peuvent pasvoir se produire une réplique de la bande de Gaza en Cisjordanie ».
Ce qui doit être déterminé, a continué le dirigeantaméricain, c’est de savoir si Abbas « est prêt à comprendre que cettepériode de transition exige une certaine retenue de la part des Palestiniens etégalement qu’ils ne recevront pas tout ce qu’ils veulent dès le premier jour.Et cela créera aussi des problèmes politiques pour le président Abbas. »
Le tabou de Gaza
La mise en œuvre de l’accord, d’après les propos d’Obama,s’effectuera donc en plusieurs étapes. Une référence directe à ce qui a toujoursconstitué le tabou des négociations israélo-palestiniennes : que faire deGaza ? Une des plus grosses surprises du sommet d’Annapolis de 2007 a, eneffet, été de voir les dirigeants passer sous silence complet la prise decontrôle de la bande Gaza par le Hamas et négocier sans faire face au problème.Or, comment signer un accord avec les Palestiniens si Abbas est incapabled’inclure Gaza dans un traité, pour la simple et bonne raison qu’il ne lacontrôle pas.
Ou, comme l’a bien tourné le ministre de l’EconomieNaftali Bennett dans une interview à Aroutz 2 la semaine dernière,« comment voulez-vous négocier la vente d’une voiture avec quelqu’un quipossède la plus grande partie de la voiture, mais pas le coffre ? ».
La réponse américaine est, peut-être sans surprise,économique. « Si nous pouvons créer un chemin vers la paix, même si audépart il est limité à la Judée-Samarie, qui peut servir de modèle pour lesjeunes Palestiniens de Gaza qui y verront que les Palestiniens peuvent vivredans la dignité, s’auto-déterminer ; si tout à coup leur économie sedéveloppe et que le commerce se déroule normalement, parce qu’ils auront crééun environnement dans lequel Israël sera confiant quant à sa sécurité ; siun grand nombre de vieux obstacles au commerce et aux échanges éducatifs aurontcommencé à s’effondrer, c’est quelque chose dont les jeunes de Gaza aurontenvie. Et la pression qui sera placée sur les habitants de Gaza, afin d’avoirle même avenir, c’est quelque chose qui va être, je pense, extrêmement attractif. »
En d’autres termes, Obama envisage un accord entre Israëlet l’Autorité palestinienne sur les territoires disputés, avec l’espoir que lapopulation de Gaza voudra sa part du gâteau, et qu’elle forcera ses gouvernantsà prendre cette direction. Reste à savoir si cette vision libérale estcompatible avec l’idéologie islamiste en vigueur dans l’entité du Hamas…
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