Syrie : une semaine décisive

Alors que les débats s’ouvrent au Congrès sur une intervention contre Damas, Barack Obama se lance à l’assaut de l’opinion américaine

P4 JFR 370 (photo credit: Reuters)
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Une semaine marathon. Dimanche 8 septembre,le président américain Barack Obama se lançait dans une campagne intensive pourconvaincre les Américains du bien-fondé d’une intervention contre le régime deBashar Assad. Au programme : pas moins de 6 interviews télévisées et uneadresse à la nation. Son objectif ? Convaincre que punir Damas pour sonusage d’armes chimiques relève d’un intérêt national américain. « Je nesuis pas sans ignorer que le peuple américain est las après 10 ans de guerre,même si la guerre en Irak est finie et la guerre en Afghanistan arrive à sonterme. C’est pourquoi nous ne déployons pas nos troupes dans les conflits desautres », a déclaré Obama dans son discours hebdomadaire de dimanche, quia fourni un aperçu de son allocution spéciale, prévue mardi 10. « Maisnous sommes les Etats-Unis d’Amérique ! », a-t-il continué.« Nous ne pouvons fermer les yeux sur des images comme celles que nousavons vues en provenance de Syrie ». Ne pas réagir, a poursuivi leprésident, « augmenterait le risque que des armes chimiques soient de nouveauemployées », éventuellement par des terroristes qui viseraient l’Europe oules Etats-Unis. « Ce serait un terrible message aux autres nations, quisignifierait que l’usage de ces armes reste sans conséquence ».
Le Congrès seréunit à nouveau à compter de lundi 9 septembre, après les vacancesparlementaires du mois d’août. Le 21 août dernier, le régime de Bashar Assadaurait gazé plus de 1 400 civils dans la banlieue de Damas, dont descentaines d’enfants.
En dépit de la campagne présidentielle, il semblerait que la Chambre desReprésentants ne soit pas en faveur de frappes en Syrie. Alors que plus de 120élus ont d’ores et déjà annoncé leur opposition, Obama devrait convaincre lesdeux autres tiers du Congrès pour l’emporter. Dimanche, le secrétaire généralde la Maison Blanche, Denis McDonough a également fait le tour des plateauxtélévisés pour relayer la parole du président.
Il est« établi » qu’Assad a ordonné l’attaque chimique, a déclaré le hautfonctionnaire. « Il n’y a pas un seul membre du Congrès qui a rejeté lesconclusions de nos services secrets, à ma connaissance », a-t-il déclaré àl’antenne de NBC. « Se pose alors la question des conséquences pour luiaprès qu’il ait fait cela, et des conclusions que la communauté internationaletirera de notre réaction ».
Embraser larégion ?
Toujoursdimanche, un article paru dans la presse allemande a cependant jeté le doutesur ces affirmations, alléguant que les troupes d’Assad auraient fait usage desarmes chimiques sans l’accord du président syrien. Les commandants de son arméelui auraient demandé l’autorisation d’employer ces armes non conventionnellesdepuis 4 mois, selon des messages radio interceptés par les services derenseignements allemands, a rapporté le journal Bild am Sontag en citantdes sources de contre-espionnage.
Toujoursdimanche, Assad a lui-même accordé un entretien au journaliste télé américainCharlie Rose, qui devait être diffusé dans la soirée de lundi 9 septembre, àl’heure même où Obama serait invité par les grandes chaînes. Assad y niecatégoriquement l’usage d’armes chimiques. Dans les extraits diffusés de cetteinterview – la première que le dictateur syrien ait accordée à un médiaaméricain en plus de
2 ans – Rose explique qu’Assad semblait inquiet de voir les alliés occidentauxparalyser son armée et avait averti qu’il attaquerait des cibles américaines enreprésailles.
Alors qu’il étaiten visite en Irak, le nouveau ministre des Affaires étrangères iranien MohammadJavad Zarif a exprimé l’inquiétude de voir une offensive contre la Syrieembraser tout le Proche-Orient, alors qu’au même moment McDonough déclarait auxjournalistes américains qu’une intervention enverrait un message fort àTéhéran. « Nous craignons que la région tout entière ne s’enflamme »,a dit Zarif depuis Bagdad. « Ceux qui ne voient qu’à court terme etsonnent déjà le clairon de la guerre allument un incendie qui brûlera toute larégion ».
Toujoursdimanche, la Turquie a massé de nouvelles troupes le long de sa frontièresud-est, alors qu’Israël déployait une batterie d’Iron Dome au-dessus deJérusalem. A Paris, le secrétaire d’Etat John Kerry et le ministre français desAffaires étrangères Laurent Fabius pressaient les représentants de la Liguearabe ainsi que les autres Etats européens de soutenir une offensive contreAssad.
Selon Kerry,l’Arabie Saoudite soutient publiquement les efforts pour intervenir en Syrie.Mais, dans le même temps, le président François Hollande a semblé minorer unepartie de son soutien en déclarant que l’Hexagone ne se lancerait pas dans uneopération aux côtés des Etats-Unis avant que les Nations ne complètent etpublient les conclusions de leur enquête menée sur le terrain de la banlieue deGhouta.
Un rapport quipourrait être publié dès cette semaine, selon certains hauts fonctionnaires.Auquel cas les Etats-Unis saisiraient à nouveau le Conseil de sécurité de l’ONUavant d’agir. « Concernant les commentaires du président Hollande, nousécoutons attentivement tous nos amis », a déclaré Kerry. « Aucunedécision n’a été prise par le président Obama pour le moment ». Kerrys’est originellement rendu à Paris pour rencontrer des dignitaires arabes ausujet des négociations israélo-palestiniennes.