Un poids, deux mesures

L’Union européenne rêve de jouer un rôle plus actif dans le processus de paix. Cependant, ses positions ne vont pas dans le bon sens.

Bibi with EU Ambassador 300 (photo credit: Marc Israel Sellem / The Jerusalem Post)
Bibi with EU Ambassador 300
(photo credit: Marc Israel Sellem / The Jerusalem Post)
Jeux de dupes. La réponse européenne à la récentedécision israélienne d’approuver des plans de construction dans la zone E1, labande de terre entre Jérusalem et Maalé Adoumim, à l’est de la capitale, étaittout sauf surprenante. Mais, malgré tout, hypocrite. Les condamnations,injustes, exagérées et sévères sont tombées les unes après les autres, tandisque plusieurs gouvernements convoquaient les ambassadeurs israéliens pour lesmettre en garde contre les conséquences non précisées si la construction avaitlieu. Les raisons de cette vindicte ? Dans la bouche d’Alistair Burt,sous-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, cela devient : le plan E1 meten danger la viabilité de la solution à deux Etats. Burt aurait sans contesteraison de se fâcher contre tout développement sabotant une paix éventuelle.Mais la décision israélienne concernant E1 n’en fait pas partie. Et ce, parceque les Palestiniens pourraient toujours avoir un Etat contigu sur 95 % de laJudée-Samarie, même si Israël annexait E1 (plan, qui, au passage, a été pour lapremière fois envisagé par le défunt Premier ministre Itzhak Rabin en 1994). SiBurt et ses collègues européens étaient sincèrement inquiets de la viabilité dela solution à deux Etats, ils feraient d’abord mieux de réfléchir à leurspropres actions. Les Européens souhaitent depuis longtemps jouer un rôle plusactif dans la résolution du conflit israélo-palestinien, mais, ces dernierstemps, leur action est de plus en plus néfaste à la perspective d’un compromispolitique. A noter qu’aucune nation européenne, excepté la République tchèque,ne s’est opposée à la controversable initiative palestinienne devant l’ONU le29 novembre dernier pour devenir un Etat observateur de son Assemblée générale.Le Vieux continent a avancé deux arguments pour défendre sa position : cestatut amélioré allait accélérer la solution à deux Etats et il allaitrenforcer Mahmoud Abbas, le modéré président de l’Autorité palestinienne, faceau Hamas. Malheureusement, tous deux sont faux. Les Européens ne sont pas sanssavoir qu’un accord ne se fera que par le biais de négociations directes entreles parties. Mais pourquoi Abbas siégerait-il à la table des négociations faceà Israël et céderait-il le moindre lopin de terre alors que la résolution del’ONU a déjà défini les limites du futur Etat palestinien ? 
Pire coupable ?L’Allemagne 
Plus encore, Abbas est loin de l’image modérée qu’il a en Europe.N’a-t-il pas félicité le Hamas après que le mouvement islamiste a lancé 1 500missiles sur les civils israéliens au cours du dernier cycle de violences ? Lasemaine dernière, le même Abbas proclamait devant l’Assemblée générale quel’existence de l’Etat hébreu infligeait une injustice sans précédent au peuplepalestinien. Cette rhétorique incendiaire ne méritait-elle pas que lesdiplomates palestiniens soient convoqués par les capitales européennes pourréprimande ? Si l’Union européenne souhaite réellement contribuer au processusde paix, elle devrait commencer par lutter contre les échanges commerciaux quiexistent toujours entre certaines entreprises européennes et l’Iran, mentorfinancier et fournisseur d’armes régulier des groupes terroristes de Gaza. Pirecoupable ? L’Allemagne. En 2011, ses affaires avec la République des Mollahs sesont montées à près de 4 milliards d’euros. Les cadres européens prétendent queces marchés ne contreviennent pas aux sanctions de l’EU ou de l’ONU. Allez doncexpliquer cela aux centaines de milliers d’Israéliens qui ont passé des heuresentières dans les abris antimissiles au mois de novembre ! En réalité,plusieurs secteurs-clefs de l’économie iranienne, dans laquelle sont engagésdes groupes européens, sont dominés par les Gardes de la Révolution iranienne,qui fournissent au Hamas la technologie nécessaire pour produire les missilesFajr-5 capables d’atteindre Tel-Aviv et Jérusalem. Et, par son échec à mettreun terme à ses échanges économiques avec Téhéran, l’EU fait également profiterun autre client iranien, le Hezbollah. Qui, comme le Hamas, cherche à détruireIsraël. On pourrait légitimement penser que l’intérêt proclamé haut et fort del’Europe à faire progresser la paix la pousserait à couper les ponts avec cesgroupes pour qui un accord israélo-palestinien relève de l’anathème. Etpourtant, sans justification aucune, le Hezbollah continue de bénéficier d’unelatitude politique et organisationnelle dans toute l’Europe. En dépit de salongue liste d’activités terroristes, y compris l’attentat de Bourgas, enBulgarie en juillet dernier, au cours duquel cinq touristes israéliens onttrouvé la mort, l’EU refuse obstinément de mettre le Hezbollah sur sa listed’organisations terroristes, arguant d’une absence de preuves tangibles. Enquoi les mesures citées ci-dessus font-elles progresser la solution à deuxEtats ? Il est peut-être temps que l’Etat hébreu convoque les ambassadeurseuropéens pour leur poser la question.


L’Europe tourne le dos à l’Etat hébreu

Israël devra désormais se chercher unenouvelle famille diplomatique 

Alon Liel 

Circulez, y a rien à voir. Interrogépour savoir s’il s’inquiétait de la haine croissante envers Israël au vu del’impasse du processus de paix, l’ancien ministre des Affaires étrangèresAvigdor Liberman répond avec brusquerie : « Nous sommes européens ». Trois motsqui résument parfaitement la politique étrangère israélienne pendant sonmandat. Contrairement à ses prédécesseurs qui ont cherché à cultiver des liensavec les voisins de l’Etat hébreu, Liberman considérait qu’il s’agit-là d’uneperte d’énergie diplomatique. Le Proche-Orient demeurera à jamais inaccessible,pensait-il. Dans son optique, l’Europe était le foyer d’Israël. Qualité de vie,valeurs démocratiques et niveau de progrès y sont similaires. C’est pourquoi ila fait du Vieux continent l’arène diplomatique israélienne, en dépit de ladistance géographique. Une nouvelle politique qui a porté ses fruits. Lesrelations de l’Etat juif avec l’Europe occidentale se sont stabilisées etconsidérablement enrichies. Ce qui s’est notamment perçu en novembre dernier,lorsque les grandes puissances ont assuré les arrières diplomatiques d’Israëllors de l’opération militaire dans la bande de Gaza. Jérusalem s’en est mêmemieux sortie côté est-européen. Plusieurs pays d’Europe orientale sont devenusde proches amis, évitant presque toute critique de la politique israélienneface aux Palestiniens, même lorsque leurs voisins occidentaux donnaientlargement de la voix. Cette orientation européenne d’Israël a tenu bon jusqu’au29 novembre. Ce jour-là, la moitié du continent a soutenu l’initiativeunilatérale palestinienne pour obtenir le statut d’observateur à l’ONU, etl’autre moitié s’est abstenue. Parmi les plus grandes déceptions de l’Etathébreu : la Grèce et Chypre, pour qui l’Etat juif a fait énormément en matièred’assistance et, bien entendu, la France, la plus grande nation européenne àvoter pour « la Palestine ». Seul rayon de lumière ? La République tchèque, quis’est opposé à la tendance internationale. 

Fin d’idylle

 Le gouvernementisraélien a perçu le vote européen comme une trahison : la famille démocratiquetournait le dos à la seule démocratie du Proche-Orient. Et Jérusalem derépliquer par l’annonce des plans de construction au-delà de la Ligne verte àJérusalem-Est et dans la très controversée zone E1. La lune de miel européennede Liberman prenait brutalement fin. Le Vieux continent a condamné les plansdans les termes les plus virulents, signalant qu’il perdait patience face àIsraël. Cette érosion des relations n’aurait d’ailleurs pu avoir lieu sans labénédiction de Washington. Les Européens savent lire les messages codésd’outre-Atlantique et cette fois-ci, le message était : réprimandez donc. Maisil fallait également lire un second sens dans les fermes condamnationseuropéennes. Au bout du compte, aux yeux de l’Union européenne, Israël ne faitpas partie du même continent. Au contraire, pour Bruxelles, la place de l’Etatjuif est au Proche-Orient, aux côtés d’un Etat palestinien indépendant. Pire :pour les Européens, les critères israéliens en matière de droits de l’Homme,visibles au travers de l’occupation continue du peuple palestinien, sonttotalement inacceptables. Quelles conséquences pour Jérusalem ? Liberman (s’ilredevient ministre des Affaires étrangères) ne se tournera pas vers leProche-Orient car il ne croit pas en sa capacité de soutien. En lieu et place,la diplomatie israélienne continuera de chercher à se faire un nid sur d’autrescontinents. La géographie n’est pas un obstacle ; le village planétaire devienttous les jours un peu plus accessible. Après avoir perdu l’Europe, Israëlpartira donc à la recherche d’une nouvelle famille : l’Amérique du Nord, voiremême l’Extrême-Orient. A 64 ans d’existence, l’Etat hébreu continue donc saquête d’une place au soleil en dehors du Moyen-Orient. Seule question : commentréagira le monde arabe, lui qui, comme Liberman, continue de penser qu’Israëln’a pas sa place dans la région ?