Conjuguer Israël au futur

L’Agence juive et le Keren Hayesod donnent à la jeunesse juive de France des outils pour leur avenir avec le Bac Bleu Blanc.

P8 JFR 370 (photo credit: DR)
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«Un rêve qui seréalise », « c’est comme arriver chez moi », « rentrer à lamaison », « une expérience de folie », « un grandkif ». La ferveur de ces lycéens pour Eretz Israël se déclinait sur tousles tons, jeudi 17 décembre. Elèves de terminale, ils ont en moyenne 18ans et étaient cette année plus d’un millier à agiter le drapeau israélien, àfaire danser la flamme de leurs briquets allumés, à chanter Am Israël Haï àgorge déployée tout au long de cette soirée de gala offerte en leur honneur aupalais des congrès de Jérusalem. Ils sont l’avenir du peuple juif et Israël estleur avenir.
 
L’heure duchoix
« Vousêtes très, très impressionnants ! », s’exclame au micro RichardPrasquier. Le nouveau président du Keren Hayesod ne cache pas son émotion àvoir cette jeunesse exaltée, venue d’une vingtaine d’établissements juifs deFrance, pour prendre part à la 11e édition du « Bac Bleu Blanc », du16 au 26 décembre. Traditionalistes ou religieux, tous ont la mêmepassion : Israël
A l’aube deleur vie d’adulte, l’Etat hébreu n’est plus seulement un lieu de villégiature,mais une terre d’avenir qui offre un potentiel de réalisation. Ils enconnaissent les paysages, la plage, mais l’insouciance va devoir céder le pas àla réalité et les perspectives professionnelles sont étudiées avec soin.« A cet âge charnière où vous fabriquez votre avenir, il est importantqu’on vous fasse connaître toutes les opportunités qui s’offrent à vous »,insiste Richard Prasquier, « afin que vous fassiez le bon choix ». Unchallenge que les organisateurs du Bac bleu Blanc qui se veut être unepasserelle solide, ont relevé brillamment.
Les élèves ontsillonné le pays, lors de cette édition 2013, particulièrement axée sur leconcret. De la cité des sciences de Beersheva et du Technion de Haïfa auxvignobles de Psagot en passant par des entreprises de high-tech commeEx-Libris, IBM, ou une rencontre avec le prix Nobel de chimie Dan Schechtman,rien n’aura été laissé au hasard pour créer l’émulation et leur faire découvrirun large spectre de secteurs d’activité et les multiples débouchés quis’offrent à eux. Avec pas moins de 40 stands d’information afin que chacunpuisse trouver le programme qui lui convienne. Préparation intensive auxexamens psychométriques, classes préparatoires en ingénierie et sciences,finance ou paramédical s’adressant aux jeunes bacheliers désireux d’intégrerdes établissements d’enseignement supérieur de haut niveau, programmes destages dans des entreprises ou centres de recherches israéliens à fortenotoriété, sans oublier les formations de technicien informatique, coiffeur,pâtissier et cuisinier… chaque candidat est invité à choisir son lieu etbranche d’activité.
 
Tsahal et lesvaleurs israéliennes
Le voyage auraégalement permis de rencontrer la réalité du pays et favoriser des interactionsavec l’armée. Davantage que les autres années du point de vue de certainsencadrants. Un élève avoue avoir été sensible aux valeurs sionistes en visitantla maison de Ben Gourion extrêmement modeste. Mickaël, lui, de l’école RambamMaïmonide, a découvert tout un pan de l’histoire d’Israël qu’il méconnaissait.« On a visité la prison d’Acco. C’était un moment fort. C’est ce qui m’ale plus marqué dans ce voyage. On nous a parlé du Palmach, c’était trèsintéressant. C’est notre histoire aussi. »
Le servicemilitaire qui pourrait bientôt devenir le lot des harédim, exemptés jusqu’àprésent de ce fardeau national, ne semble pas infirmer leur ardeur.« Israël nous donne énormément, alors c’est normal que nous aussi, on luidonne de nous-même. Si venir en Israël implique de faire l’armée, ce n’est pasça qui nous arrêtera. Ici on apprend la solidarité », s’emballent cesélèves de Ozar Hatorah. « Peu d’ultraorthodoxes sont manifestementantisionistes, l’ensemble de la diaspora est un exemple de cohésion »,assure de son côté Richard Prasquier.
Mais ce voyageencourage aussi à se familiariser plus généralement avec les valeurs juives quis’épanouissent dans la société israélienne. « Ici ce n’est pasl’individualisme qui prime. C’est une société d’entraide », affirme unejeune encadrante « et au niveau national aussi, car Israël exporte sesnouvelles technologies pour aider des pays en développement, tout ça leurmontre qu’il y a une autre manière de vivre les choses possible, plus authentique »se félicite-t-elle. Un passage par le KKL, le Magen David Adom et d’autresorganismes à vocation sociale, les aura éveillés à l’esprit de solidaritéisraélien. « Ce voyage a pour mission de former la relève destinée àinvestir plus tard les communautés de France, mais aussi de former un rempartcontre l’assimilation. C’est pourquoi des élèves des écoles publiquesfrançaises sont également invités à y participer, bien que soumis à un autrecalendrier du fait de vacances scolaires différentes », précise-t-elle.« Grâce à ce voyage, on voit les défauts de la France et les qualitésd’Israël », confie un élève de Rambam Maïmonide déjà conquis. « C’estsûr qu’ici c’est optimal pour concilier vie professionnelle et vie religieuse,surtout pour une femme », renchérit une élève de Mihlala Beit Vaganoriginaire de Strasbourg.
 
Faire ou ne pasfaire l’aliya
Renforcer lesionisme de la diaspora et favoriser l’aliya sont les deux pôles de la missiondu Keren Hayesod. Organisé par la branche éducative de l’Agence juive etl’Expérience israélienne, financé grâce aux fonds collectés par le KerenHayesod, le Bac Bleu Blanc a donc pour objectif d’approfondir les liens de lajeunesse juive avec Israël en délivrant un message d’unité du peuple juif, afinde renforcer leur sentiment d’appartenance. Mais si sensibiliser cette jeunesseà l’aliya semble au cœur du voyage, l’objectif n’est pas à 100 % avoué.« A Strasbourg, ils prennent des encadrants qui ne sont pas trop sionistes.Ils ont des instructions pour ne pas pousser à l’aliya », confie Emouna,étudiante d’un groupe Massa. Pour un encadrant qui veut rester anonyme, leurrôle se limite à exposer aux élèves quelles seraient leurs possibilitésd’intégration pour le cas où ils en feraient le choix et faire en sorte qu’ilsse sentent Israéliens même en diaspora pour être les ambassadeurs de l’Etathébreu une fois de retour en France. « La majorité de ces jeunes quiparticipent à ce voyage, ont de la famille ici ; envisager l’aliya estdonc une éventualité assez naturelle », explique Richard Prasquier.« Mais le pessimisme ambiant dans l’Hexagone et les problèmes économiques,font que leurs regards se tournent de plus en plus vers Israël qui présentedavantage d’opportunités de travail. Dans notre histoire, nous avons toujourseu une valise près de la porte. Je leur dis que tant qu’à partir, qu’ilschoisissent Israël plutôt qu’une autre destination. Ce n’est pasl’antisémitisme qui fait fuir, sauf pour ce qui est de certaines villes ouquartiers, où la question vient à se poser en raison d’une insécuritécroissante. C’est une situation très insupportable, mais qui n’est pas globale.En revanche, ce qui est écœurant, c’est l’antisionisme décomplexé qui s’exprimesans recul et sans retenue. Il y a clairement un ras-le-bol de l’israélo-phobiepathologique de nos pays » déplore-t-il.
« Avec600 000 Juifs en France, soit dix fois moins qu’aux Etats-Unis, l’aliyafrançaise pour la première fois dépasse celle des cousins d’Amérique et l’élande ce nouvel essor puise dans le Bac Bleu Blanc et les programmes Massa »,se félicite de son côté Nathan Sharansky, président de l’Agence juive,« mais ce n’est pas suffisant », ajoute-t-il sous une clameur de AmIsraël Haï et une frénésie de drapeaux qui s’agitent. Des anciens du Bac BleuBlanc radieux, épanouis, venus témoigner de leur expérience après uneinstallation réussie – l’armée, épanouissement professionnel, pour certainsdéjà un premier enfant – auront le mot de la fin : « On l’a fait, pourquoipas vous ? ».
La soirées’achève sur un concert de Yonathan Razel, un ancien olé américain aujourd’huihiérosolymitain et religieux, bientôt rejoint par le Hazan de Tsahal. Kippa develours noire et kippa crochetée entonnent ensemble une Hatikva vibrante, lesmusiciens de l’orchestre en uniforme les accompagnent. Une beau symbole d’unitéovationné par ces jeunes qui ne s’y trompent pas. Le message de solidarité etd’unité est passé : en diaspora ou en Eretz, leur avenir sera Bleu Blanc.
 
 
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