Dôme de Fer : élu héros national

Un cinquième Dôme de fer a été déployé, samedi 17 novembre, dans la région de Tel-Aviv. Le système antimissile apparaît comme le sauveur de l’opération “Pilier de défense”.

2111JFR9 521 (photo credit: Reuters)
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Nom de guerre :Dôme de fer. Mission : contrer les tirs de roquettes afin de protéger lapopulation israélienne.

Le système développé par la Compagnie Rafael Advanced Systems rencontre un fiersuccès depuis le début de l’opération Pilier de défense. “Durant les seulstrois premiers jours de l’offensive, Dôme de fer a intercepté 222 roquettes,tirées depuis la bande de Gaza”, indique un porte-parole de l’armée. Soit untaux de réussite qui dépasse les 90 %. “Il est impossible de garantir uneprotection totale, même avec Dôme de fer”, reconnaît-il. “Le système n’est pasencore complètement hermétique. C’est pourquoi il est indispensable que lapopulation continue d’observer les consignes de sécurité du gouvernement.”

Le système de détection intégré au Dôme de fer déclenche une sirène dans lalocalité visée. Les habitants peuvent alors se mettre à l’abri pendant lelancement du missile intercepteur (à titre d’exemple : 15 secondes pour Sdérot,30 pour Ashdod et 90 pour Jérusalem).

En novembre 2012, alors que pointe à l’horizon l’opération Pilier de défense,quatre batteries sont opérationnelles.

Une cinquième est livrée à Tel-Aviv, le 17 novembre, au 4e jour du conflit.Plusieurs roquettes tirées depuis la bande de Gaza sur la Ville blanche sontaussitôt interceptées. Et le commandant de la défense aérienne, Shahar Shohat,d’annoncer dimanche sur la 2e chaîne, que Tsahal pourrait déployer une 6ebatterie si nécessaire. “Nous poursuivrons l’exploitation de Dôme de fer aussilongtemps que nécessaire.”

“Dans le cas de Tel-Aviv”, indique l’armée, “l’alerte est donnée 90 secondesavant l’impact”. Samedi 17 novembre, l’intervalle était moindre toutefois,entre le déclenchement de la sirène et la collision des deux engins métalliquesaudessus d’une plage de Tel-Aviv. Le nuage de fumée caractéristique de l’actions’est formé à quelques centaines de mètres au-dessus du sol seulement. Ce quisuggère que la roquette était en phase finale de descente quand elle a étéabattue par un des deux missiles intercepteurs lancés à sa rencontre.

Le Hamas, qui a revendiqué l’attaque, a indiqué que la roquette était un Fajr-5de fabrication iranienne, d’une portée de 75 km et dotée d’une ogive de 175 kg.Tentative avortée.

Rendre à Amir Peretz ce qui appartient à Amir Peretz Dôme de fer doit sanaissance à l’acharnement de l’ancien ministre de la Défense, Amir Peretz. Enfévrier 2007, dans le sillage de la guerre du Liban, Peretz estime que lesystème représente la seule solution défensive aux attaques de roquettes.D’après lui, Israël doit se doter d’un moyen imparable pour protéger seshabitants des menaces extérieures.

Lors de la guerre de 2006, près de 4 000 roquettes - de type Katioucha enmajorité - avaient été tirées par le Hezbollah vers les agglomérations du nordd’Israël, dont Haïfa, troisième plus grande ville du pays. Au sud, plus de 4000 roquettes et 4 000 obus de mortier ont été lancés depuis Gaza, entre 2000et 2008, principalement par le Hamas.

Celui à qui on a tant reproché son manque de professionnalisme, le grandperdant de la guerre du Liban, a fait preuve, dans ce cas précis, d’une grandeclairvoyance. La décision de Peretz d’investir dans la batterie de défensesemblait alors inimaginable et l’idée, perçue comme “absurde” par nombred’officiers supérieurs. “De la science-fiction”, se moquait-on alors. “Ungaspillage sans précédent du budget de la Défense.”

Mais l’entêtement de l’habitant de Sdérot a eu raison des critiques. Pour leplus grand bien d’Israël, aujourd’hui.

Des coûts prohibitifs La sécurité a toutefois un coût. Et celui du Dôme de fera de quoi effrayer. Plus de 200 millions de dollars ont été investis en Israëlpour mener à bien le projet. En mai 2010, la Maison Blanche débloquait unfinancement de 205 millions de dollars. Le plus gros de l’investissement aainsi été absorbé. Reste que chaque missile d’interception tiré vaut entre 35000 et 50 000 dollars.

D’après les propos rapportés par la radio de l’armée, au cours des quatrepremiers jours des opérations, Israël aurait dépensé environ 63 millions dedollars pour protéger ses citoyens. Et en cas d’opération terrestre dans labande de Gaza, le coût pourrait atteindre 1 milliard de dollars hebdomadaire.Une estimation qui se base notamment sur le coût de l’opération Plomb durci -qui a duré trois semaines entre décembre 2008 et janvier 2009. Quant au nombrede réservistes actuellement mobilisés, l’imprécision demeure. Si le chiffre de75 000 militaires de réserve appelés circule sur les ondes, le porte-parole del’armée refuse de confirmer. “Quelques dizaines de milliers”, indique-t-il,délibérément flou.

Les coûts matériels devraient toutefois être inférieurs à ceux de la précédenteopération militaire, grâce, toujours, à l’intervention de Dôme de fer quipermet d’éviter les destructions d’habitations, entreprises, usines et autresinfrastructures.

Des noms qui en disent long ‘Raisins de la colère” dans le sud du Liban en1996, “Jour de pénitence”, dans le nord de la bande de Gaza en 2004, “Pluied’été”, puis “Nuages d’automne” également dans l’enclave palestinienne en 2006,“Plomb durci”, il y a quatre ans... A chaque opération militaire, uneappellation lui est associée. Quid de “Amoud Anan”, littéralement “Colonne denuée” ? “Amoud Anan renvoie à la ‘colonne de nuée’ qui accompagnait le Peupled’Israël durant sa traversée du désert”, explique un porte-parole de l’armée.Tirée du livre de Shemot (L’Exode), l’expression choisie par l’étatmajor del’armée fait référence à la miraculeuse protection divine qui écartait lesbêtes sauvages et ennemis d’Israël qui se présentaient sur sa route, après sasortie d’Egypte.

“L’Eternel allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guiderdans leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afinqu’ils marchent jour et nuit. La colonne de nuée ne se retirait point de devantle peuple pendant le jour, ni la colonne de feu pendant la nuit (Exode, 13,21-22), cite l’ancien grand rabbin de Tsahal, Avichaï Ronsky. “C’est unemerveille”, confie-t-il au site du journal Yediot Aharonot. “Tout comme lacolonne de nuée veillait sur le peuple effrayé par les soldats égyptiens quiles pourchassaient, l’armée d’Israël s’interpose entre les terroristes qui nousattaquent et la population civile.”

“D’après moi”, poursuit le Rav, “le nom de cette opération confère un senspositif et véhicule des valeurs encourageantes : force, honneur national etmaintien de notre souveraineté.”

Pourquoi, en ce cas, avoir privilégié la Colonne de nuée, à Colonne de feu ?“Car ce dernier terme peut porter confusion. Le feu détruit tout devant lui,sans scrupule. Ce n’est pas notre intention : nous préférons une approche plusciblée.”

Dans le cas de l’opération présente, les médias anglophones et francophonesont, à l’initiative du bureau de presse du gouvernement, choisi de traduire l’expressionpar “Pilier de défense”.