Dans le feu de l’action

Gigantesque simulation à balles réelles pour l’armée de terre. Récit d’une bataille fictive.

Soldiers during Ground Forces exercise 370 (photo credit: Yaakov Lappin)
Soldiers during Ground Forces exercise 370
(photo credit: Yaakov Lappin)
Lever du soleil, quelque part dans le désert de l’Arava, la semainedernière. A quelques kilomètres de la base militaire de Tzeelim dans le sudd’Israël, les basses amplitudes d’explosions d’obus de mortier fendant les airsse font entendre. Un son que l’on ressent dans le corps tout entier, comme pourmieux comprendre l’ampleur des tirs.

Un peu plus loin, des soldats sont accroupis dans le sable et tirent en rafaleavec leur M-16. A droite, une colonne de chars Merkava Mark 3 s’avance.

Ces scènes marquent le début d’un événement qui a lieu 3 fois par an :l’exercice à balles réelles de l’armée de terre pour les nouveaux commandantsde compagnies et de bataillons. Cette bataille simulée représente le pointd’orgue de 12 semaines de préparation, au cours desquelles les officiers ontétudié doctrines militaires, valeurs de Tsahal et techniques de commandement.Leurs aptitudes à mener des troupes vont désormais être testées sur le terrain.

C’est le lieutenant-colonel Dotan Razili qui supervise l’exercice. « Dans notremétier, on ne peut pas passer des examens par écrit. C’est par cette simulationque nous leur enseignons notre savoir » explique-t-il, avant d’ajouter auxsoldats autour de lui : « L’ennemi est droit devant et le bataillon à vosordres est derrière vous, vous devez avancer rapidement ».

A terme, le but est simple : prendre d’assaut la position ennemie, tuer lescombattants hostiles et prendre le contrôle de leur territoire. Si l’exercices’achève avec succès, 30 commandants de bataillon et 120 commandants decompagnie rejoindront les rangs des forces terrestres de Tsahal.

Chacun des officiers reçoit plusieurs parachutistes à diriger, des véhicules duCorps des blindés et des canons du Corps d’artillerie. « Le nord n’a pas lesmêmes dunes colorées », continue Razili, « mais nous nous entraînons égalementsur le plateau du Golan, bien que nous n’ayons pas ce type d’espace là-bas. Lesaires d’entraînement y sont plus étroites du fait des réserves naturelles »,explique-t-il.

Les grands espaces sont particulièrement importants pour ce type d’exercice :la plupart des batailles terrestres progressent à un rythme identique, celuid’un fantassin à pied. Vu que les troupes parcourent environ 10 kilomètres parjour au cours d’une bataille, en cas de conflit avec nos pays voisins, Damasserait à 6 jours de marche et Beyrouth à 8. Mais il faudrait d’abord délogerles forces ennemies.

Prêts à tout 

Au cours de l’exercice, les officiers doivent gérer de continuelschangements d’ordres, transmis par radio. La seule façon pour Tsahal devérifier que les jeunes commandants savent prendre les bonnes décisions dans unenvironnement incertain, stressant et confus.

« Sur le champ de bataille, les missions ne sont pas toujours claires », noteRazili. « On demande aux soldats d’atteindre un objectif, puis soudain, ilsdoivent se diriger ailleurs. Ce changement d’objectifs implique également deschangements logistiques. Nous partons du principe qu’il y a toujours dessurprises », renchérit le colonel Asher Ben Loulan, commandant du centred’exercice à tir réel de Tzeelim.

Un peu plus loin, on distingue, sous une tente, la salle de commandes etcontrôle. De là, ordres et coordonnées sont envoyés aux tireurs d’artillerie,positionnés bien au-delà de la « ligne de front ». Les soldats font trèsattention en dirigeant leurs obus, d’une portée de 10 kilomètres.

Tzeelim a été le théâtre de deux accidents mortels au début des années 1990.Aucun soldat ne souhaite être associé aujourd’hui à une autre erreur fatale.Les tirs d’obus sont destinés à « ramollir » la position ennemie avant quel’infanterie et les chars ne prennent la relève.

Soudain, un soldat tire un missile Gil antichar, d’une portée de 14 kilomètres,en direction d’une dune déserte. Le flash est visible bien avant que le bruitde l’explosion ne se fasse entendre. « Vous venez de voir partir en fumée 250000 shekels », commente Razili.

Le Gil est une arme à guidage de précision, capable d’atteindre, par exemple,une maison utilisée comme cellule du Hezbollah dans un village au sud du Liban.Il permet à une unité itinérante d’infanterie de lancer une frappe de longueportée sur une position ennemie, sans avoir recours à l’armée de l’air ou àl’artillerie.

« Le commandant a toujours le dilemme suivant : la distance par rapport àl’ennemi. Il doit continuellement avancer, mais il ne doit pas être trop prochede l’ennemi, car cela l’empêcherait de prendre des décisions », commenteRazili. Peu après, les parachutistes reçoivent l’ordre qu’ils attendaient etchargent à feu nourri. Une autre ligne de soldats reste à l’arrière pour lescouvrir.

Traquer la moindre erreur

Tandis que les chars et les cannons grondent, Razilicompare l’offensive complexe qui se joue autour de lui à un orchestre.
« Chaque instrument doit suivre le bon tempo. Chacun contribue de façon unique», dit-il tout en dépassant une unité de snipers recroquevillée dans le sableau sommet d’une colline. « Les snipers multiplient significativement les forces», commente le colonel avant d’ajouter que Tsahal s’appuie bien davantage surces tireurs d’élite ces deux dernières années. « Par le passé, la plupart denos anciens snipers étaient des émigrants russes. Aujourd’hui, tout le monde yva ».

Ces intenses exercices sont le fruit d’une des plus importantes leçons tiréespar l’armée dans le sillage de la seconde guerre du Liban. Au cours du conflit,les forces terrestres se sont avérées quelque peu rouillées dans leurstechniques de combat, après avoir passé un temps considérable sur des missionsde dispersion d’émeutes en Judée-Samarie et de contre-terrorisme (notammentpendant la seconde Intifada).

« Nous avions arrêté de nous entraîner, avant 2006, et nous avons découvertqu’il existait un fossé dans la communication entre l’infanterie et les chars.C’est très dangereux », se rappelle Razili. Désormais, les entraînementscommuns réguliers ont comblé ce fossé, ajoute-t-il.

Autre nouveauté : sur cet exercice, réservistes et conscrits s’entraînent ensemble.Une autre mesure destinée à garantir la coopération entre différentes forces.Enfin, si les simulations duraient jadis 10 heures, elles sont désormais de 24heures. Là aussi, il s’agit de préparer les commandants au pire.
Alors que la jeep de Razili s’éloigne du terrain des offensives, son «orchestre » continue sa répétition, et se prépare au jour où il devra peut-êtredonner une vraie performance.