Futur brillant

Yvel, la célèbre marque de joaillerie, a créé à Jérusalem une école spécialement dédiée à la communauté éthiopienne.

P22 JFR 370 (photo credit: Martin Alargent)
P22 JFR 370
(photo credit: Martin Alargent)
Nouveau départ. 9mois que Wiltaw a intégré l’école « Megemeria », ouverte il y a 2 anspar le groupe Yvel. 9 mois que « sa vie a changé ». Cet Ethiopien de44 ans, arrivé en Israël il y a 13 ans, s’est découvert une réelle passion pourla joaillerie. Cette formation, ce n’est donc pas seulement une façon des’assurer un avenir et de mieux subvenir aux besoins de sa famille, c’est aussiun rêve qui se réalise…

Et aussi unsentiment de satisfaction. Car sur plus de 300 demandes, seules 21 candidaturessont finalement retenues chaque année par l’établissement. Les critères desélection sont variés : motivation, aptitudes manuelles ou encore lesraisons qui ont motivé l’aliya. « Pour moi, cela a été une grandeopportunité, je suis vraiment heureux. Cela apporte un réel espoir dans mavie », confie Wiltaw.

Cet ancienemployé de garage est fier de son nouveau statut social et peut dorénavantlaisser libre cours à son ambition. L’accompagnement de l’école crée égalementune réelle différence dans sa vie, précise-t-il. Les étudiants sont en effetsuivis par un membre de l’établissement dans leurs démarches administratives etbénéficient d’activités d’intégration à la société israélienne.

Dans l’atelier,Wiltaw est loin de se douter qu’il travaille pour des clients de renom commeScarlett Johansson, Katy Perry, Selena Gomez ou encore Rihanna. Car la marqueisraélienne a ses adeptes dans le monde entier. Créée à Jérusalem en 1986, lamaison de joaillerie s’est d’abord spécialisée dans les perles. C’est seulementdepuis 3 ans qu’elle a commencé à se diversifier et travailler les pierresprécieuses : du saphir à l’opale en passant par le rubis, le diamant,l’améthyste ou l’émeraude.

Fabriquées àJérusalem, les collections, toutes composées de pièces uniques, sont exportéesdans le monde entier. L’entreprise possède actuellement 650 magasins à traversla planète.

Au-delà du luxe, laphilanthropie

Cependant, pourIsaac et Orna Levy, les fondateurs d’Yvel, succès rime aussi avec solidarité.« Nous aimons les perles, mais avant tout, nous aimons les gens ! »,est l’un des slogans de leur compagnie. Ainsi, depuis 2 ans, ils ont décidé departager leur success story avec les plus démunis.

Et se sontnaturellement dirigés vers la communauté éthiopienne, qui connaît un réelproblème d’intégration au sein de l’Etat hébreu, en particulier du fait dufossé culturel et sociologique qui existe entre les sociétés éthiopiennes etisraéliennes.

Le niveaud’éducation et d’études est, la plupart du temps, faible ou inexistant. Raredonc, pour ses ressortissants d’accéder à des professions valorisantes offrantun avenir serein. Le père d’Isaac Levy ayant lui-même beaucoup souffert lors deson aliya d’Argentine en 1960, il est naturel pour la compagnie de tendre lamain aux populations immigrées défavorisées.

Megemeria a vu lejour en 2011. L’école est réservée aux Falashas. Pendant 1 an, Yvel les initieaux secrets de la profession, de la fabrication au design en passant par lavente et la gestion d’entreprise. Mais pas seulement. Les étudiants bénéficientaussi de cours d’hébreu, de géographie et d’histoire d’Israël. Objectif :leur donner toutes les cartes en main pour ne plus dépendre des aides socialeset faire vivre leurs familles.

Bien souvent, cesont déjà des chefs de famille qui se lancent dans la formation. L’école,érigée sous forme d’association à but non lucratif, verse 4 000 shekelspar mois à ses étudiants afin qu’ils puissent s’y investir complètement.

Sur les 21 élèvesde chaque promotion, 5 sont recrutés par Yvel. Les autres reçoivent un diplômereconnu par l’Etat d’Israël, qui leur permet de postuler dans la branche. Maisils ont aussi la possibilité d’intégrer l’entreprise des étudiants, qui portele même nom que l’école, Megemeria : le joaillier met locaux et matériauxà disposition des 16 diplômés qui n’auront pas intégré les rangs de sonentreprise et gèrent alors leur propre structure indépendante. Les matièresutilisées sont moins nobles qu’à la maison mère et les prix ne sont pascomparables, mais il s’agit là d’un réel tremplin pour les élèves. L’occasionde faire ses armes en assumant d’importantes responsabilités et accumulant del’expérience.

L’histoireéthiopienne revisitée

Les employésfraîchement formés sont totalement libres de leurs réalisations. Aucune normeou obligation n’est imposée. Les bijoux griffés Megemeria s’inspirent donc dela culture judéo-éthiopienne et rappellent l’histoire de ces peuples d’Afriquequi ont su conserver, à travers les siècles, leurs traditions juives.

Une façon pourcette communauté de ne pas oublier d’où elle vient, tout en rappelant sesorigines aux générations futures, elle, qui descend de la de la reine de Sabaet du roi Salomon… Il est écrit (I Rois X, 2) : « La reine de Sabaarriva à Jérusalem avec une suite très nombreuse, des chameaux chargésd’aromates, d’or en très grande quantité et de pierres précieuses ».

Le nom deMegemeria n’a pas été choisi par hasard. Il signifie « genèse » ou« nouveau départ » en amharique. Ou quand la richesse ancestrale estrevisitée au présent… Une belle histoire d’intégration qui s’écrit.