La fortune sourit aux audacieux

Du cryptage militaire au contenu en ligne ou comment une unité secrète de Tsahal engendre des géants du high-tech.

P13 JFR 370 (photo credit: Tsahal)
P13 JFR 370
(photo credit: Tsahal)
Qu’est-ce qu’AdamSingolda, 32 ans, créateur du cabinet de high-tech de premier plan Taboola, etle major Alon (nom supprimé), 30 ans, officier supérieur de cryptage desdonnées dans l’armée israélienne, ont en commun ? Ils sont tous deuxoriginaires du Centre pour le cryptage et la sécurité de l’information (CCSI)de Tsahal, une unité militaire secrète qui s’emploie à ce que l’ennemi nepuisse intercepter les communications les plus sensibles.
Le CCSI permet aux soldats de se parler les uns aux autres depuis différentesvilles, via des lignes cellulaires sécurisées ; aux missiles de communiquer entoute sécurité avec les stations de contrôle ; aux pilotes d’avions de chassede parler aux bases de la Force aérienne ; ou aux batteries de défense (commele Dôme de fer) d’envoyer et recevoir des signaux vitaux avant d’intercepterles projectiles.
Ces dernières années, le CCSI a joué un rôle de premier plan dans la révolutiontechnologique qui déferle sur l’armée israélienne, et permis la création de ceque les agents de sécurité appellent les « systèmes méga » qui serventmaintenant l’armée.
L’unité la plus intelligente du monde
Adam Singolda, natif de Rishon Letsion, aservi au Centre de cryptage et de sécurité de l’information, et continué àutiliser les compétences acquises là-bas pour fonder une société high-techhautement novatrice et influente de contenu Internet.
Ce fils du fameux guitariste de Shlomo Artzi, Avi Singolda, n’a pas terminé sesétudes universitaires. Ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de diriger unesociété multinationale qui dessert 300 millions d’utilisateurs et traite 3milliards de fichiers de contenu par jour.
S’il vous est arrivé de tomber sur un message, au bas d’un article en ligne,qui suggère que cela vous intéresserait peut-être de cliquer sur le contenuassocié, il y a de fortes chances que celui-ci ait été placé par sa sociétéTaboola.
« Nous examinons tous les articles lus par les utilisateurs, leurs fluxTwitter, et des dizaines de milliards de points de données. Nous effectuons uneanalyse toutes les 15 minutes », explique-t-il.
Le courage de se lancer dans la création d’une entreprise comme Taboola lui estvenu directement du CCSI. « Quand quelqu’un a une idée, on l’encourage à lapoursuivre. La philosophie que nous a léguée le CCSI est : fais-le marcher etaméliore-le. » Singolda a commencé à se spécialiser dans les ordinateurs dès lelycée et, déjà adolescent, rêvait de rejoindre le CCSI. « Je savais que c’étaitl’unité la plus intelligente du monde », déclare-t-il. « Je voulais fairepartie d’une petite unité, plutôt que d’une grande organisation comme l’unitéde renseignement militaire 8200. Je ne voulais pas être un infime rouage dansl’imposante machine de l’armée. » Au cours d’une période d’essai pour intégrerle CCSI, Adam Singolda dirige une équipe de sept personnes, tandis qu’unedeuxième équipe est dirigée par un candidat nommé Alon Pilberg. Singolda esttellement impressionné par le talent de programmeur de Pilberg qu’il lerecommande à sa place lors de son entretien avec le responsable des sélectionsdu CCSI.
Aujourd’hui, Singolda et Pilberg, qui ont servi au CCSI pendant des années,travaillent ensemble à Taboola.
New York, Tel-Aviv, Bangkok
En 2005, après avoir quitté l’armée, Singoldapénètre le monde des start-up.
« Nous avons mis en place des projets qui faisaient concurrence à Skype, enreliant deux téléphones à travers un réseau de voix sur IP », explique-t-il. «On nous a demandé de terminer le projet en un an. Nous l’avons fait en unesemaine. Pilberg peut le faire en une heure. » En 2006, Adam Singolda commenceà prendre les dispositions nécessaires en vue de la création de Taboola. «C’est aussi au CCSI que j’ai acquis le discernement indispensable pour dénicherdes collaborateurs chevronnés » souligne-t-il. « J’ai appris comment créer uneentreprise, et laisser les gens y travailler pour donner naissance àd’étonnants projets. » Après avoir recueilli 50 millions de dollars auprèsd’investisseurs, Singolda établit Taboola en Israël et commence à recruter sonpersonnel. Aujourd’hui, il vit à New York, où l’entreprise a son siège social,dispose d’un centre de recherche et développement à Tel-Aviv, et a ouvert dessuccursales au Royaume-Uni et en Thaïlande.
Son ancien collègue de l’armée, le major Alon, est quant à lui resté sous lesdrapeaux. Il s’engage dans l’armée israélienne en 2000, et pendant dix ansoccupe divers rôles top-secret au sein de la Direction des servicesinformatiques de Tsahal, avant de rejoindre le CCSI en 2010.
Aujourd’hui, Alon est à la tête de la Direction du cryptage combiné au sein duCCSI. « Nous réalisons le cryptage combiné. Il s’agit d’un domaine decompétence qui traite de tous les processus de cryptage, des téléphones auxcommunications de missiles. Tout ce qui est émis à travers l’espace »,explique-t-il.
« Le courage est notre métier »
« Ici, les jeunes se voient confier de trèslourdes responsabilités. Nous avons un jeune au CCSI qui était en terminalel’année dernière. C’est un programmeur extraordinaire : la lumière jaillit deses doigts. Maintenant, il travaille au programme de cryptage pour la fronde deDavid », déclare Alon, qui fait allusion au système de défense anti-roquettes queTsahal développe pour faire face à l’arsenal de roquettes du Hezbollah.
« Ce que nous faisons ici, c’est de tirer parti de nos atouts – même si le faitde confier ces travaux à des gosses représente un risque énorme. Au bout ducompte, c’est un pari dangereux pour l’armée », reconnaît-il. Et il ajoute : «Si un jeune programmeur commet une erreur, il peut planter des systèmesentiers. » « Le courage est notre métier. Nous faisons montre d’une certainetémérité. On dit à un gars de 18-20 ans de faire un essai. Puis, il commence àgérer une équipe. Tsahal les pousse à concrétiser leur vision », déclare Alon.« Je ne sais pas comment ça marche, mais ça marche ! » Le CCSI est un excellentchasseur de têtes pour repérer les recrues potentielles parmi les étudiants dusecondaire les plus brillants, et filtrer également les candidatures. Certainesrecrues ont déjà reçu une éducation supérieure, avant de rejoindre l’unité. «Mais l’expérience nous a appris qu’il est plus facile de trouver les personnesqualifiées que de les garder. Si de nombreux soldats aux dons exceptionnelsrestent au sein du CCSI, malgré tout, la majorité de nos surdoués ne résistepas à la tentation d’emprunter le même chemin que Singolda et de mettre leursprécieuses compétences au service du monde des affaires. » Singolda, qui gardeun contact étroit avec ses anciens collègues du CCSI, formule l’espoir que « lefleuron » de l’unité reste en son sein. « C’est une question de compétence. LeCentre de cryptage et de sécurité de l’information est un groupe d’individusque rien ne peut arrêter. Ils sont conscients du fait qu’ils ne doivent rienlaisser au hasard. Et c’est ce qui engendre leur témérité. Il n’existe riend’équivalent au monde », conclut-il.