Le combat pour la reconnaissance

Les sports non olympiques ne reçoivent aucune attention médiatique en Israël.Le kickboxeur Itay Guershon explique sa frustration.

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Il a empochéune médaille de bronze aux championnats d’Europe cette année. Et il est aussiun ancien champion européen dans la catégorie junior. Pourtant, c’est sansdoute la première fois que vous entendez parler d’Itay Guershon. Pourquoi ?Parce qu’à 19 ans, ce jeune habitant de Har Homa accumule les succès, certes,mais dans des disciplines non olympiques ; celles du kickboxing et dukickboxing thaïlandais, plutôt que dans les arts martiaux traditionnels commele judo et le taekwondo, qui figurent, eux, au programme olympique.

Guershon s’entraîne sous la houlette de Benny Kogan, à Jérusalem. C’est enregardant des films de Bruce Lee et Jean- Claude Van Damme, à l’adolescence,qu’il tombe amoureux de ce sport. Il se lance donc à l’âge de 15 ans etremporte presque immédiatement ses premiers combats. En 2011, il est couronnéchampion européen de kickboxing. L’année dernière, il a occupé la 3e place duchampionnat d’Europe de kickboxing thaïlandais.

La Fédération de sports compétitifs non olympiques d’Israël, Ayelet, luifournit tout le soutien nécessaire. En dehors de l’absence de reconnaissancepublique, le jeune homme ne se plaint pas. « Je ne suis pas dans la course aurespect. Je ne me soucie pas de ce que les gens disent ou pensent de moi »,tient-il à souligner.

Guershon accomplit actuellement son service militaire en tant qu’instructeursportif, ce qui lui permet de continuer à s’entraîner lui-même en parallèle. «Bien sûr que je voudrais voir mon sport se développer en Israël, mais je veuxavant tout atteindre mes propres objectifs. Evidemment, l’argent est importantparce qu’il faut bien gagner sa vie d’une façon ou d’une autre. Mais si jecourais après la manne financière, je ne continuerais pas à faire ce que jefais. Ce n’est pas une question d’argent. Ce que je veux, c’est atteindre mesobjectifs, profiter et vivre la vie dont j’ai envie ».

Traitement de défaveur

Si Guershon se soucie moins du monde extérieur, ArikKaplan, président d’Ayelet, monte lui au créneau avec passion pour les 30sportives et sportifs sous sa protection.

Objectif : leur obtenir la reconnaissance qui leur revient et le soutienfinancier qui va avec. « Certains de nos sports n’ont rien à envier auxdisciplines olympiques. Mais les médias influencent les sponsors qui endeviennent populistes dans leurs choix. Tout ce qui les intéresse, c’est de savoirsi l’événement sera aux JO ».

Et de s’enflammer : « Ce n’est pas juste qu’un sport soit mieux traité que lesautres, uniquement parce qu’il figure au programme des épreuves olympiques ».Il en est convaincu : si « ses » sports recevaient plus d’attention médiatique,les choses changeraient indubitablement.

« L’un de nos athlètes a remporté le championnat mondial de ski nautique etj’ai dû littéralement supplier la presse pour que cela soit mentionné dansquelques articles », s’agace-t-il. « Si l’un de mes sportifs avait volé quelquechose au Duty free de l’aéroport, on en aurait fait les gros titres.

Mais qu’il remporte un championnat mondial, tout le monde s’en fiche. Il n’y aaucune différence entre un drapeau israélien dressé lors d’une compétition deski nautique ou lors d’une compétition de judo, l’honneur est le même. Maisl’approche médiatique au sport reste bêtement basée sur l’angle olympique. Lesjournalistes ne cherchent pas à savoir combien d’athlètes il y a dans chaquediscipline, quels sont les succès remportés et de quelle façon ce sportcontribue à la société. Ils vérifient uniquement si cela figure au calendrierdes JO. C’est inacceptable ».

Selon Kaplan, des sports olympiques tels que le waterpolo ou le handball sontbien plus subventionnés que d’autres disciplines nationales, alors qu’Israëln’a jamais envoyé de sportifs dans ces catégories aux Jeux. « Il y a tantd’hypocrisie ! Et cela cause vraiment du tort à nos athlètes », se désole-t-il.« Ils s’entraînent tous les jours, mènent une existence de sportifs et sonttout aussi capables et doués que les athlètes olympiques. Un athlète devraitrecevoir tout ce dont il a besoin, qu’il soit olympique ou pas », martèle-t-il.

Problème d’éducation

A 47 ans, Kaplan est néanmoins fier des progrès réalisésdepuis 8 ans qu’il est à la barre de la Fédération. « Je pense que les chosesvont continuer à s’améliorer », veut-il croire.

« Le problème, c’est qu’en Israël il n’y a pas de sensibilisation au sport etpas d’éducation au sport. Le pourcentage d’athlètes actifs dans l’Etat hébreuest l’un des plus bas au monde, en particulier par rapport au monde occidental.Il faut avant tout faire en sorte qu’il y ait davantage de sportifs en Israël,quelle que soit la discipline. C’est pourquoi nous organisons des formationsd’entraîneurs et nous travaillons avec différentes associations pour augmenterle nombre de participants. En parallèle, nous travaillons à conférer à l’éliteles conditions nécessaires pour atteindre des résultats ».

Guershon attribue une bonne partie de son succès au soutien d’Ayelet. Et rêved’une carrière longue et prospère.

« Je me vois continuer dans ce sport, mais ce n’est pas facile. C’est trèsdifficile de progresser en Israël, car il faut beaucoup d’argent. Il fautatteindre un très haut niveau pour vivre décemment de sa discipline, et c’estdifficile d’y arriver ici ».

Alors qu’il grimpe les marches du succès dans le monde du kickboxing, Guershonest également devenu plus religieux.

Il voit une corrélation entre l’observation des mitzvot et les sports decombat. « Les gens ont besoin de s’appuyer sur quelque chose, qu’ils soientjuifs, musulmans ou chrétiens. Parfois, on aspire à quelque chose de plus grandque soi », dit-il simplement. « Dans un sport de combat, on se retrouve parfoisdans une confrontation effrayante et on cherche alors des forces supérieures àsoi ou à son opposant ».