Le grand rassemblement de tous les Juifs

Un homme parcourt le globe à la recherche de « communautés juives perdues », pour les faire participer aux 19es Maccabiades.

P19 JFR 370 (photo credit: Maccabiah archives)
P19 JFR 370
(photo credit: Maccabiah archives)

Les juifs à travers le monde l’ignorentpeut-être encore, mais c’est grâce à la volonté et à la détermination deMaccabi Carasso, qu’ils pourront participer aux Maccabiades de cet été enIsraël. Compte tenu de son nom, il est assez étonnant qu’il ne soit impliquéque depuis 15 ans dans l’Union Mondiale des Maccabi, une association pourlaquelle il officie comme membre exécutif et ambassadeur général. MaccabiCarossi est l’homonyme de son oncle, mort en 1948 sur la route de Jérusalemassiégée, quatre ans avant sa naissance, dont le curieux prénom de Maccabi,venait de ses parents, fondateurs du club Maccabi au Caire en 1905.

Près de 9 000 athlètes originaires de plus de 70 pays, vont participer à la 19eédition des Maccabiades, les plus importantes depuis la naissance del’événement. Quelque 27 pays qui n’avaient jamais pris part à ces Jeux, serontreprésentés cet été, en grande partie grâce aux pérégrinations de Carasso.

Une idée qui fait mouche 

L’idée d’inciter de nouveaux pays à envoyer unedélégation aux Maccabiades est le fruit des réflexions de l’entrepreneuraméricain Jeffrey Sudikoff qui a fait fortune en tant que fondateur et ancien P.-D.G.de la BID Com, le géant des communications américaines, l’ancêtre de laWorldCom.

Mais Sudikoff veut faire plus que simplement soutenir financièrement lesMaccabiades, quand il décide avec son épouse Joyce, de lancer le projet «communautés juives perdues ». « En regardant les Maccabiades, en voyant toutesces délégations défiler avec leurs drapeaux à la cérémonie d’ouverture, on sedit d’abord étonné, “tiens, il y a une communauté juive là-bas ?”, et un jouron se demande : “mais où sont les autres ?” en tout cas, ça s’est passé commeça pour Joyce et moi », se souvient Sudikoff. « De mon point de vue, il n’étaitpas question de me contenter de verser des fonds à l’association. Je voulaistrouver une idée originale qui offrirait un capital croissance aux Maccabiades.» Et l’homme choisi par Eyal Tiberger, directeur exécutif du Maccabi WorldUnion, pour parcourir le monde dans l’espoir de convaincre les juifs departiciper aux Maccabiades sera donc Carasso. Ce dernier embrasse sa tâche ens’y vouant corps et âme : « Je ne me rendais pas compte des efforts que ceprojet allait me demander », avoue-t-il, « au début, je ne savais même pas paroù commencer.

Par exemple, c’est en me rendant en ex- Yougoslavie, en tant que représentantde l’association pour des cérémonies officielles, que j’ai rencontré leprésident de la communauté juive de Serbie.

Après une très courte conversation, je l’ai convaincu qu’avec l’argent dont jedisposais et ses connaissances, nous pouvions faire le tour de toutes lescommunautés de l’ex- Yougoslavie. Cela nous a pris deux semaines pour parcourirla Serbie, le Monténégro, la Macédoine, la Slovénie, la Bosnie et la Croatie etconvaincre les sportifs de se joindre aux Maccabi pour venir participer auxMaccabiades. » 

Des communautés juives improbables 

300 athlètes venant de 27pays différents vont concourir en Israël pour la première fois cet été. Ilssont issus de petites communautés de 30 à 5 000 Juifs. Certains pays vontenvoyer un seul représentant, comme la Mongolie par exemple. « Je ne m’expliquepas pourquoi je tenais tout particulièrement à la Mongolie », se souvientCarasso. « Je n’y ai d’abord essuyé que des refus. Puis j’ai réussi à remonterjusqu’au président de la communauté, pas intéressé pour un sou puisque sa communautéest inexistante dans la mesure où ils ne sont même pas mynian pour la prière.Mais je lui ai fait savoir que je ne lâcherai pas l’affaire. Finalement, leconsul d’Israël en Mongolie et le consul de Mongolie en Israël m’ont trouvé unjoueur de tennis de 20 ans qui viendra concourir.

Je ne sais pas pourquoi la Mongolie était si importante à mes yeux. Sans douteparce qu’il me semblait si incroyable qu’il puisse y avoir un juif en Mongolieet de surcroît, à même de participer aux Maccabiades. » Toutefois, lecouronnement de ce projet reste sans conteste, la grande délégation envoyée parCuba. « Quand je suis arrivé là-bas, j’ai constaté qu’ils m’attendaient de piedferme. Je n’ai pas eu à les convaincre du tout », explique Carasso. « Ils ontécouté tout ce que j’avais à dire et j’ai tout de suite senti qu’ils étaientfin prêts. A tel point qu’ils avaient préparé une liste détaillée de la façondont les juifs vivent dans chacune des villes qui envoyaient une délégation etde combien d’athlètes ils disposaient. Les Cubains envoient une délégationd’environ 45 athlètes issus d’une communauté de 1 000 juifs, c’est tout à faitremarquable ».

Vaincre la peur de l’inconnu 

Cependant, toutes les communautés n’ont pas étéaussi accueillantes que celle de Cuba. « J’ai eu pas mal de déceptions.Beaucoup de juifs n’avaient encore jamais quitté leur pays et c’est la peur quia motivé leur refus », regrette Carasso. « Malte, par exemple, est un grandéchec pour moi. Je n’aurais pas dû m’adresser seulement au chef de la communauté.Si j’avais fait aussi un travail de terrain, je serai certainement parvenu àconvaincre au moins un athlète. Il suffit d’un seul. Il devient alors monambassadeur, raconte le soir son expérience incroyable en Israël à ses amisjuifs. Et très vite, ça fait boule de neige. C’est pourquoi il est si importantpour moi de trouver ne serait-ce qu’un ou deux participants dans chaque pays.Pour quelqu’un qui n’a encore jamais participé aux Maccabiades, il est trèsfacile de trouver une excuse pour ne pas venir. Il faut être conscient del’intensité de l’expérience que représentent ces Jeux pour s’y intéresser »,ajoute-t-il. « Et aucune des vidéos que je pourrais montrer et commenter nepeut en rendre compte. Rien ne vaut l’impact du vécu ou du récit que fait endirect un athlète qui a participé à l’événement ».

Quoi qu’il en soit, Carasso reconnaît que les résultats obtenus ont largementdépassé ses espérances et il compte bien être en mesure de découvrir encoreplus de nouveaux athlètes pour les 20es Maccabiades, dans quatre ans. « Ceprojet a commencé dans la tête d’un donateur et s’il est d’accord et sa femmeaussi, nous allons faire vivre ce projet jusqu’à la prochaine édition desMaccabiades », espère-il. Seule ombre au tableau, sa famille : « A mon retourd’Amérique centrale, après une absence de près d’un mois, l’accueil a été plusqu’orageux à la maison. Ma famille m’a annoncé que c’était la dernière fois queje faisais un tel voyage. Mais d’ici les prochaines Maccabiades, mes enfantsseront plus âgés. J’espère qu’ils me pardonneront. Je suis sûr qu’ils mecomprendront mieux quand ils verront les Jeux. Tant que ma famille m’approuveet que mon corps tient le coup, mon âme voudra continuer à soutenir ce projet.»


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