Le prisonnier X : mystère levé

Deux ans après le suicide du prisonnier australien Ben Zygier, le gouvernement israélien est sommé de s’expliquer.

Ben Zygier passport 370 (photo credit: ABC News)
Ben Zygier passport 370
(photo credit: ABC News)
Trop de discussions au sujetdes services de sécurité israéliens pourraient sévèrement porter préjudice à lasécurité du pays. C’est ainsi qu’a réagi le Premier ministre BinyaminNetanyahou dimanche 17 février, lors du conseil ministériel hebdomadaire.L’affaire du prisonnier X agite les médias israéliens et internationaux depuisune dizaine de jours.

Cet immigrant australien, vraisemblablement affilié au Mossad, aurait mis fin àses jours dans sa cellule israélienne, fin 2010.

Selon les dernières informations à l’heure où nous mettons sous presse, BenZygier aurait livré des renseignements sur les activités du Mossad aux servicessecrets australiens, notamment sur une vaste opération menée en Italie.

Netanyahou a également réitéré sa « confiance totale » dans les services desécurité du pays d’une part et les autorités légales en charge de l’enquêted’autre part. « Avec cette combinaison du maintien de la sécurité et de la loi,nous assurons du même coup la liberté d’expression », a-t-il dit. « Cependant,la surexposition des activités de renseignements et de sécurité peut nuire,peut-être même sérieusement, à la sécurité d’Israël. La sécurité ne doit pasêtre négligée, au contraire, vu notre situation géopolitique, elle se doitd’être un des intérêts principaux », a ajouté Netanyahou, en qualifiant cetteposition d’unique au monde.

« Nous sommes une démocratie exemplaire et nous maintenons les droits civils etjudiciaires de chaque individu, pas moins que n’importe quel autre pays », apoursuivi le Premier ministre. « Nous faisons cependant face à plus de menaceset à plus de challenges. C’est pourquoi nous nous devons de maintenir notreniveau de sécurité. » Et Bibi de conclure en demandant à chacun de « laisserles forces de sécurité faire leur travail en paix pour que nous puissionscontinuer à vivre en sécurité en Israël ».

L’affaire du prisonnier X fait également beaucoup de vagues à Melbourne.Dimanche 17 février, le ministre des Affaires étrangères australien, Bob Carr,annonçait avoir commandé un rapport, sollicitant les contacts consulairesaustraliens et israéliens et établissant des connexions entre les agences desécurité des deux pays. « Nous avons aussi demandé la contribution dugouvernement israélien pour ce rapport. » a-t-il précisé. Le ministre souhaitedonner à l’Etat hébreu « l’occasion d’expliquer comment une mort si tragiqueavait pu arriver ».

L’ancien Premier ministre australien, Kevin Rudd s’est, quant à lui, lancé dansune certaine surenchère face à l’actuelle Premier ministre, Julia Gillard enappelant le gouvernement à se montrer inflexible envers Israël pour régler leproblème.

Rudd était Premier ministre lors de l’arrestation de Zygier.

Certains membres du gouvernement israéliens ont fait part de leur inquiétudequant à l’impact de cette affaire dans la campagne politique en cours enAustralie. Les élections sont fixées à septembre prochain.

Mobilisation à la Knesset 

Toujours dimanche, Aroutz 2 rapportait que desnégociations sur la durée de la peine étaient en cours au moment du suicide deZygier. La chaîne télévisée cite également un haut gradé affirmant que l’Etathébreu était prêt à accorder une peine de moins de 10 ans à Zygier, si cedernier acceptait de coopérer et de se taire.

Par ailleurs, les membres de la Knesset ont demandé à ce qu’une commissiond’enquête gouvernementale soit ouverte pour faire la lumière sur ce tragiqueincident.

Il a ensuite été annoncé qu’un groupe de députés allait mener l’investigation.Ouri Ariel, parlementaire d’Habayit Hayehoudi parmi les premiers à demander uneenquête, s’est livré au micro de la radio militaire : « Il y a eu faute quelquepart. Nous ne comprenons pas ce qui s’est passé.

C’est pourquoi la Knesset doit ouvrir une commission d’enquête. » De son côté,le député Nachman Shaï (Avoda) a demandé au contrôleur d’Etat, Joseph Shapirad’enquêter. « Nous avons commis des erreurs notables dans cette affaire et ce,dans plusieurs domaines : les renseignements, la justice, la scène publique etmédiatique, ainsi que le travail parlementaire », a déclaré Shaï. Le députétravailliste a prévenu que le gouvernement australien publierait certainementde nouveaux éléments relatifs à l’affaire et qu’Israël se retrouverait bientôtseul face à l’opinion internationale.

« Le temps joue ici un rôle crucial. Je demande donc au contrôleur d’Etat delimiter la durée de l’enquête et de s’engager à publier ses conclusions au plusvite pour que le public puisse trouver des réponses », a conclu Shaï.