Le prix de l’histoire

Jadis quartier pour les résidents pauvres de la Vieille Ville, Yemin Moshé est devenu un secteur de « luxe ».

Yemin Moshe (photo credit: Courtesy Anglo Saxon)
Yemin Moshe
(photo credit: Courtesy Anglo Saxon)
Yemin Moshé est un des premiers quartiers à avoir étéconstruit hors de la Vieille Ville de Jérusalem.

Dans l’Antiquité, il y avait une vie au-delà des murs, mais elle s’est éteinteaprès la destruction du Temple et la chute de Jérusalem en 70 de l’ère commune.La cité n’a revu le jour qu’en 1839, lors de la construction de Yemin Moshé.

Le nom du quartier, en français « la main droite de Moshé », fait référence àMoshé Montefiore, un des Juifs britanniques les plus influents du 19e siècle,mais aussi un pilier des établissements commerciaux et financiers anglais.

Outre son statut d’homme richissime en Angleterre, Montefiore se distingueaussi pour sa philanthropie très poussée dans tout l’Empire, qui comprenait àl’époque un quart du globe. Il offre de grosses sommes d’argent pour enrayer lapauvreté dans son pays d’origine et ses colonies outre-mer, et s’implique dansla cause « juive ». Le Tsar le reçoit en personne lorsqu’il lui fait unedemande au nom des Juifs de Russie.

Montefiore visite la Terre sainte plusieurs fois au cours de son existence etses dons permettent de soutenir les projets juifs en Palestine – dont l’achatdu terrain de Yemin Moshé et la construction de ses habitations.

Le projet commence en 1837. Dès 1839, les premiers logements sont achevés. Ils’agit de 28 habitations modestes composées d’une chambre assez petite et d’uneautre plus grande, ce que les agents immobiliers appellent aujourd’hui « unepièce et demie ».

En Palestine, pendant la première moitié du 19e siècle, le brigandage était uneroutine. Les portes de la Vieille Ville étaient donc fermées au coucher dusoleil, et ceux qui devaient passer la nuit en dehors avaient de la chance dese trouver vivants au petit matin. Par conséquent, le quartier de Yemin Moshéétait entouré d’un haut mur, et protégé par une grille que l’on fermait à latombée de la nuit.

Le charme de Yemin Moshé 

Malgré ces mesures de sécurité, il n’était pas aisé deconvaincre la population de la Vieille Ville de quitter son château, insalubreet gravement détérioré, mais protégé de remparts. Le nouveau quartierbénéficiait notamment d’une citerne d’eau, munie d’une pompe en fonte, toutdroit importée des îles britanniques, et qui constituait alors une nouveauté.Ainsi qu’un mikvé (bain rituel) et un four public.

Le nouveau quartier s’étend en 1866, après une épidémie de choléra sévère quise déclare dans la Vieille Ville. Auparavant, peu d’habitants y résidaient. Ony craignait la criminalité.

Pourtant après l’épidémie, le quartier décolle. La sécurité est accrue dans lesenvirons, et la peur de vivre hors les murs tend à disparaître.

Yemin Moshé se distingue, parmi tous les quartiers, par son haut moulin du mêmenom. Si ce moulin paraissait être une idée prometteuse à l’époque, il n’ajamais été véritablement utilisé, peut-être par manque de vent pour le fairetourner.

Yemin Moshé a traversé des temps difficiles pendant la guerre d’Indépendance.Les forces ennemies l’ont encerclé pendant des mois en 1948. Après lecessez-le-feu avec la Jordanie, la zone se trouvait trop près des lignes decessezle- feu pour véritablement respirer. Elle était surtout à portée desarmes de la Légion arabe de Jordanie, placée sous la Vieille Ville.

Pendant les 19 ans qui ont suivi, et ce jusqu’à la guerre des Six-Jours, lequartier est complètement abandonné. A la veille de 1967, avec Jérusalementièrement sous contrôle israélien, l’historique Yemin Moshé subit desrénovations importantes.

Depuis 40 ans, le secteur est devenu un centre pour les artistes, écrivains etrésidents étrangers attirés par son histoire et ses plans architecturauxexceptionnels. Ses beaux jardins, ses allées pavées et sa vue imprenable sur laVieille Ville font les charmes de Yemin Moshé.

Vivre dans un quartier historique : un symbole L’architecture du quartierreste, esthétiquement parlant, la même qu’au début du siècle. Les codes deconstruction sont très stricts. Des régulations architecturales et des permissont exigés pour toute rénovation, afin de préserver le caractère historique duquartier.

Les maisons « haut de gamme » font partie des plus chères sur le marché actuelde l’immobilier.

La population est passée de la plus pauvre de la Vieille Ville, à la plus richede Jérusalem, avec un pourcentage significatif de propriétaires étrangers quiutilisent ces logements comme des résidences secondaires et permanentes à lafois.

Selon Moshé Bavani, un agent immobilier à Jérusalem, ces achats immobiliers àYemin Moshé proviennent « généralement des acheteurs étrangers qui sont à larecherche de quelque chose de spécial, d’extraordinaire, de maisons-musées, depièces historiques de Jérusalem avec l’intention de satisfaire leurs caprices.» Ces clients, continue-t-il, « sont prêts à payer très cher et à supporter lesinconvénients de la vie dans un quartier historique. Mais la plupart desacheteurs, qui n’hésitent pas à débourser des millions de dollars pour logerdans le secteur, souhaitent généralement adapter leur habitation à leursbesoins. Une adaptation qui peut devenir un cauchemar, étant donné les loistrès strictes de constructions et de régulations. Ceux qui achètent à YeminMoshé désirent aussi que les zones de parking ne soient pas trop éloignées àpied ».

Bavani explique que vivre dans un quartier historique est un « symbole » engénéral. Et à Yemin Moshé en particulier, la vue est inégalable, précise-t-il.

L’architecte restaurateur Kobi Kantor précise que tout projet de rénovationdoit recevoir l’autorisation de la municipalité.

« Il est strictement interdit de procéder à toute altération de la façade desbâtiments, du toit, de l’extérieur. Les autorités sont moins sévères concernantl’intérieur, mais il est interdit de détruire les plans historiques desmaisons, comme les plafonds en arche, les fenêtres, les portes. » Les prix vontde 10 000 dollars le mètre carré et peuvent atteindre 15 000 dollars pour lesdemeures les plus belles et entièrement rénovées. Les maisons ont étéconstruites en rang, plusieurs rues ont donc l’avantage de compter deshabitations avec des fenêtres sur trois orientations, soit plus de lumière etd’air.

Yémin Moshé contient en tout et pour tout une centaine d’appartements. Larotation est donc limitée. Ainsi, quand une nouvelle propriété arrive sur lemarché, elle ne manque pas d’acheteurs, même pour une grande bâtisse rénovée,proposée à 3 millions de dollars.