Le tourisme médical, bénéfique pour tous ?

Selon une étude parlementaire, les soins pratiqués pour les étrangers viennent aux dépens des patients locaux.La Knesset exhorte le ministère de la Santé à réglementer ce pan de la profession.

Breaking news (photo credit: JPOST STAFF)
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Et si le traitement médical de qualité dispensé aux touristes étrangers venait à se faire au détriment des patients locaux, en raison d’une main-d’oeuvre et d’infrastructures déjà insuffisantes ? Telle est la conclusion du centre de recherche et d’information parlementaire. En cause, selon lui, le ministère de la Santé qui n’a pas su adopter de législation pertinente et superviser comme il se doit son application.
C’est le député Israël Beiteinou, Alex Miller, qui est à l’origine du rapport de 13 pages. Selon les enquêteurs professionnels, le ministère “n’a pas assez d’outils et de ressources pour encadrer le tourisme médical, en établissant des règles claires sur ce qui est permis et interdit”. Car pour ce panel de la Knesset, la surveillance et le suivi sont nécessaires pour prévenir toute discrimination qui pourrait survenir à l’encontre des Israéliens économiquement défavorisés et qui n’ont pas les moyens d’avoir accès à des services de santé privés.
Les autorités médicales de pays moins développés qu’Israël, comme l’Inde, la Malaisie, la Thaïlande ou les Philippines, sont mieux àmême de gérer le tourisme médical pour avoir mis en place des conseils de qualité et des normes, estime le rapport.
Pour l’heure, le ministère de la Santé n’est en possession d’aucun chiffre précis sur le nombre de touristes médicaux en Israël, ce sont donc des estimations basées sur 2007 et 2009 qui sont utilisées dans le document.
En 2009, quelque 23 000 étrangers s’étaient rendus en Israël pour subir des soins médicaux non urgents, comme la chirurgie plastique ou d’autres interventions chirurgicales de base, mais aussi des prestations psychologiques et dentaires, des traitements de fertilité, et bien sûr des actes spécialisés, comme les transplantations d’organes et les traitements oncologiques.
Soit 1 % du nombre de touristes sur l’année.
Une chose est sûre, le tourisme médical est une manne financière pour Israël. Selon le ministère du Tourisme, il représente 11 % des revenus générés par les exportations de services. En 2007, le tourisme médical a rapporté à l’Etat quelque 50 millions de dollars. En moyenne, le touriste médical a dépensé en moyenne 4 777 dollars lors de son séjour, soit quatre fois plus que son homologue vacancier : 1 083 dollars en moyenne pour un touriste ordinaire.
Une industrie juteuse, mais pour qui ? Le touriste médical provient en premier lieu de Russie et de l’ex-Union soviétique, des pays d’Europe orientale, comme la Roumanie, la Bulgarie et la Pologne, et enfin Chypre, la Jordanie et la Turquie. Mais également des Etats-Unis où la médecine privée impose des coûts exorbitants par rapport aux tarifs pratiqués en Israël, pour des actes équivalents.
Dans les centres médicaux de Jérusalem, les touristes étrangers bénéficient de ce qu’on appelle le Sharap (acronyme de l’hébreu sherout refoui prati - service médical privé). Etablie par Hadassah dans les années 1950, la technique permet aux médecins de s’acquitter de leurs prestations en privé au sein de l’hôpital. La facture est laissée aux soins de l’établissement, qui prélève alors aux médecins 25 % de leurs revenus. Le quota du Sharap est fixé à un cinquième de tous les patients.
Dans les autres établissements publics où la médecine privée n’existe pas, les touristes étrangers payent leurs prestations via le “fonds de recherche” de l’hôpital.
La Knesset est consciente qu’il est nécessaire d’augmenter les revenus de la profession - médecins et établissements - grâce au tourisme médical.
Mais pas au détriment des Israéliens. Au regard du manque de personnel infirmier et de médecins spécialisés dans les disciplines telles que l’anesthésiologie, et les soins intensifs, les auteurs du rapport estiment que des efforts doivent être faits pour “stopper l’écart croissant et l’inégalité dans l’obtention de soins médicaux par les Israéliens.”
Le vice-ministre de la Santé, Yaacov Litzman, s’est récemment prononcé publiquement en faveur de la hausse du tourisme médical, alors qu’il y a quelques jours, dans une interview, le professeur Eran Leitersdorf, doyen de la faculté médicale de l’Université hébraïque, a exprimé son opposition. Selon lui : “Israël ne peut se permettre ce luxe”. Sa crainte : que les touristes bénéficient de traitements de faveur et que la pression s’intensifie sur les hôpitaux locaux, mais que, au final, les recettes de cette industrie juteuse ne soient pas utilisées pour améliorer les prestations réservées aux Israéliens.