Moins d’unités, plus de flexibilité

Tsahal n’échappe pas à l’effort de restriction budgétaire. Face à ces changements imposés, l’armée évolue.

P6 JFR 370 (photo credit: Yannis Behrakis / Reuters)
P6 JFR 370
(photo credit: Yannis Behrakis / Reuters)

L’heure est à la restructuration. Dans le cadre des restrictionsbudgétaires imposées par le ministère des Finances, Tsahal réduit tous azimuts: aviation, artillerie, blindés mécanisés et marine. Entre 3 000 et 5 000soldats de carrière seront congédiés cette année. Tous les entraînements pourréservistes sont annulés d’ici fin 2013.

Deux mois après l’approbation par le gouvernement d’une coupe de 3 milliards deshekels dans le budget de la Défense nationale, les effets s’en ressentent àtous les échelons de l’armée israélienne. Ce qui n’a pas manqué de provoquer undébat chez les hauts gradés. Tsahal peut-il vraiment se le permettre en cedébut de XXIe siècle marqué par un chaos régional, la menace continue etmassive de roquettes sur le front intérieur, des voisins nord et sud des plusturbulents et surtout, un Iran qui continue son programme nucléaire ? Le chefd’état-major Benny Gantz a présenté son plan de réforme au Premier ministreBinyamin Netanyahou à la mi-juillet. Alors qu’il doit encore être approuvé parle gouvernement, il se murmure dans les couloirs de la Knesset qu’il estsurtout destiné à faire peur aux ministres. Mais le ministère de la Défenserépète sa bonne foi sur tous les tons et déclare vouloir jouer son rôle dansl’effort de restriction national.

Reste que l’on peut se demander pourquoi ces coupes s’attaquent à certainesunités en particulier. Des unités qui seraient moins importantes que d’autres ?Réponse : Tsahal saisit l’opportunité de cette réforme pour s’adapter à unnouvel environnement, où c’est moins la taille qui compte que la précision defrappe, les renseignements, les nouvelles technologies et les unités de combatmieux préparées que jamais.

L’époque où des armées arabes organisées et hiérarchisées menaçaient lasouveraineté d’Israël est en effet révolue.

L’armée syrienne (où ce qu’il en reste) est aujourd’hui au bord de la ruptureet se bat pour la survie du régime de Bashar Assad. L’armée égyptienne, unealliée qui ne dit pas son nom mais cherche à maintenir la stabilité du traité depaix, sera occupée à assurer la sécurité sur son front intérieur pour lesannées à venir.

Une seule certitude : pas de certitude 

Ainsi, une armée plus petite et plustechnologique devrait suffire à défendre l’Etat hébreu à l’aube de cettenouvelle ère. Reste que cette école de pensée ne peut prétendre àl’exhaustivité. Les événements qui agitent le Proche-Orient depuis plus de deuxans le prouvent : dans la région, les prédictions ne valent pas grand-chose.Tout peut changer du tout au tout. Et la menace d’une armée arabe hiérarchiséeet organisée peut encore surgir à l’avenir, même si cela semble peu probableactuellement.

C’est pourquoi ces restructurations militaires tiennent malgré tout d’unecertaine prise de risque. Ce que les hauts gradés reconnaissent ouvertement.Car d’une part, Tsahal se doit de continuer à croître sur la durée, avec desacquisitions stratégiques telles que les Joint Strike Fighter F-35 (destinés àremplacer les avions de chasse F-16), les investissements dans les chars MerkavaIV et dans les véhicules de combat d’infanterie Namer. Mais d’autre part,l’armée israélienne ne peut se permettre d’ignorer les changements régionaux etdoit prendre en considération les contraintes budgétaires.

Un équilibre difficile à trouver 

Pour le colonel Meir Finkel, les choses nesont pas si simples. Docteur et directeur du département de la doctrine et de la stratégie desForces terrestres, il est l’auteur d’une superbe étude, On Flexibility, publiéeen 2007 aux éditions Stanford Press University (De la Flexibilité, nontraduit). L’ouvrage offre un aperçu de la pensée à l’oeuvre au sein de Tsahal.Selon Finkel, les indicateurs dont il faut tenir compte pour préparer l’avenirmilitaire sont les suivants : « une aire géographique limitée, une myriaded’ennemis et de fronts, une société réduite mais développée et équipéetechnologiquement et des ressources économiques limitées, excluant un conflitprolongé ».

De ces facteurs découle une doctrine militaire qui « aspire à la dissuasion,aux avertissements stratégiques fondés sur la collecte de renseignements, auxvictoires éclair en terrain ennemi, à la planification fondée sur une armée decarrière limitée, des troupes de réserve importantes en nombre et bienentraînées, un dispositif de renseignements et des branches offensives tellesque les forces aériennes et blindées ».

Toujours supposer que la guerre surgira 

Le chercheur explique que la plupartdes armées planifient leur avenir en se fondant sur une évaluation réaliste desbesoins de sécurité, des stratégies et des tendances technologiques, tout entenant compte des contraintes budgétaires. De plus, les corps de défensetiennent à maintenir à jour le niveau de leurs équipements.

Une vision qui a fait long feu selon Finkel. Ce dernier réfute en effetl’argument selon lequel il faudrait prévoir les guerres à venir en prédisant lanature des futurs champs de bataille. « L’incertitude est un des élémentsfondamentaux de la guerre. Elle est inhérente à toute situation de combat etprend souvent la forme de la surprise », théorise-t-il. Et de préciser quetirer des leçons des guerres passées pour prévoir les batailles à venir conduitsouvent à l’échec. « Il faut toujours planifier en supposant que la surprisesurgira », martèle-t-il. Et, de fait, ne pas tenter de l’éviter en se basantsur la collecte de renseignements ou la prédiction du champ de bataille. Car laprincipale cause de l’incertitude émerge directement de la nature humaine,affirme Finkel. Ainsi, alors que la guerre est compliquée par son aspecttoujours plus technologique, il faut enseigner aux militaires à réagirrapidement face aux surprises. C’est-à-dire se reprendre le plus vite possible.

C’est pourquoi, conclut-il, tenter de préparer l’avenir en réajustant ladoctrine, la technologie ou l’armement est « une pensée à la valeur douteuse ».Ce qu’il faut, c’est créer une « atmosphère d’ouverture aux nouvelles idées etun état d’esprit constructif pour gérer l’incertitude ».

La doctrine qui en découlera évitera le dogmatisme et accordera la mêmeimportance à toutes les stratégies militaires : « l’offensive comme ladéfensive, l’avancement comme le retrait ».

Objectif : créer une culture de la flexibilité, ainsi que des commandantscapables de gérer les surprises en plein terrain. Un état d’esprit qui, selonFinkel, sera la clef des victoires à venir, tout autant sinon plus que lenombre de chars ou d’unité d’artilleries dont disposera l’armée de défensed’Israël.