Munich, toujours à l’esprit

Quarante ans après le drame, un Israélien se souvient précisément de ces Jeux de Munich 1972

Massacre de Munich  (photo credit: Reuters)
Massacre de Munich
(photo credit: Reuters)
Comme des milliards de  spectateursdu monde entier, j’étais devant mon poste de télévision pour la cérémonied’ouverture des Jeux olympiques à Londres. Et comme la grande majorité desIsraéliens, je bouillonnais devant la décision des organisateurs d’ignorerl’assassinat de 11 de nos sportifs aux Jeux de Munich, en 1972. En signe de protestation, j’ai éteint mon écran pendant une minute, où je mesuis remémoré l’attentat d’il y a maintenant 40 ans. En observant la parade dela délégation israélienne - Shahar Zubari en tête, portant notre drapeau - jeme suis souvenu du membre de sa famille, le lutteur Gad Zubari, le seul quiavait réussi à s’échapper de la pièce prise d’assaut par les terroristes, dansle village olympique de Munich. A ce moment, deux images ont défilé devant mes yeux. L’une, la délégationisraélienne à Munich, en uniforme bleu et blanc, paradant joyeuse et souriantepour la cérémonie d’ouverture. L’autre, les 11 véhicules de Tsahal, contenantchacun d’eux un cercueil avec les restes des corps de nos athlètes assassinés.

J’étais alors marié depuis un an, ma femme était au début de sa grossesse denotre premier fils, et nous vivions dans un petit appartement dans le quartierde Yad Eliyahou à Tel-Aviv. Devant notre poste noir et blanc, qui diffusait principalement des imagesenneigées, nous devions régler l’antenne pour obtenir une meilleure réception. Des morceaux choisis des Jeux olympiques étaient diffusés de temps à autre, ennoir et blanc, et le principal moyen de se tenir informé des derniersévénements restait notre imposant et vieux poste de radio, placé dans lademi-pièce qui nous servait de chambre à coucher.

Une affaire personnelle 

A la télé, j’entrevoyais la course de Shachamorov pourla finale du 100 mètres et les merveilleuses performances du nageur juif, MarkSpitz, que j’avais pu voir de mes yeux évoluer comme un dauphin dans la piscinede Yad Eliyahou, lors des précédentes Maccabiades. J’avais une émotion particulière pour ces Jeux. L’expert en tir, Kehat Shorr,entraînait mes élèves de la Gadna, à proximité du stade Ramat-Gan, alors quej’étais professeur au lycée Ironi Hey à Tel-Aviv. C’est ainsi que nousbavardions souvent. Shorr connaissait aussi ma femme, qui était instructrice àla Gadna à cette même époque. Deux des entraîneurs olympiques des Jeux - Amitzour Shapira et Mooney Weinberg- étaient les professeurs de mon épouse lorsqu’elle étudiait à l’Institutd’éducation physique Wingate, deux ans plus tôt. Elle connaissait l’épouse deWeinberg, et l’entraîneur d’Amitzour, Esther Shachamorov.

Ainsi, nous, jeunes mariés, étions émotionnellement impliqués dans ces Jeux-là,bien audelà de notre passion pour le sport. Dans la matinée du 5 septembre, nous avons entendu pour la première fois à laradio l’attaque des athlètes israéliens par des terroristes. Dès ce moment,nous n’avons pas quitté la chambre à coucher. Collés au poste, nous nous accrochions aux fragments de nouvelles, venues deMunich. Au début, nous avons appris que Mooney Weinberg, l’entraîneur de lutte, quiavait essayé de bloquer la porte aux terroristes avec son corps, l’avait payéde sa vie. Puis tombèrent les nouvelles de l’assassinat de Yossef Romano,l’haltérophile qui avait tenté d’arrêter les tueurs au moyen d’un petit couteauqui se trouvait dans sa chambre, et qui a été tué d’une balle.

Toutes les quelques minutes, les ravisseurs diffusaient un nouvel ultimatum.Des informations, vraies et fausses, perçaient sur la volonté de négocier desAllemands et les exigences des terroristes. Ma femme, en début de grossesse, nepouvant supporter la tension et la pression, s’était endormie tard dans lanuit. Pour ma part, j’étais resté scotché à la radio.

Assassinés parce qu’Israéliens 

Au petit matin, une dépêche annonçait que lesathlètes israéliens avaient été conduits à l’aéroport, et embarqués à bordd’hélicoptères. Les forces de commando allemandes avaient réussi à sauver lesotages restés en vie ! Heureux de ce retournement de situation, et pensant à lamort tragique de Weinberg et Romano, je me suis endormi, avec un sentiment desoulagement mêlé à une intense douleur. Dans la matinée, à notre habitude, nous nous sommes réveillés autour de septheures. Dès qu’elle a ouvert les yeux, ma femme m’a interrogé sur les athlètes.Je lui ai répondu que selon les dernières informations, la plupart d’entre euxavaient été secourus et rentreraient vivants. Nous avons allumé le poste pour entendre les détails, et là, nous avons étéexposés à l’horrible vérité. L’opération de sauvetage avait échoué et tous nosathlètes avaient été abattus. Assassinés aux Jeux olympiques - symbole de paixet de fraternité entre les nations. Assassinés parce qu’Israéliens.

Nous nous sommes rendus à l’aéroport de Ben Gourion pour accueillir lescercueils. De l’esplanade des visiteurs (qui existait autrefois), nous avonsregardé l’avion atterrir lentement, avec à son bord 11 cercueils drapés dudrapeau national. Onze cercueils d’entraîneurs, d’arbitres, d’haltérophiles et de lutteurs quis’étaient rendus en Allemagne pour représenter fièrement leur pays et sontrevenus dans des boîtes. Ces victimes, auxquelles le Comité olympique a refuséde rendre hommage durant ces 40 dernières années. Ces athlètes que le Comitéd’organisation britannique, dirigé par Sir Sebastian Coe, n’a pas jugé utile dementionner lors de la cérémonie d’ouverture, à Londres. Une cérémonie qui aglorifié en longueur l’histoire britannique, mais n’a pu consacrer une seulephrase à des athlètes assassinés pendant des Jeux. Beaucoup d’excuses ont été prononcées. L’assassinat de nos 11 athlètes à Munichest ancré dans l’histoire olympique. Il doit rester dans les mémoires pourmontrer au monde que nous sommes, tous, totalement engagés, dans un accordmutuel, pour qu’une telle horreur ne se reproduise plus jamais.