Parasha de la semaine : Les cinq étapes de la délivrance

La sortie d’Egypte, intervenue il y a plus de trente-cinq siècles, constitue la référence historique absolue de la délivrance messianique.

P23 JFR 370 (photo credit: Wikipedia)
P23 JFR 370
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C’est Moshé qui fut choisi par Dieu pour guider le peupled’Israël et le mener vers la Terre promise, étape finale de la sortie d’Egypte,en raison de ses qualités d’âme et de cœur. C’est donc lui qui peut êtreconsidéré comme le messie de l’époque, ou l’archétype du messie à venir, celuiqui est également décrit par le prophète Isaïe, au chapitre XI.

Pourtant, la mission de Moshé ne commence pas dans lesmeilleures conditions, tant s’en faut. Il refuse d’abord, purement etsimplement, la mission divine d’aller délivrer Israël et ce n’est qu’au bout desept jours d’âpres discussions et d’assurances données par Dieu (notamment enlui adjoignant son frère aîné Aharon) que Moshé accepte contraint et forcé, ilest vrai, après avoir provoqué l’ire divine (Chemot IV, 14). Sur sa route versl’Egypte, Moshé manque d’être tué par l’ange parce qu’il a « omis »de circoncire son propre fils Eliezer, préoccupé ou contrarié par cette missionimposée. Il est sauvé in extremis par son épouse Tsipora, qui fait le gesteapproprié en circoncisant son fils, en lieu et place de Moshé (IV, 25-26).Enfin, dernière difficulté en ce début de mission, pour Moshé : il sembles’emporter contre Dieu en L’interpellant vivement à cause de la mauvaisetournure des événements ; l’esclavage n’a fait que s’aggraver sa premièreintervention au Nom de Dieu devant le Pharaon. Il ne comprend donc pas lebien-fondé de sa mission de « libération » d’Israël (fin de lasection Chémot V, 22-23). Où est donc cette délivrance promise ?

La dureté de l’esclavage

Notre parasha, Vaéra, constitue le nouveau commencementou le véritable début du processus de la délivrance d’Israël, comme si une pageest tournée sur un mauvais départ et que les choses sérieuses commencent. Leton divin est ferme et autoritaire : Vaydaber Elohim el Moshé, indiquantqu’à présent la force de Dieu va devoir Se manifester dans toute sa puissancecontre le Pharaon et son peuple, sentiment renforcé par l’utilisation de laformule Ani Hachem ! en fin de verset : Je suis Dieu ! Ne doutepas une seconde que Je Suis seul à récompenser celui qui le mérite (Rachi).Cette ferme mise au point, qui s’apparente plus à un rappel à l’ordre, faitsuite à l’état d’âme exprimé par Moshé devant la souffrance de son peuple, aupoint de s’étonner ouvertement devant le Tout-Puissant que Sa délivrance esttrès lente à venir. Moshé, dans sa douleur fraternelle face à la pénibilité del’esclavage, en oublie que Dieu dirige les événements de l’Histoire dans uneperspective qui lui échappe, lui simple humain ayant les pieds sur terre etimpliqué dans le moment présent.

Dieu est La Cause Suprême, Celui Qui guide l’homme et afortiori Son peuple, sur le chemin de son destin. Ce n’est que de la souffranceque naîtra le bien, des ténèbres que jaillira la lumière. Tout le processus dela délivrance messianique est inscrit dans cette équation, et l’ordre du mondeest ainsi pensé par Dieu. S’insurger contre la justice divine au moment de ladouleur, c’est ne pas voir les implications majeures induites par lesévénements présents, parce que l’homme est, par définition, tout impliqué dansle présent, dans la réalité immédiate ; sa vision ne peut être que limitéeet partielle.

Aussi Dieu va-t-Il remettre Moshé à sa place d’abord, enlui rappelant qu’Il dirige l’histoire d’Israël et qu’Il est à même de châtierceux qui auront opprimé Son peuple ; puis, en lui promettantl’enclenchement du processus de sa délivrance, selon cinq étapes précises etnécessaires.

Dieu commence par promettre de « faire sortir Sonpeuple de dessous le labeur d’Egypte » puis de le « sauver de saservitude » ; enfin, Il parle de le « délivrer d’un bras étenduet par de grands prodiges » (VI, 6). L’analyse fine de ces trois premiersverbes, dans ce verset, nous permet de comprendre le processus du plan divin.Le salut commence par le sauvetage physique du joug égyptien : Israëln’aura plus à subir dans sa chair, le cruel labeur de l’Egypte, son fouet surson dos et ses charges éreintantes qui meurtrissent leur corps. La Torahutilise plusieurs termes, au début de la Parasha Chemot, pour exprimerprécisément la cruauté extrême de cet esclavage, qui lui brise le corps et luiôte toute résistance, toute force physique et mentale (I, 14 ; II,23-24-25).

La délivrance du peuple d’Israël

La seconde étape, est celle de la délivrance, qui revêtun aspect mental, qui consiste à empêcher le persécuteur de reprendre le dessussur l’opprimé. Cet aspect psychologique est bien connu chez un prisonnierlibéré, encore habité par la crainte d’être repris et de subir à nouveau lepoids de son incarcération. Ces deux étapes seront franchies alors mêmequ’Israël était encore en Egypte, sous la menace potentielle de leurstortionnaires d’hier.

La troisième étape est exprimée par la délivrancephysique et psychique, celle qu’Israël ressentit après être physiquement sortid’Egypte et avoir vu, de ses yeux, les corps des Egyptiens flotter sur les eauxtumultueuses de la mer Rouge, après sa traversée miraculeuse. Le risque d’êtrerepris par les Egyptiens n’étant plus, l’angoisse du retour disparut aussitôt.Le quatrième degré de cette délivrance est exprimé par le verbevélakahti : « Et Je vous prendrai pour Moi comme peuple, et Je seraivotre Dieu » (VI, 7). Ce verbe a une signification précise dans laBible : celle d’acheter un terrain, un bien, comme ce fut le cas pourAvraham qui acheta le terrain de la grotte de Makhpela (Béréchit XXIII,13 ; traité Kiddouchin 2a). L’acquisition d’Israël par Dieu est comparableà celle d’une fiancée par son futur époux, lors de la mise de l’anneau audoigt. En effet, cela établit parfaitement le sens de la sortie d’Egypte, laraison pour laquelle Dieu usa de tous les prodiges qui l’ont accompagné. C’estpour se diriger vers le mont Sinaï et y recevoir la Torah, qu’Israël – la fiancée – fut délivré d’Egypte et rompit ses chaînesde l’esclavage, pour appartenir à Dieu dans une union sublime et totale.D’ailleurs, la tournure du verset exprime tout à fait cette intention profonde,à l’instar de ce que déclare solennellement le fiancé sous le daisnuptial : « Tu m’es à présent consacrée par cet anneau… », ilsous-entend : et moi, je serai consacré à toi. Dieu s’unit à Son peuple.

Vers la Terre d’Israël

Cependant, il existe une cinquième et dernière étape,dans ce long cheminement vers la liberté spirituelle que Dieu prévoit pour Sonpeuple : le lieu de résidence. A l’instar de ces jeunes mariés, quiprévoient même par contrat leur lieu de résidence en tant que couple, Dieuannonce d’emblée où Son peuple devra habiter définitivement, après l’étape duSinaï. C’est la Terre Promise aux Patriarches qui sera le lieu de prédilectionde leur vie commune : « Et Je vous ferai entrer dans le pays que J’aijuré de donner à Avraham, et Je vous le donnerai en possession : Je suisl’Eternel ! » (v. 8). Voici donc clairement indiqué le but du voyage,de cet événement métahistorique majeur qu’est la sortie d’Egypte. La Torah doitêtre appliquée dans un espace adapté, propice à l’épanouissement spirituel,comme l’explique Rabbi Yéhouda Halévi, dans son Kouzari (chapitre II). Laliberté chèrement acquise par Israël, ne vaut que si elle est utilisée etmaîtrisée au service d’une doctrine, d’un idéal de vie qui ne peut atteindre saplénitude qu’en Terre d’Israël, Terre élue par Dieu pour le peuple qu’Il a élu.

C’est là que la véritable connaissance de Dieu atteindrason paroxysme, comme le prédit le prophète Isaïe, dans son chapitre consacré àla venue messianique (XI). Même une fois installé sur sa terre, Israël peutêtre considéré encore comme en exil, jusqu’à ce qu’il fait de la Torah son modede vie au quotidien.

Si nous transposons ce processus de la délivrance vécuepar Israël, il y a trente-cinq siècles, à celui qui est prévu pour la venuemessianique à venir, nous constaterons certaines similitudes frappantes quinous permettent de croire que le retour sur notre terre est bien un aboutissementde l’exil et sa raison d’être. Les souffrances de l’esclavage en Egypte aurontété nécessaires pour apprécier la liberté et la délivrance ; de la mêmemanière, seul celui qui a vécu dans les ténèbres pourra réellement apprécier lalumière du jour. La Terre d’Israël est l’aboutissement de notre histoire ;c’est sur elle que nous devons nous réaliser en tant que peuple libre etattaché à sa Torah. Dans ce contexte, nous vivons le grand débat d’idées quin’a toujours pas trouvé de conclusion, quant à la manière de vivre sur notreterre.

Nous attendons toujours notre sortie d’Egypte, dans sadimension mystique tant espérée.

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