Un nom de plus

Le mois dernier, le mémorial de la Shoah, Yad Vashem, a ajouté un nouveau nom sur le mur des Justes parmi les Nations : celui de Jeanne Albouy.

JFR 19 521 (photo credit: DR)
JFR 19 521
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Il y avait du monde dansle jardin des Justes de Yad Vashem ce 4 mars 2013. D’une part la famille deJeanne Albouy : son petit-fils, accompagné de sa fille et de son épouse.D’autre part, la grande tribu de Claire Kohlman, survivante de la Shoah. Cettedernière, cachée dans la famille Albouy pendant l’occupation nazie en France avoulu lui rendre un bel hommage. Dora Weinberger, responsable des projetspédagogiques pour la mémoire de la Shoah en France, est en charge del’organisation de la cérémonie.

Elle explique que les critères pour l’attribution du titre de Juste parmi lesNations sont très précis : « Il faut d’abord connaître le niveau de dangerencouru par les sauveurs. Puis s’assurer qu’ils n’ont ni reçu d’argent, nitenté de convertir les personnes sauvées. Ce sont les sauvés qui doivent fairela demande d’attribution. On reçoit alors leur dossier et la commissionresponsable des Justes décide d’attribuer le titre ou non. » On compte à cejour 3 600 Justes français. Entre 400 et 500 demandes sont déposées par an,mais toutes ne sont pas acceptées.

La cérémonie débute dans la Crypte du Souvenir par une prière à la mémoire des6 millions de disparus pendant la Shoah, en présence de Christophe Bigot,l’ambassadeur de France en Israël. La famille orthodoxe de Claire Kohlman estvenue en nombre, enfants, petitsenfants et 5 arrière-petits-enfants.

Originaire de Pologne, la famille de Claire Kohlman, née Wulwek, part vivre àParis en 1938.

Le père est arrêté en 1940. A sa libération, la famille décide de fuir en zonelibre, à Calvisson, dans le Gard. C’est là qu’elle rencontre Jeanne Albouy,dont le mari est prisonnier en Allemagne, qui vit avec sa jeune fille, Lucette.Jeanne Albouy comprend vite la situation des Wulwek et propose de les cacherchez son cousin, à Sinsans, un petit village des environs.

Quand les nazis pénètrent le village, de jour comme de nuit, Jeanne Albouycache les enfants Wulwek, Claire et son frère Victor, dans sa propre maison etprétend être de leur famille.

Après la guerre, la famille Wulwek repart vivre à Paris, mais garde d’étroitesrelations avec les Albouy. Claire Kohlman partira s’installer en Israël en 1960et gardera contact avec Lucette, la jeune fille de Jeanne.

Très jeune pendant les faits, Claire a toujours précieusement gardé une photod’elle avec son frère Victor et Lucette. Au dos du cliché, son père avaitinscrit « A ceux à qui nous devons nos vies ».

Décédée en 1979, Jeanne Albouy est représentée lors de cette cérémonie par sonpetit-fils Serge Marignan et son arrièrepetite- fille, Sarah. Leur premierséjour en Israël pour eux qui se disent très émus de rencontrer la famille deClaire Kohlman.

Pour Christophe Bigot, très ému, ces moments permettent de se rappeler que «des crimes innommables ont été commis en France pendant l’occupation ». « C’estune tache sur notre Histoire et l’on doit la regarder en face. Je suis heureuxde montrer qu’il y a aussi eu des résistants, des Justes, des héros avec desgestes pleins de grandeur », conclut-il.