Ashdod : vers un record de longévité ?

A l’âge de 80 ans, le légendaire Zvi Zilker, maire d’Ashdod sept mandats durant, en redemande…

P16 JFR 370 (photo credit: www.goisrael.com)
P16 JFR 370
(photo credit: www.goisrael.com)
Un épais livreconsacré à l’histoire d’Israël est posé sur la table de travail en bois ancien,dans le bureau de Zvi Zilker. Pour ce dernier, maire d’Ashdod pendant 34 ans,il illustre bien la nature de la course à la municipalité, qui aura lieu cemois-ci.
Ce ne sont pas les descriptions de la création de l’Etat qui retiennent sonattention, ni l’expérience de ces 65 dernières années. Non, ce qui l’intéresse,ce sont les 4 pages ajoutées à la demande de la municipalité d’Ashdod justeavant que le livre ne soit distribué aux lycéens du pays, pages dans lesquellesle nom du maire légendaire brille par son absence dans l’histoire de la villedepuis 1969.
« Le père de deux élèves est venu me voir avec deux de ces livres : uneancienne et une nouvelle édition », raconte-t-il avec un regard amusé. « Quandje l’ai vu arriver, j’ai eu peur qu’il m’en fasse cadeau. Je n’ai plus de placechez moi, même pour le plus petit carnet ! Mais non : en fait, il m’a montréque dans l’édition de 2010, mon nom apparaissait, mais que dans la dernière, iln’y est plus. J’ai été censuré ! Je suis convaincu que c’est en rapport avecles élections de cette année. Cela ne peut pas être une erreur innocente… Ce neserait pas la première fois que des actions de ce genre sont menées contre moi.C’est une agression, personne n’a le droit d’effacer ainsi mon nom del’histoire de la ville. Les élèves doivent savoir qui a été le maire de leurville pendant tout ce temps. »
Le premier directeur de campagne du pays
Zilkervient d’avoir 80 ans, ce qui ne l’empêche pas de convoiter de nouveau le postede maire pour les cinq années à venir, après sa défaite contre Yehiel Lasri auxdernière élections en date. Zilker est le vétéran des candidats aux mairies detout Israël. Pour lui cependant, l’âge est un faux problème.
Après cinq ans passés dans l’opposition, il a plus d’énergie que jamais. Outreles débats enflammés auxquels il a participé dans les quartiers généraux despartis, il a coaché de nombreux individus désireux de devenir maires, que cesoit à Lod, Hadera, Kiryat Ono ou Gan Yavné. Son riche parcours a même attirél’attention de l’ancien député Ophir Pines-Paz, qui l’a sollicité, fin août,pour rejoindre le comité directeur du tout nouveau programme de formation desmaires qui s’est ouvert à l’université de Tel-Aviv.
« Je suis heureux que l’on me voie comme la personne adéquate pour ce
travail», déclare fièrement Zilker. « Je n’oublierai jamais la première fois qu’uncandidat à la mairie a fait appel à moi pour trouver des idées de campagne.C’était dans les années 1970.
Je n’avais effectué qu’un seul mandat quand un jeune homme du nom de ShlomoLahat, que l’on surnomme Chich, est venu me voir à Ashdod parce qu’il voulaitdevenir maire de Tel-Aviv. Il m’a demandé de l’aider à se faire élire. A cetteépoque, il n’y avait pas d’équipes de campagne ni de conseillers. Je lui ai suggéréd’imprimer les slogans de sa campagne sur des T-shirts et des sacs enplastique, et sa photo sur des boîtes d’allumettes. Il a remporté l’élection etnous sommes restés amis. »
Un sénior devenu mentor
Quel est votre secret ? Pourquoi tant de candidatsviennent-ils solliciter vos conseils ?
« Tout d’abord, je suis quelqu’un desympathique. Et puis, tout le monde sait que je suis un bourreau de travail etque j’ai de l’expérience. J’ai été sept fois maire d’Ashdod et durant mes septmandats, la ville s’est merveilleusement développée. Il est normal que l’onvienne me demander comment je m’y suis pris. »
Avez-vous une sorte de recette que vous suivez ?
«Il est important de rester attentif aux besoins du public et de mener uneréflexion qui sorte des sentiers battus. Je suis fier de dire que c’estexactement ce que j’ai fait à la mairie d’Ashdod. J’ai été le premier à créerdes pistes cyclables et à absorber de nouveaux immigrants. J’ai nommé unconseiller à la condition féminine bien avant que la loi ne rende celaobligatoire. J’ai appris énormément en observant ce qui se passe à l’étrangeret je n’ai pas honte de dire que je m’en suis souvent inspiré. »
Certains candidats sont-ils revenus vousdemander conseil une fois élus ?
« Non. La plupart estiment que, s’ils ont étéélus, c’est qu’ils savent tout ce qu’il y a à savoir. J’ignore s’ils ont suiviou non mes conseils. »
Votreâge ne dissuade-t-il pas les candidats de s’adresser à vous ? Ne se disent-ilspas que vos conseils seront un peu dépassés ?
« Apparemment, non, puisque lesgens continuent à venir me trouver. Je me préoccupe toujours de l’avenir et jene suis pas tourné vers le passé. Pour les élections qui se préparent, lesmembres de ma liste ont tous moins de 50 ans. Je serai leur mentor cettefois-ci. Je leur transmettrai mon savoir. »
Vous n’avez pas encore remporté le scrutin et voussongez déjà que ce sera votre dernier mandat ?
« Ce qui est sûr, c’est que j’ailes pieds sur terre. Si je suis élu, je terminerai mon mandat à 85 ans et je nesais pas comment je me sentirai à ce moment-là. Toujours est-il qu’il y a eudes précédents : il y a des gens plus âgés que moi qui travaillent encoreactivement dans le secteur public. »
Erreur involontaire ?
Zilker vit danssecteur Dalet d’Ashdod, où il habite le même appartement depuis 1974. Al’entrée, une petite pancarte en bois peint porte les noms de Zvi, ingénieur,et Chana Zilker.
« Je suis très fier de mon diplôme. Il figure aussi sur mes cartes de visite »,avoue-t-il. « J’ai beaucoup travaillé pour l’avoir, et il m’a bien servi au fildes ans. Je me considère avant tout comme un ingénieur et je n’aime pas voirmon nom écrit sans qu’il soit accompagné de mon titre. » Le logement, modeste,semble tout droit sorti des années 1980 : gros canapés, meubles en bois,peintures à l’huile signées par sa femme. Quand Zilker regarde le grandportrait suspendu au-dessus de son bureau, il bouillonne de rage.
« A l’hôtel de ville, il y a les portraits de tous les maires qui se sontsuccédé, y compris le mien », explique-t-il. « Il y a six mois, la plaque surlaquelle est inscrit mon nom est tombée et personne n’a pris la peine d’enapposer une nouvelle. “Qui c’est, celui-là ?”, vont se dire les gens. “Sa têteme dit quelque chose…” Il y a une semaine, je participais à une réunion à lamairie et j’ai demandé à un responsable si l’on avait prévu une nouvelle plaquesous mon portrait. Il m’a répondu que, tant que je resterai à la municipalité,il n’y en aurait pas. Du coup, je pense qu’ils n’ont aucune intention de lefaire. J’en ai assez de me cogner la tête contre les murs. Et je nem’abaisserai sûrement pas à leur niveau. C’est puéril et mesquin. » Lamunicipalité d’Ashdod s’est tout de même fendue d’une réponse récemment : «Nous présentons nos excuses, mais nous avons été informés il y a peu de lachute de la plaque portant le nom de M. Zilker. Nous avons déjà donné lesinstructions au service concerné pour remédier au problème. En ce qui concernel’omission du nom de l’ancien maire dans la dernière édition du livre, ils’agit d’une erreur involontaire. La ville d’Ashdod la regrette et espère qued’autres incidents similaires ne se reproduiront pas à l’avenir. »
A 80 anscomme à 20 ans
On le voit, être dans l’opposition n’est vraiment pas une partiede plaisir pour Zilker… Après avoir été maire pendant trente ans, il a étérelégué dans un petit bureau proche de la cafétéria, sans téléphone niordinateur, et ses vêtements empestaient la friture chaque fois qu’il venait.Il s’est vite résolu à travailler de son domicile.
La comparaison avec Teddy Kollek qui, à l’âge de 82 ans, a perdu les électionsalors qu’il menait campagne pour un septième mandat de maire de Jérusalem,vient aisément à l’esprit. Toutefois, Zilker affirme que ce souvenir n’est pasde nature à le décourager : « La ville d’Ashdod est ce qui compte le plus dansma vie et je veux continuer à travailler pour elle le plus longtemps possible», affirme-t-il. « Ne pas me présenter, ce serait décevoir un grand nombre degens, et surtout moi-même. Certes, il est difficile de faire comme si de rienn’était, mais je ne me sens pas comme un homme de 80 ans, je ne réfléchis pascomme un homme de 80 ans et je n’ai pas l’air d’avoir 80 ans. C’est pourquoi jeme mets le plus possible en avant. Les habitants d’Ashdod ne m’ont pas beaucoupvu ces cinq dernières années. Il faut qu’ils sachent que je suis en vie etaussi battant qu’il y a 20 ans. Mon âge ne limite en rien mes capacités. C’estmême tout le contraire : la ville peut tirer grand profit de mon expérience. »
Mais tout de même, aprèstoutes ces années, ne préféreriez-vous pas passer du temps auprès de ceux quevous aimez, plutôt que de retourner à l’hôtel de ville ?
« Je ne meprésenterais pas s’il n’y avait pas un taux d’immigration négatif à Ashdod et unedétérioration du système éducatif et de l’aide sociale. La vérité, c’est qu’audépart, j’ai pensé rester encore deux ans dans l’opposition, puis prendre maretraite. Ce sont les habitants d’Ashdod qui m’ont persuadé de changer d’avis,et j’ai donc décidé d’essayer de recommencer à faire ce que j’avais faitpendant sept mandats. J’ai commandé une série de sondages, qui m’ont indiquéque l’écart entre le maire actuel et moi n’est pas très grand. »
Et votre vie de famille ?
« Je n’ai jamaisnégligé ma famille, et puis, être un membre actif de ma ville me donne beaucoupde plaisir. Certes je n’ai jamais accompagné mes enfants à l’école et n’aijamais assisté à une réunion de parents d’élèves, mais mes enfants savent queje les aime et ils comprennent très bien mon implication dans le secteurpublic. »
Mise en campagne
Zilker est né en Allemagne et ses parents se sontinstallés en Israël quand il avait 18 mois. Il a grandi à Jérusalem et fait sonservice militaire dans l’aviation. Puis a étudié l’ingénierie civile auTechnion et obtenu un master. A 29 ans, en 1962, il remporte l’appel d’offresde la ville de Beit Shemesh et devient l’ingénieur officiel du conseil local. Al’époque, le maire de Beit Shemesh avait l’âge qu’a Zilker aujourd’hui.
« Mais contrairement à moi, il était très accroché à ses petites habitudes »,fait remarquer Zilker en riant. « Un jour que nous préparions la visite duprésident Itzhak Ben-Zvi, j’ai proposé de remplacer les 11 lampadaires de larue principale par une nouvelle technologie appelée néons. Il a refusé endisant qu’il était très conservateur et que c’était de toute façon inutile. Jeme suis senti pieds et poings liés. Son inflexibilité me rendait fou. Je mesuis donc mis en quête d’un nouveau poste. En 1966, Ashdod a lancé un appeld’offres et j’ai décroché le poste. Je savais qu’une ville dotée d’une centraleélectrique et d’un port avait un gros potentiel et qu’elle ne pouvait quegrandir, et c’est ce qui s’est passé. » En 1969, Zilker décide de se présenteraux élections municipales.
« Ceux qui géraient la municipalité à l’époque étaient pleins de bonnesintentions, mais pas très professionnels. Je voulais être celui qui décideraitdes politiques de la ville, et pas juste celui qui les appliquerait. J’ailaissé de côté mes études de doctorat et je me suis mis en campagne. J’aipromis aux habitants d’Ashdod une meilleure qualité de vie et une améliorationdes services. Et j’ai gagné les élections. Mon premier mandat a été trèsdifficile. L’influence du Mapaï se faisait encore sentir et moi, j’étais duHérout. Ils ont tout fait pour restreindre mes pouvoirs. »
Comme chien et chat
Malgré ces difficultés, Zilker sera réélu pour un deuxième mandat. Puis perdrala fois suivante, en 1983. Les habitants d’Ashdod ont envie de nouvelles têtes…« J’ai perdu deux fois les élections et, à chaque fois, j’ai réagi de la mêmefaçon », raconte-t-il. « Le 1er jour, j’avais l’impression d’être frappé par undeuil. Le 2e, c’était comme après sept jours de shiva. Le 3e, c’était comme lesshloshim, le mois de deuil, et le quatrième, comme la fin de l’année de deuil.Le 5e jour, je retournais travailler comme d’habitude. » Un mois après sadéfaite, Zilker est nommé directeur général au ministère des Communications,puis directeur au ministère des Affaires sociales, avec Moshé Katsav pourministre. Quand le Premier ministre d’alors, Menachem Begin, lui demande de sereprésenter à la mairie d’Ashdod, Zilker accepte.
« J’ai expliqué à Katsav que je devais quitter mon poste, parce qu’une requêtede Begin équivalait à un ordre », raconte-t-il. « Cela ne lui a pas plu et ils’est fâché. Je suis donc parti et j’ai travaillé pour l’Association despromoteurs et des constructeurs d’Israël tout en préparant la campagneélectorale. » En 1989, Zilker est réélu. Il restera à la mairie pour 4 mandatsconsécutifs, jusqu’à sa défaite contre Lasri en 2008. Là, contrairement à cequi s’est passé la fois précédente, il siège dans l’opposition et attend lesélections de 2013.
Chacun sait que Lasri et lui sont comme chien et chat. Ils n’acceptent de separler qu’à l’occasion des réunions du conseil municipal et s’ignorent quandils se croisent dans les couloirs.
Pilotage de maires
Un an après sa défaite à la municipalité, Zilker reçoit uneoffre très alléchante du Mifam, une branche du ministère de l’Intérieur quis’attache à améliorer les performances et le niveau de professionnalisme desautorités locales. On lui demande d’abord de guider les nouveaux membres duconseil municipal de Kyriat Ono, puis on l’envoie à Lod assister le présidentdu comité, le général de brigade de réserve Ilan Harari. « La demande venait duministère de l’Intérieur », explique Zilker, « je ne pouvais qu’accepter ! J’aiégalement rencontré le trésorier et un certain nombre de membres du conseil,que j’ai aidés à réaliser plusieurs projets, dont l’édification d’un nouveauquartier ultraorthodoxe. J’ai fait venir des entrepreneurs et j’ai suggéréd’attirer de grandes entreprises et de l’industrie dans la ville en abaissantles taxes municipales (arnona). Actuellement, je m’occupe de promouvoir la miseen place d’une usine de traitement des eaux usées à Hadera. Je me vois comme unpromoteur de projets, mais le ministère de l’Intérieur appelle cela du «pilotage de maires ».
Zilker ne se contente pas d’aider à promouvoir des projets. Des dizaines decandidats à la mairie sollicitent régulièrement ses conseils.
« Etre maire est l’un des métiers les plus difficiles du monde », affirme-t-il.« On passe son temps à s’efforcer de se faire aimer de l’ensemble du public, cequi est mission impossible. C’est comme si l’on avait toujours une épée deDamoclès suspendue au-dessus de soi. » Il se souvient : « Quand j’ai commencédans ce métier, je suis allé demander conseil à l’ancien maire d’AshkelonRehavia Adivi et à l’ancien maire de Holon Pinhas Eylon. Adivi m’a dit que,pour avoir la maîtrise des opérations, je devais surtout m’intéresser au budgetet au personnel de la municipalité. Moi, je me suis concentré sur l’éducationet la technique. Maintenant, quand un candidat au métier de maire vient mesolliciter, je lui conseille de choisir les domaines dont il se sent le plusproche. »
Loin de ses amis et de sa famille
Récemment, l’ancien députétravailliste Yoram Marciano est allé le voir. « Il hésitait à se présenter à lamairie de Lod, vu les démêlés qu’il avait eus avec des vigiles de sécurité en2007 [au club de nuit Rio à Herzliya] et les autres incidents qui l’avaientopposé à la police. Il craignait que la publicité faite autour de ces épisodesne lui nuise, mais je voyais bien qu’il aimait réellement sa ville. Je lui aidit que, s’il croyait en lui-même, il ne devait pas hésiter. » Marciano n’a pasété le seul à se poser des questions. Dror Aharon est également venu demander àZilker s’il faisait bien de se présenter aux élections à Gan Yavné.
« Aharon est un ami de mon fils. Ses hésitations m’ont rappelé comment j’étaismoi-même au tout début. Mais dès l’instant où l’on se pose la question desavoir si l’on va ou non se présenter à une mairie, c’est un signe qu’il fautle faire », estime Zilker. « Je lui ai suggéré de se familiariser avec lesdifférents groupes de population de sa ville, comme les chauffeurs de taxi, parexemple. J’ai d’ailleurs donné le même conseil à Itzik Rochberger de RamatHasharon. Ils doivent être le plus possible en contact avec leur public,organiser un maximum de réunions en petits comités chez les gens. Je mesouviens que Rochberger voulait savoir s’il devait engager une campagne dediffamation contre son adversaire : je lui ai recommandé de ne surtout pas lefaire. » En ce qui concerne la vie personnelle et la vie de famille, Zilker nefait aucun mystère : vouloir devenir maire d’une ville, c’est accepter depasser d’innombrables heures loin de ses amis et de sa famille. « Mais je n’aipas encore rencontré de candidat qui regrette de s’être lancé en politique pourcette raison. »