Coalition : rien n’est encore décidé

Difficile d’y voir clair dans le bras de fer qui s’est engagé depuis les élections. Retour sur les principales interrogations.

bibi speaking 521 (photo credit: RONEN ZVULUN / REUTERS)
bibi speaking 521
(photo credit: RONEN ZVULUN / REUTERS)
Les partis religieux entreront-ils au gouvernement ? 

C’est la question clé.D’avis général, les résultats du scrutin du 22 janvier confèrent la rarepossibilité de former une coalition sans partis ultra-orthodoxes.
Qui plus est, le brûlant débat sur l’enrôlement militaire des harédim mettoutes les autres formations, peu ou prou, d’accord. Yaïr Lapid, dont c’étaitl’un des thèmes majeurs de campagne, a besoin de résultats concrets en lamatière pour satisfaire son électorat, vers lequel ont d’ailleurs migrécertains électeurs traditionnels du Likoud, effarouchés par la montée enpuissance des religieux dans le parti de droite, et fatigués du coutumier «partenariat naturel » avec les formations ultra-orthodoxes.

Seul problème : le Premier ministre Binyamin Netanyahou, qui désire unecoalition d’au moins 80 députés pour plus de stabilité, aura sans doute du malà renoncer à l’alliance avec Shas et Judaïsme Unifié de la Torah (JUT). Unargument repris par les intéressés au cours du week-end. Une source au Shas ad’ailleurs laissé entendre à la presse qu’en privé, Arié Déri et Yaïr Lapidéchangeaient de nombreux messages depuis le soir des élections, afin de jeterles bases d’un compromis entre les deux partis, et ce, en dépit des discoursbelliqueux que tiennent les deux leaders en public.

Dans les rangs du JUT, le nouveau député Méïr Poroush a rappelé la longévité del’alliance entre Bibi et les partis religieux : « Netanyahou sait qu’il peutcompter sur ses partenaires naturels bien plus que sur tout parti quidisparaîtra bientôt de l’échiquier politique. Hier, c’était Tommy Lapid,aujourd’hui c’est Yaïr. Il y a eu le Mouvement démocratique pour le changementet le Parti du centre.

Nous, nous sommes stables et nous existons depuis 64 ans, et Netanyahou saitqu’il ne peut rejeter ses partenaires qui l’ont soutenu depuis si longtemps ».

Le Premier ministre doit, en outre, composer avec une autre exigence de YaïrLapid, véritable roi de ces tractations précoalitionnaires : diminuer le nombrede ministres. Yesh Atid milite en effet pour le passage d’une loi limitant toutfutur gouvernement à 18 portefeuilles ministériels. Une exigence bien difficileà honorer pour Netanyahou s’il veut, en plus de distribuer le plus de postespossibles pour attirer les partis dans la large coalition qu’il souhaiteformer, satisfaire ses propres députés qui devront de toute façon se contenterde peu à cause du faible résultat électoral d’une part, et du partage de laliste avec Israël Beiteinou, d’autre part.

A Yesh Atid, on se montre néanmoins flexible sur la question, en posant pourcondition que la loi soit votée avant les prochaines élections. D’ici là, si leparti centriste ne siège « certainement pas dans un gouvernement de 30ministres », décrète-on, il est cependant prêt au compromis. A ce stade, lesnégociations portent seulement sur les accords entre les partis en vue d’une coalitionet non les portefeuilles ministériels à proprement parler. Netanyahou, qui doiteffectuer un déplacement officiel aux Etats-Unis début mars, souhaiterait quela composition du gouvernement soit déjà connue à cette date-là.

Naftali Bennett en sera-t-il ? 

Le contraire serait étonnant. Mais, une semaineaprès le vote, les articles de presse s’accumulent sur les mauvais rapportsentre le leader d’Habayit Hayehoudi et Sara Netanyahou, l’épouse du Premierministre. Le contentieux remonte à l’époque où Bibi était chef de l’oppositionet Bennett, son directeur de cabinet. Mme Netanyahou se querellait souvent aveclui au sujet des dépenses, mais également de l’emploi du temps de son mari.

De plus, selon le journal Haaretz, Netanyahou accuserait Bennett d’être àl’origine des fuites qui ont causé le scandale Bibi-Tours. Le Premier ministreest soupçonné d’avoir fait financer de luxueux voyages et vacances à l’étrangerpour lui-même et sa famille par des associés financiers à la fin des années1990 et au début des années 2000. Une affaire qui devrait faire l’objet d’unrapport officiel du Contrôleur d’Etat dans quelques mois.

En attendant, dimanche 27 janvier, le Likoud tâchait de minimiser le poids deces intimités personnelles.

« Les motivations du Premier ministre sont purement professionnelles »,souligne-t-on dans son entourage.

Dans la même journée, Ayelet Shaked, numéro 3 d’Habayit Hayehoudi et bras droitde Bennett dans l’ancien cabinet Netanyahou, s’est fendu d’un statut surTwitter pour répéter que ni elle ni son chef de file n’étaient responsables desrumeurs qui ont causé le Bibi-Tours.

Shelly Yachimovich, définitivement dans l’opposition ? 

Dimanche, les divisionsinternes allaient toujours bon train au parti travailliste. Si la présidenteShelly Yachimovich a, semble-t-il, l’intention de respecter son engagement,annoncé tardivement au cours de la campagne, de ne pas entrer dans ungouvernement dirigé par Netanyahou, d’autres députés du parti voudraient lavoir changer d’avis.

C’est du moins ce dont s’accusent mutuellement les numéros 2 et 3 d’Avoda,Itzhak Herzog et Eitan Cabel. Après l’unité affichée pendant la campagne, lesrésultats décevants du parti (15 mandats) tendent à délier les langues etaffûter les couteaux dans le dos de Yachimovich. Certains évoquent ainsi denouvelles primaires à l’horizon 2014.

Les derniers arrivés, fraîchement élus députés, tendent au contraire à défendrela politicienne et veulent lui éviter de céder à la pression. Une position quedéfend fermement Mihal Biran, parlementaire depuis le 22 janvier dernier : «Nous nous tenons aux côtés de Shelly et voulons l’aider à achever deréhabiliter le parti ».