Construira, construira pas...

En réponse à la reconnaissance palestinienne devant l’ONU, de nouvelles unités de logements dans la zone E1. Mais attention : il s’agit de projets, non de constructions.

P4 0512 521 (photo credit: Reuters)
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Après la pluie de condamnations occidentalessuscitées par l’annonce de 3000 unités de logements, Binyamin Netanyahouclarifiait sa décision, devant les membres du Likoud, dimanche 2 décembre. Ilparlait de 3 000 planifications, et non de constructions réelles.

Si le gouvernement avait déclaré, dans le sillage de l’obtention palestinienned’un statut d’Etat non-membre, qu’il donnait son feu vert au zonage et auxplans d’urbanisation dans la zone E1, celle située entre Jérusalem et MaaléAdoumim, il a rectifié le tir. Et tenté de bien se faire comprendre : son butconsiste à signaler la reprise des constructions, si jamais la Palestinepoussait plus loin ses actions unilatérales du type de la demande devant l’ONU,formulée jeudi 29 novembre.

Les Palestiniens affirment que la construction en zone E1 couperait Jérusalemdu reste de la Judée-Samarie, en brisant la continuité territoriale d’un futurEtat palestinien.

Et sonnerait donc le glas d’une solution à deux Etats. Autre précision deNetanyahou à ses ministres : les 3 000 logements autorisés vendredi seraientconstruits dans les grands blocs d’implantations, à l’image des quartiersd’après 1967.

Selon un porte-parole du ministère de la Construction et du Logement, cesunités pourraient fleurir à Ariel, Elkana, Efrat, Karnei Shomron et dans lesquartiers de Jérusalem : Pisgat Zeev et Gilo.

L’annonce du gouvernement des unités de construction supplémentaires est laréponse subite au succès palestinien d’acquérir leur statut d’Etat observateurnon membre à l’Assemblée générale des Nations unies.

Dimanche, le ministre des Finances Youval Steinitz passait la deuxième couche :refuser les quelque 450 millions de recettes fiscales qu’Israël envoie chaquemois à l’Autorité palestinienne. A la place, ces fonds récoltés chez lesIsraéliens iront tout droit au remboursement des 800 millions de dette de l’APà la Compagnie d’électricité israélienne.

La démarche de l’AP à l’ONU ne sera pas sans conséquence, a prévenu Steinitz,peu avant la réunion du cabinet dimanche.

En particulier, en ce qui concerne le transfert de taxes.

Israël, isolé ? 

A Ramallah, les responsables palestiniens ont qualifié ladécision d’acte de piraterie et de chantage. Ils espèrent maintenant que lespays arabes respecteront leurs engagements en fournissant à l’Autoritépalestinienne 100 millions de dollars par mois, pour compenser la perte desrecettes fiscales israéliennes.

Hana Amireh, membre du comité exécutif de l’OLP, annonçait ainsi une réuniondes pays de la ligue arabe, le 9 décembre prochain, pour discuter des moyensd’aider l’Autorité palestinienne dans le sillage de la décision israélienne.Selon Amireh, Israël est maintenant en conflit, non seulement avec lesPalestiniens, mais avec tous les pays qui ont voté en faveur de la candidaturede l’AP à l’ONU.

Pendant ce temps, les ambassadeurs de plusieurs pays clés de l’UE - laGrande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas – ont demandé deséclaircissements en exhortant Israël à reconsidérer ses plans. La question devraitfigurer en tête de liste des pourparlers entre Netanyahu et la chancelièreallemande, Angela Merkel, à Berlin cette semaine.

Et un diplomate d’ajouter que l’intention de poursuivre les constructions enzone E1 pose problème aux Européens, car elle sape la crédibilité d’Israël faceà une solution à deux Etats.

Bibi, quant à lui, a ouvert la réunion hebdomadaire du cabinet en défendant lesconstructions en Judée-Samarie.

Pour ce faire, il citait la réponse de son prédécesseur Itzhak Rabin, suite auvote de l’ONU en 1975 qui assimilait le sionisme au racisme. « La riposte auxattaques sur le sionisme et l’Etat d’Israël consiste à renforcer et soulignerla mise en oeuvre du plan de constructions dans tous les secteurs que jugeranécessaire le gouvernement ». Puis de continuer par les paroles de Rabin : «Aujourd’hui, nous construisons et nous continuerons à construire, à Jérusalemet dans toutes les zones stratégiques pour l’Etat d’Israël. » Pour Netanyahu,l’action de l’AP à l’ONU constitue comme une « violation flagrante des accordssignés avec Israël ».

« Il n’y aura pas d’Etat palestinien sans un arrangement dans lequel lasécurité des citoyens israéliens sera assurée », a-til martelé. « Il n’y aurapas d’Etat palestinien jusqu’à ce que l’Etat d’Israël soit reconnu comme l’Etatdu peuple juif. Il n’y aura pas d’Etat palestinien tant que les Palestiniens nevoudront pas déclarer la fin du conflit. Israël n’acceptera pas que laJudée-Samarie serve de base au terrorisme iranien, comme cela s’est produitdans les régions que nous avons évacuées dans la bande de Gaza et au Liban. »Le gouvernement a officiellement rejeté la résolution de l’ONU, à l’unanimité. 

Khaled Abu Toameh et Tovah Lazaroff ont contribué à la rédaction de cetarticle.