Karnit Flug, première femme à la tête de la Banque d’Israël

L’ancienne adjointe de Stanley Fischer est nommée après 9 mois de tergiversations.

P4 JFR 370 (photo credit: Reuters)
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C’est la bonnesurprise de cette rentrée parlementaire. Dimanche 20 octobre, le Premierministre Binyamin Netanyahou et le ministre des Finances Yaïr Lapid ont annoncéla nomination du Dr Karnit Flug à la tête de la Banque d’Israël. Elle prendainsi la succession du désormais légendaire Stanley Fischer, son anciensupérieur qui l’avait recommandée à plusieurs reprises. Mais avant d’êtrenommée, Flug a dû essuyer deux refus de la part de l’exécutif. Retour sur unesaga économique.
« Nous avons été impressionnés par le bilan du Dr Flug alors qu’elle a assumél’intérim en tant que gouverneur ces derniers mois et nous sommes certainsqu’elle continuera à mener l’économie israélienne vers d’autres succès face àla crise économique mondiale », ont fait savoir Netanyahou et Lapid dans unedéclaration commune dimanche.
Flug les a remerciés pour sa nomination, ajoutant avoir hâte de travailler avecles experts de la Banque et du gouvernement afin d’affronter « les importantsdéfis » qui attendent l’économie israélienne. Dimanche soir, le marché avaitbien réagi à la nouvelle. Le TA-100 (indice de la Bourse de Tel-Aviv) avaitaugmenté de 0,62 % et le taux des obligations de référence tombait à son niveaule plus bas depuis le mois de mai. Stanley Fischer a également fait part de sasatisfaction, assurant que son ancien bras droit avait contribué à ses propresdécisions durant son mandat. « Je sais que la décision n’a pas été facile, maisje sais aussi que le Premier ministre et le ministre des Finances ont recherchéle meilleur candidat pour le bien de l’économie israélienne », a déclarél’économiste américain.
9 mois de rebondissements
Le remplacement de Fischer a en effet pris lesallures d’une saga, d’aucuns diront même d’un mauvais vaudeville. Pourcommencer, l’ancien gouverneur a annoncé en février dernier son intention dedémissionner en juin, soit 5 mois à l’avance. Ce qui n’a pas empêché Lapid etNetanyahou d’attendre les derniers jours de son mandat pour annoncer leurpremier choix de candidat. Mais ledit candidat, l’économiste Jacob Frenkel, quiavait déjà été aux commandes de la Banque centrale, s’est retiré de la courseau mois de juillet suite à un scandale juridico-médiatique. Le crime semblaitpourtant dérisoire : Frenkel était accusé d’avoir dérobé un sac de voyage auduty-free de l’aéroport de Hong Kong en 2006. L’économiste, niant tout écart deconduite, s’est dit victime d’une véritable chasse aux sorcières médiatique eta préféré se désister.
En août, le feuilleton se poursuivait. Le second choix de Netanyahou et Lapid,l’économiste en chef de la banque Hapoalim Léo Leiderman, retirait sacandidature 2 jours seulement avant que sa nomination ne soit approuvée, aprèspublication par la presse de sa tendance à consulter des astrologues, ainsiqu’une supposée relation extraconjugale avec une employée du temps de sonmandat à la tête de la Deutsche Bank.
Ecartée une seconde fois, Flug annonce alors qu’elle démissionnera dès qu’unnouveau gouverneur sera nommé. Mais de nombreux députés prennent son parti etcritiquent ouvertement l’exécutif, taxé de « machisme » pour ne pas choisircelle que Fischer a si chaleureusement recommandée.
Echaudés, Lapid et Netanyahou décident de faire approuver les 3 autrescandidats restants par la commission Turkel, chargée des hautes nominations. Leministre des Finances racontera même plus tard qu’en privé, Bibi parledésormais de « turkeliser » les prétendants au poste avant de les présenter aupublic, pour éviter toute nouvelle polémique. En lice : Mario Blejer, Zvi Ecksteinet Victor Medina, tous trois pré-approuvés par la commission début septembre.Mais le Premier ministre et le préposé aux Finances ne parviennent toujours pasà se mettre d’accord.
Dimanche 20 octobre, alors que la Banque centrale n’a plus de gouverneur depuis111 jours, la nomination de Karnit Flug est enfin annoncée. Selon la rumeur, ceserait une conversation téléphonique avec Fischer qui aurait finalementconvaincu Netanyahou.
Invité sur les plateaux d’Aroutz 1 et 2, dimanche soir, Yaïr Lapid a qualifiéla saga des nominations de « choquante ». « Je n’ai aucune objection àprésenter mes excuses à Mme Flug pour détendre l’atmosphère », a assuré l’élu,réagissant à un communiqué qu’il avait lui-même publié 4 jours auparavant,affirmant que l’économiste ne serait jamais nommée. « Nous en avons tous prispour notre grade dans cette histoire, mais le résultat final est un bonrésultat. Elle fera un excellent travail. »
Prolonger l’héritage de Fischer
Comment, alors, expliquer une telle valse d’hésitations ? La chef del’opposition Shelly Yachimovich n’avait pas hésité à parler de machisme au moisd’août, alors que Flug était écartée pour la seconde fois. Pour ShmouelBen-Arié, chercheur en économie chez Pioneer Financial, « les opposants à lanomination de Flug pointaient son manque d’expérience internationale, affirmantque cela nuirait au prestige économique israélien. Mais, à mes yeux, c’estplutôt l’incroyable zigzag de Netanyahou et Lapid qui a terni notre image. Lacandidate naturelle, qui a finalement été choisie, était sous leurs yeuxpendant des mois. C’est inimaginable. » Et de souligner que l’expérience del’économiste aux côtés de Fischer l’aidera certainement à assumer lesimportants défis à venir, tels que la bulle immobilière, la fragilité économiquemondiale et la nécessité de modérer la monnaie israélienne, en raison desconséquences directes sur les exportations.
« Cette nomination évitera de nombreuses difficultés à la Banque d’Israël ainsiqu’à la politique monétaire », renchérit Rafi Gozlan, économiste en chef dufonds d’investissement IBI House, qui condamne sévèrement les 4 mois detergiversations qui ont précédé la nomination de Flug. « La politique deFischer va être poursuivie, bien que pour l’instant, l’accent reste sur lesexportations, c’est-à-dire sur les taux de change, et non sur l’immobilier ».
Fischer lui-même n’hésitait pas à activement intervenir dans le marchémonétaire. Une attitude également adoptée par Flug : en dépit des analyses quiprétendaient le contraire, la commission monétaire de la Banque a baissé pardeux fois les taux de change depuis le départ de l’Américain, sans attendre lanomination d’un nouveau gouverneur.
Karnit Flug, 58 ans, est diplômée de l’Université hébraïque de Jérusalem. Ellea soutenu sa thèse d’économie à Columbia University à New York, et travaille àla Banque centrale depuis 1988. Elle a également passé 4 ans au Fonds monétaireinternational. Côté politique, elle a siégé dans des commissionsinterparlementaires d’importance telles que la commission Brodet sur le budgetde la Défense et la commission Trajtenberg, chargée de présenter des solutionssocio-économiques au gouvernement suite au mouvement social de 2011.
Elle sera désormais la première femme à diriger la Banque d’Israël. Sa nominationsurvient 2 semaines après celle de Janet Yallen pour diriger la Réservefédérale américaine, une première également dans l’histoire des Etats-Unis.Dans le sillage de Christine Lagarde au FMI, les deux économistes portent aunombre de 19 les femmes à la tête de banques centrales dans le monde, sur 177établissements.