La guerre du budget

Les coupes budgétaires proposées par Yaïr Lapid sont loin de plaire à tout le monde. Le ministre s’en est ouvertement pris aux harédim à la Knesset

p4 JFR 370 (photo credit: Asaf Shilo/Israel Sun)
p4 JFR 370
(photo credit: Asaf Shilo/Israel Sun)
Bataille rangée. Le ministre des Finances YaïrLapid a présenté son nouveau budget pour l’année 2013- 2014 en début de semainedernière. Une présentation qui n’est pas allée sans mal et a suscité forcecritiques du côté de l’opposition. Lapid a promis de mettre « l’homme quitravaille » au centre de son nouveau programme politique, qui s’annonce malgrétout difficile pour la classe moyenne.
Le plan prévoit en effet 18 milliards de shekels de coupes budgétaires ainsique 5 milliards de hausses d’impôts. La TVA devrait ainsi augmenter d’un point(rapportant 4 milliards de shekels à l’Etat), tout comme l’impôt sur le revenu(3 milliards), les taxes de vente (1 milliard) et l’impôt sur les sociétés (700millions). Le plan prévoit également d’annuler l’exemption d’impôts sur la TVAdes fruits et légumes (2,2 milliards), des fonds de formation (2,4 milliards),des fonds de pension (2,4 milliards), des plus-values foncières (200 millions)et de la TVA à Eilat (600 millions).
Intervenant à la conférence des études de sécurité nationale, à l’université deTel-Aviv mardi 24 avril, le ministre s’est dit prêt à se battre pour défendreson projet. « Je sais que ce sera la guerre pour faire accepter certaines demes propositions, et peut-être même toutes. Je dis donc : “partons donc enguerre” ».

Joute verbale 

Le ton était effectivement guerrier, lundi 23, à la Knesset.
L’opposition avait déposé 6 mentions de censure contre le ministre des Financesqui est monté à la tribune pour défendre son plan. Cette première prise deparole officielle de Lapid face aux parlementaires s’est soldée par une jouteverbale d’une acerbité que la Knesset n’avait pas connue depuis longtemps entrele ministre et les députés du Judaïsme unifié de la Torah.
La liste des coupes budgétaires touche en effet la communauté ultraorthodoxe deplein fouet : fin des exemptions sur les taxes municipales, coupes dans lesbudgets spéciaux des écoles orthodoxes (pour le cas où elles n’enseigneraientpas le tronc commun de matières générales, ce que peu d’établissements risquentd’accepter) ainsi que des garderies et des écoles élémentaires ultraorthodoxes,coupes budgétaires pour les réseaux éducatifs ashkénazes et séfarades, lespetites yeshivot (l’équivalent du lycée) et les séminaires (l’équivalent desétudes supérieures pour les jeunes filles) et ainsi de suite.
Les députés ultraorthodoxes ont donc vivement attaqué Lapid en l’accusant, tourà tour, de haïr les harédim, d’affamer les enfants d’Israël et de ne pasconsacrer suffisamment de fonds à la défense. Ce à quoi le ministre a rétorquéque l’absence des partis ultrareligieux dans la coalition relevait simplementdu jeu démocratique et que les citoyens d’Israël en avaient eu tout bonnementassez de recevoir des ordres de « Son excellence, le député Méïr Porush ».
Et d’enchaîner en ironisant sur les inquiétudes des harédim pour la défensequand ceux-ci ne s’enrôlent pas dans l’armée. « Mais ne vous inquiétez pas,nous enrôlerons tout le monde. Nous irons jusque dans votre cour intérieurepour chercher des soldats ! », a lancé Lapid. Avant de porter l’estocade : «Quant aux enfants, nous ferons le nécessaire pour qu’aucun enfant israélienn’ait faim. Mais je tiens à rappeler que les responsables de la sécuritéfinancière d’un enfant portent un nom : ce sont ses parents. Il est impossiblede faire des enfants en pensant qu’ils seront à la charge de quelqu’un d’autre.Chacun est responsable de sa propre progéniture ».
Ces dernières déclarations ont particulièrement choqué le monde harédi, carelles brisent un tabou parlementaire.
Aucun député n’avait auparavant osé s’en prendre si directement au nombred’enfants dans les familles orthodoxes.
Enfin, Lapid ne s’est pas laissé impressionner par l’attaque de Porush, qui l’aaccusé de poster des messages sur Facebook pendant Shabbat. Le ministre arépondu du tac au tac : « Je poste sur Facebook pendant Shabbat parce que jen’observe pas le Shabbat. Je ne vous dis pas quoi faire de votre Shabbat etvous ne me le direz pas non plus ».
L’ensemble de ces remarques ont provoqué un tollé sans précédent dans la presseultraorthodoxe qui n’a pas hésité à taxer Yaïr Lapid d’antisémite. En réponse,ce dernier a annoncé qu’il ne détaillerait plus sa réforme économique à laKnesset, mais en d’autres endroits, ne souhaitant pas être constammentinterrompu par les députés de l’opposition.
Une décision critiquée par le président de l’hémicycle, Youli Edelstein, qui laconsidère déshonorante pour le parlement.

Briser les monopoles 

Le Premierministre Binyamin Netanyahou a défendu le programme de son ministre desFinances, arguant que son gouvernement s’attelait à réduire le coût de la vie,en brisant notamment les monopoles de marché et en assouplissant les règles deconcurrence dans chaque secteur. Entre autres, Bibi a annoncé une réforme dustatut des employés portuaires, dont les salaires constituent une exception demarché qui en irritent plus d’un, pour les semaines à venir.
Dimanche 28 avril, le cabinet ministériel a d’ores et déjà adopté une premièreréforme pour réduire le prix des véhicules. Au cours de cette même réunion, lacréation d’une commission ministérielle sur le coût de la vie, les cartels etla libre concurrence, a été votée. Elle sera présidée par le ministre del’Economie et du Commerce, Naftali Bennett. Ce dernier s’est donné pour mission« d’ouvrir le marché israélien et réduire les prix ». Et de conclure : «Certains diront que nous allons trop vite. Mais j’affirme le contraire : nousdevons aller encore plus vite et saisir l’année à venir comme une opportunitépour changer le visage du pays ».