Lapid : « Je veux être le Shas de la classe moyenne »

Les grands partis défendent leurs programmes économiques devant une assemblée d’hommes d’affaires.

Yair Lapid 311 (photo credit: Courtesy)
Yair Lapid 311
(photo credit: Courtesy)
T el-Aviv – Hôtel Dan Panorama. Cinq candidatssont venus débattre de l’économie au cours d’un événement organisé par laChambre de commerce, jeudi 3 janvier. Etaient présents : Shelly Yacimovich(Avoda), Yaïr Lapid (Yesh Atid), Avigdor Liberman (Israël Beiteinou), TzipiLivni (à la tête du parti à son nom) et le ministre des Finances, YouvalSteinitz (Likoud). Une pléthore de stars politiques, donc, pour venir discuterde l’avenir de la classe moyenne, des petites et moyennes entreprises (PME), dela fiscalité et des dysfonctionnements du système politique israélien devant unparterre d’entrepreneurs et d’hommes d’affaires. Pour Lapid, la hausse des taxesentrée en vigueur le 1er janvier illustre une absence de priorités dugouvernement. « La classe moyenne est devenue la vache à lait du Premierministre Binyamin Netanyahou », a lancé l’ancien journaliste. Et de critiquerla hausse des impôts tandis que plusieurs budgets ne sont pas réévalués :salaires extravagants des travailleurs portuaires d’Ashdod, subventions à lacommunauté haredi et mauvaise gestion du secteur public. « Comment osent-ilssiéger avec 34 ministres et vice-ministres puis se tourner vers la classemoyenne en affirmant qu’ils vont leur ponctionner 1 800 shekels supplémentaires? », s’est indigné Lapid. Les ministres sans portefeuille coûtent 60 millionsde shekels au contribuable, a-t-il continué, l’équivalent de ce que sollicitentles parents d’autistes en aides sociales. Le système politique est en partie àblâmer, a plaidé Lapid, en citant l’exemple du parti Shas qui accapare lesfonds publics pour son propre électorat. « C’est ce que je veux être : le Shasde la classe moyenne », a-t-il conclu. L’ancien ministre des Affairesétrangères Avigdor Liberman était d’accord pour déclarer le système politiqueresponsable de la mauvaise gestion économique. Et de pointer du doigt le seuilparlementaire qui, très bas, fait entrer de très nombreux partis à la Knessetet rend la gouvernance difficile. Selon les sondages, a-t-il rappelé, 14formations obtiendront des fauteuils de députés le 22 janvier prochain. « Je nedis pas que nous serons comme les Etats-Unis avec deux partis – notredémographie et notre sociologie ne le permettent pas – mais cinq ou sixseraient largement suffisants ». De son côté, Yacimovich a voulu répondre auxfréquentes critiques de Steinitz sur le programme économique des Travaillistesqui, selon le ministre, fera fuir les investisseurs étrangers et détruira lacroissance. « Notre plan n’augmentera pas les impôts des petites et moyennesentreprises. Au contraire, nous leur faciliterons la vie », a-t-elle lancé auLikoudnik. « Les très grandes entreprises payent entre 2 et 9 % de taxes,tandis que les PME payent la tranche maximale. Ce n’est pas logique et c’estinacceptable », a-t-elle fait savoir. S’exprimant à sa suite, le ministre desFinances a renchéri, avec toujours Yacimovich en ligne de mire. « Je ne saispas ce qui est le plus incroyable : promettre de dépenser 140 milliards deshekels ou bien voir une personne qui n’a jamais rien dirigé, pas même lacommission parlementaire des finances, et sans aucune expérience sécuritairedevenir Premier ministre », a-t-il déclaré. 

Livni renvoie capitalisme etsocialisme dos-à-dos

 Livni, elle, s’est fendue d’une approche très différente.La priorité économique consiste, selon elle, à faire la paix avec lesPalestiniens. « A mes yeux, le plus important pour l’économie et pour les disparitéssociales, c’est un accord », a-t-elle expliqué avant de tacler la politique duPremier ministre Binyamin Netanyahou, qui, selon elle, isole l’Etat hébreu surla scène internationale. Et de poursuivre : le budget du pays est « mal dirigé», vers les implantations et les ultra-orthodoxes, a-t-elle ajouté. « Ondépense de l’argent pour déplacer les gens d’une colline à l’autre sur deslieux dont nous savons, malheureusement, et je répète, malheureusement, qu’ilsne feront pas partie du futur Etat d’Israël ». Livni s’est également prononcéepour la lutte contre la concentration de marché, mais contre l’incitation àl’égard des chefs d’entreprise eux-mêmes. La candidate centriste prône uneapproche médiane : protection des travailleurs, mais sans supervisiongouvernementale rigide ; libre-concurrence, mais intervention étatique en casde défection des marchés. Elle a ainsi cité les cinq droits de base qui doiventêtre fournis selon l’idéologue et leader révisionniste Zeev Jabotinsky : senourrir, se loger, se vêtir, se soigner et étudier. Ce à quoi elle a ajouté lasécurité. « Je ne crois pas au capitalisme à la Netanyahou, sans aucunerégulation gouvernementale, mais je suis également opposée au socialisme àl’ancienne que promeut Shelly Yacimovich ». L’assistance, très en verve, nes’est pas gênée pour mettre les intervenants en difficulté, sifflant et huantsans vergogne. L’appel de Liberman, pour que le gouvernement reste à l’écart dusecteur privé, a suscité les applaudissements d’une seule personne, tandis quela plaidoirie de Yacimovich pour une égalité sociale a soulevé l’enthousiasmedu public. Le seul qui ne semblait pas vouloir se départir de sa réserve étaitle nouveau président de la Chambre de commerce, Ouriel Lynn. « Le gouvernementprend l’argent que vous gagnez et le distribue, mais il ne le gagne paslui-même », a-t-il affirmé en guise d’introduction. Ancien député Likoud, il aloué le dynamisme de l’économie israélienne. Et appelé à créer des emplois,réduire la taille du gouvernement et renforcer le secteur privé. Mais émis desdoutes sur la capacité gouvernementale à faire face à ces défis. « Le véritablemoteur de la croissance est la motivation de tout un chacun de fonder uneentreprise, de prendre des risques », a-t-il rappelé. « Jusqu’à présent, laKnesset d’Israël n’a pas réussi à comprendre ce fait basique ».