Lapid : Un visage présentable au monde ?

Avec son allure de modéré, Lapid saura-t-il mieux faire passer au monde la pilule de la construction dans les implantations ?

Yair Lapid addressing supporters in post election speech 370 (photo credit: REUTERS/Ammar Awad)
Yair Lapid addressing supporters in post election speech 370
(photo credit: REUTERS/Ammar Awad)
Quelques heures après lespremiers résultats des urnes, mardi 22 janvier au soir, le ministre desAffaires stratégiques, Moshé Yaalon, était l’invité des plateaux d’Aroutz 2. Iltentait avec difficulté de revenir sur le point central de la campagne duLikoud : un vote pour le parti envoie un message fort au président iranienMahmoud Ahmadinejad, à Hassan Nasrallah du Hezbollah et à Khaled Mashaal duHamas.

« Et que pensent ces trois dirigeants à présent ? », s’est-il entendu répondre.De but en blanc, non sans humour, Yaalon a rétorqué : « Ils se demandent quiest ce Yaïr Lapid ? ».

Car il y a fort à parier que le nom de « Yaïr Lapid » était l’un des pluspopulaires sur le moteur de recherche Google, mercredi, dans les capitales dumonde entier. Les preneurs de décisions des pays amis – aussi bien qu’ennemis –bouillonnaient d’en savoir plus sur cette nouvelle « saveur » israélienne,devenue soudainement incontournable.

Les nations amies, au moins, seront probablement soulagées par ce qu’annoncentles résultats : sur les questions diplomatiques/sécuritaires, Lapid n’est pasun faucon. C’est un modéré pragmatique un tantinet à gauche du Premier ministreBinyamin Netanyahou, hautement représentatif de la classe moyenne israélienneet sensible à la nécessité d’un soutien international.

Les spéculations sur la future coalition vont bon train et les noms desprincipaux ministres fusent. Quelle que soit la coalition, Lapid – à la tête dudeuxième parti de la Knesset – se verra probablement offrir l’un des grandsministères suivants : les Affaires étrangères, les Finances ou l’Education.

Un diplomate, diplomate

S’il accepte les Affaires étrangères, le monde – quitraitait (ou justement ne traitait pas) avec Avigdor Liberman ces quatredernières années – ne pourra qu’applaudir des deux mains : Lapid estl’anti-Liberman.

Tout d’abord, contrairement à Liberman, il ne taxera pas les pourparlers depaix avec les Palestiniens de perte de temps. Avant les élections, il avaitannoncé qu’il rejoindrait uniquement un gouvernement qui les favorise.

Deuxièmement, son style est nettement différent – moins perçant, moinscombatif, moins conflictuel. Difficile d’imaginer Lapid fustiger les Européensà la manière d’un Liberman, qui déclarait devant une salle pleine dediplomates, en décembre, que de nombreux leaders mondiaux seraient prêts à «sacrifier Israël en un clin d’oeil ».

En tant que ministre des Affaires étrangères, supposons que Lapid sera, commentdire, plus diplomate. Israël cherche toujours un visage agréable à montrer aumonde, une fonction désormais occupée par le président Shimon Peres, et Lapidsemble être un bon choix pour le job : modéré, séduisant, à l’aise, doté d’unbon niveau d’anglais, courtois, charismatique. Bref, une personnalité quiserait la bienvenue dans les capitales étrangères.

Lapid peut jouer tous ces rôles – un visage sympathique face au monde et unevoix influente sur la politique étrangère et sécuritaire – même s’il n’est pasnommé ministre des Affaires étrangères.

Le ministre de la Défense Ehoud Barak a récemment servi à Netanyahou de lienavec Washington, où il est bienvenu et respecté, contrairement à Liberman. Quelque soit le ministère qu’il choisira, Lapid sera sûrement membre du cabinet desécurité, où les grandes questions diplomatiques et de défense sont discutéeset adoptées.

Jérusalem, l’intouchable 

Ceux en quête d’infos sur le web, cependant, nedoivent pas se laisser berner par la modération de Lapid. Ni faucon, mais nicolombe non plus. En octobre, il avait déclaré : « Israël doit se débarrasserdes Palestiniens et ériger une barrière entre nous et eux », ajoutant que «s’il n’y aura pas de “nouveau Moyen-Orient”, du moins il n’y aura pas troismillions de Palestiniens en territoire israélien ».

Lapid a également choisi octobre pour prononcer un discours de politiqueétrangère à Ariel, où il s’est clairement démarqué de la gauche et a affirméson soutien aux blocs d’implantations.

« Il n’existe aucune carte où Ariel n’est pas incluse dans l’Etat d’Israël »,a-t-il clamé. « On ne se présente pas à des négociations avec seul un rameaud’olivier, comme le fait la gauche, ou seule une arme à feu, comme le fait ladroite.

On est là pour trouver une solution. Nous ne souhaitons pas un mariage heureuxavec les Palestiniens, mais un acte de divorce avec lequel nous pouvons vivre.» Lapid soutient Ariel, les grands blocs d’implantations et s’oppose à ladivision de Jérusalem, car selon lui, la capitale représente l’ethos du pays,la raison pour laquelle le peuple juif se trouve en Terre sainte – encore unefois, des positions qui le placent au coeur du consensus israélien.

Le hic, c’est que le monde ne soutient pas ces points de vue. Les pressionsinternationales opérées sur l’Etat juif ces derniers mois portent sur les plansde construction dans les grands blocs d’implantations et à Jérusalem, que Lapidencourage. Même s’il devient le nouveau visage derrière ces positions, il esttoujours peu probable que le monde les embrasse.

Néanmoins, le chef de Yesh Atid peut les rendre plus acceptables,compréhensibles et moins menaçantes qu’elles ne l’étaient ces quatre dernièresannées.

Mardi, le jour de nos élections et le lendemain du sermon du présidentaméricain Barack Obama, le Washington Post présentait un éditorial appelant àune remise au point mort des relations tumultueuses entre Obama et Netanyahou.Un gouvernement avec Lapid dans un rôle central, de présentateur et d’acteur enpolitique, est plus qu’envisageable – et pas seulement à Washington.

Lapid en 5 points 

Mercredi 23janvier, un jour après les résultats du scrutin, les candidats de la liste duparti centriste soulignaient « la grande responsabilité » dont ils avaienthérité en gagnant 19 sièges à la nouvelle Knesset. Parfait écho au discoursprononcé par Yaïr Lapid après les résultats, l’expression a été reprise danstous les médias.

Selon Adi Kol, neuvième sur la liste du parti, les résultats positifs duscrutin sont le fruit d’un « dur labeur ». Et elle ajoute : « Nous ressentonstous l’importante responsabilité de tenir nos promesses. » Kol a annoncé queles promesses du parti pouvaient être résumées en 5 principes, sur lesquelsYaïr Lapid serait intransigeant : 1) égaliser le service militaire ou national,2) réduire le coût de la vie, 3) augmenter les subventions pour le logement desjeunes familles, 4) insérer des études générales dans le système éducatifharedi, et 5) relancer le processus de paix.

Quant à savoir laquelle de ces promesses est la plus importante, Kol répond quel’égalisation des services militaire et social est le point majeur, suivi de larelance du processus de paix.

Questionnée quant au fait que l’opinion internationale puisse voir d’un mauvaisoeil de faire passer une question intérieure avant le processus de paix, Kol asa réponse.

Elle a dit avoir essayé d’expliquer aux médias que « tenter de résoudre unproblème extérieur quand il y a tant de problèmes intérieurs n’est pas unebonne idée ». Quand la nation sera unifiée de l’intérieur, « il sera bien plusfacile de résoudre un problème extérieur. » Kol, diplômée de l’université deColumbia de New York, a ajouté avoir étudié différents types de politiques,soulignant que c’est une valeur américaine de « respecter chaque politique etde ne pas devenir grossiers les uns envers les autres ».

Elle a dit vouloir apporter ce genre de changement en Israël et être capable dediscuter respectueusement avec les opposants politiques.