Le Consistoire de Paris vent debout

Le conseil d’administration du Consistoire de Paris s’est enrichi de 14 nouveaux membres. Avec un seul mot d’ordre : communauté et rassemblement.

P11 JFR 370 (photo credit: Erez Lichtfeld)
P11 JFR 370
(photo credit: Erez Lichtfeld)
Les résultatssont tombés. Dimanche 23 novembre, les adhérents au Consistoire israélite deParis élisaient leurs nouveaux représentants. Sans grande surprise, c’est JoëlMergui qui remporte la manche haut la main avec 2 867 voix soit 54,97 % dessuffrages. A la tête du Consistoire depuis 2006 – excepté une brève éclipseaprès l’élection de Dov Zerah en poste pendant quelques mois – l’homme a faitses preuves et son bilan est globalement positif. Sont notamment à porter à soncrédit l’assainissement et la transparence des comptes de l’organisation. SammyGhozlan, son dauphin, qui le talonne de très près avec 2 363 voix soit 45,36 %des votes exprimés, est le deuxième homme fort de ce nouveau conseil. Avec unpassé de vice-président, il est loin d’être un nouveau venu dans l’arèneconsistoriale. Ce beau score d’aujourd’hui, il le doit avant tout à sapersonnalité qui a été plébiscitée par les électeurs, et notamment la pugnacitédont il fait preuve dans le combat qu’il mène sans relâche contrel’antisémitisme et l’antisionisme à la tête du BNVCA (Bureau national devigilance contre l’antisémitisme). Gil Taïeb n’est un inconnu pour personne. Ilarrive en 4e position avec 1 981 voix soit 37,98 % des suffrages, ce qui n’estpas négligeable pour un indépendant qui ne bénéficie pas du soutien d’uneéquipe qui pèse de tout son poids dans la publicité et la communication. Làaussi, c’est sa personnalité battante, investie dans toutes les sphères de lacommunauté, qui a été plébiscitée. Enfin, Philippe Meyer obtient 1 597 voixsoit 30,54 % des suffrages et vient se placer en 11e position. Spécialiste desmédias, aux commandes du journal Information juive et membre de son comité derédaction, il est l’actuel vice-président de l’institution presquebicentenaire. C’est un homme rompu aux préoccupations de la vie juive deFrance.
Miser sur lacontinuité
Mergui, Ghozlan,Taïeb, Meyer sont tous quatre des hommes de confiance, de terrain, actifs dansla communauté de longue date, dont on a pu déjà apprécier la combativité etmesurer les résultats. Avec eux, toutes les listes sont représentées ; « Avenirdu judaïsme consistorial » (AJC) avec Joël Mergui, « Rassembler pour changer »avec Sammy Ghozlan, « Tous ensemble » avec Philippe Meyer et les couleurs del’indépendance sont portées par Gil Taïeb. Les votes se sont donc exprimés pourune certaine diversité tout en misant sur les représentants les plusemblématiques et les plus médiatisés des candidats en lice dans chaqueformation. L’heure ne semble pas au changement…
Un climat qui s’expliquesans doute par les temps troubles et anxiogènes que traverse la communautéjuive française. Au sein de l’Europe d’abord, en raison des menaces qui pèsentsur la She’hita et la Brit Mila, et à l’intérieur de l’Hexagone avecl’incontestable hausse de l’antisémitisme et les conséquences néfastes desopérations de boycott. Enfin, les tensions au Proche-Orient, auxquelles Israëlest confronté, viennent alourdir la liste des inquiétudes des Juifs deDiaspora ; l’accord des 5+1 passé avec un Iran plus que jamais déterminé à êtreun pays du seuil et le renforcement des pressions sur l’Etat hébreu pourimposer une solution à deux Etats à laquelle l’unité de Jérusalem risqueraitd’être sacrifiée. Dans ce contexte, on ne peut que comprendre ce vote de la communautéqui peut être interprété comme une certaine frilosité au changement de sesinstitutions. Mieux vaut tabler sur des valeurs sûres qui sauront contrer lesmenaces qui s’amoncellent sur les Juifs et le judaïsme. Il n’en reste pas moinsque ce vote comporte une dimension plurielle qui incite à croire qu’unesynergie entre les différentes parties est souhaitée.
Exceptél’obstination des opposants qui réclamaient en chœur la révision des statuts del’institution et leur division autour du bien-fondé de rejoindre ou non leCrif, on relevait dans les programmes des candidats davantage de préoccupationscommunes que de points de discorde avec le majoritaire AJC.
Mergui est trèsinvesti, disponible, à l’écoute, une valeur sûre, entonnent en chœur sesélecteurs, comme ceux de ses opposants qui viennent rejoindre son équipe. « Ilva pouvoir continuer sa politique sans grande contradiction, sans oppositionvéritable », confie Sammy Ghozlan, « mais on peut être sûr qu’il a à cœur defaire rayonner le judaïsme. On va donc avancer main dans la main »,assure-t-il. Quant à Gil Taïeb, il a, via les réseaux sociaux, invité tous lescandidats porteurs de projets positifs, élus ou non élus, à relever les défismajeurs auxquels est exposée la communauté : « En maintenant la force etl’unité de notre institution, nous pourrons lui donner tous les moyens d’agirau nom et au service de chaque juif et affronter les enjeux qui sont lesnôtres », a-t-il écrit.
Casherout, HevraKadisha et communauté
Pour autant,Sammy Ghozlan ne renonce pas au cahier des charges de sa formation, fruit d’untravail acharné. Il tient notamment à offrir, comme il l’avait promis pendantla campagne, un service spécialisé pour la Hevra Kadisha en partenariat avecles pouvoirs publics, afin de faciliter la bureaucratie inhérente aux obsèques.Bureaucratie qui peut se révéler un inextricable casse-tête en cas de transportdes corps pour une inhumation en Israël, ou encore en France si un deuilsurvient pendant les fêtes ou Shabbat. Des structures d’accueil pour lajeunesse et leur intégration au sein de la communauté juive, des mesures pourcontrer la rétention au guet des maris récalcitrants, ou encore faire baisserles prix des produits casher, tels sont les autres grands chantiers de l’élu.
En ce quiconcerne la casherout, il est à noter que toutes les formations ont pourobjectif de faire baisser les prix. Pour Gil Taïeb, « il faut réfléchir à unecasherout nationale ». Quant à Sammy Ghozlan, il fait remarquer qu’inciter tousles Juifs français à manger casher permettrait de faire baisser les prix. Acela, on objecte que, justement, les prix trop élevés en dissuadent beaucoup des’y conformer. Une raison de plus pour entamer une bataille des prix, répondGhozlan, sans se démonter. « Il faut rassurer tout le klal en répondant à sesattentes et nous devons avoir à cœur de satisfaire ses besoins, afin de luiredonner confiance », fait remarquer Sammy Ghozlan, « aux Etats-Unis il y a desrestaurants qui affichent 4 hashgahot, ce qui est appréciable pour lesconsommateurs, une façon de réconcilier une communauté orthodoxe atomisée. Nousdevrions y penser. D’autre part, envoyer des chimistes pour attribuer unecertification à des produits qui n’en n’ont pas besoin, comme l’huile parexemple, représente des frais inutiles et cet argent pourrait être investi àestampiller de nouveaux produits. Enfin, il serait utile en ces temps de crisede mettre sur pieds quelques coopératives à Paris et région parisienne pour queles Juifs en difficulté puissent aussi manger casher à des prix raisonnables.Il faut mettre fin aux certifications au coup par coup », décrète-il.
Ce qui frappeencore une fois dans ces élections, c’est un taux de participation très faibleau scrutin ; sur 31 050 électeurs inscrits, seuls 5 352 se sont déplacés auxurnes, avec, au final 5 216 suffrages exprimés (une fois les votes blancsdécomptés). A peine plus qu’au dernier scrutin. On peut s’interroger sur cettedémobilisation de la communauté. Confiance aveugle ou désintérêt ? « Lesmembres de la communauté ne se sentent pas concernés par ces élections. Ceuxqui votent appartiennent au cercle des présidents et des candidats, et peu sontdes fidèles en général », déplore Sammy Ghozlan. Pour Gill Taïeb, cela prouvequ’« il faut gérer le consistoire de façon plus collégiale et plustransparente.
Se rapprocher desJuifs non pratiquants
 
Rien d’alarmanten revanche pour Grand Rabbin de Paris Michel Gugenheim. « L’important, c’estqu’il y a 30 050 adhérents ; du fait de leur adhésion, ils prouvent qu’ils sesentent concernés par le Consistoire et qu’ils soutiennent l’institution. Il yen a certainement quelques-uns pour penser que ça ne sert à rien de voter.S’ils s’abstiennent, c’est peut-être surtout parce qu’ils ne se sentent pascompétents pour choisir et font confiance aux spécialistes. Mais 5 000personnes qui se sont déplacées, ça fait quand même du monde ». Tous enappellent à l’ouverture, rejoints sur ce point par Joël Mergui : « Il faut êtreattentif aussi à ceux qui ne respectent en rien la vie religieuse. Que lesrabbins puissent entendre les Juifs les plus éloignés au moment où ils serapprochent de la synagogue, soit à l’occasion d’une Bar-mitsva, d’une BritMila ou encore d’un décès, quand ils ressentent le besoin de faire unenterrement religieux par respect pour leurs parents. Là il faut savoir leurouvrir les bras et saisir l’opportunité de les rapprocher de leurs racines. »
Une ouverture quiferait gagner le Consistoire en popularité. Ouvert et tolérant, il seraitdavantage fédérateur. De quoi remplir sa vocation à être une bannière pour tousles Juifs de France.