Le pacte sacré ?

Lapid-Bennett : deux nouveaux venus en politique que peu divise et beaucoup rassemble.

Lapid and Bennett at Knesset swear in 370 (photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)
Lapid and Bennett at Knesset swear in 370
(photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)
« A partêtre ministre des Affaires étrangères, je peux être chef de l’opposition », adéclaré Lapid.
Il est d’ailleurs probable que cela lui convienne davantage. Lapid sait que sonentrée au gouvernement peut l’empêcher de remplir ses engagements électoraux.Il y a comme une malédiction à entrer dans les gouvernements de BinyaminNetanyahou, car jusqu’à maintenant personne n’a pu y tenir ses promesses(Netanyahou compris). C’est bien connu, avec Bibi, c’est toujours pareil. Onarrive avec des espoirs et ils sont anéantis.

A la fin du mandat, les ministres repartent frustrés sans comprendre ce quileur est arrivé et « comment Netanyahou leur a fait ça » : le temps s’estécoulé et rien n’a bougé.

Dans l’opposition, Lapid a toutes les chances de s’épanouir. L’homme estambitieux, éloquent et persévérant. Il connaît les médias et sait s’en servir.Avec 19 sièges, Lapid accomplira ce que Tzipi Livni n’a pu faire avec 28 :rendre la vie de Netanyahou infernale. Puis, au prochain scrutin national, ilsera en lice pour le poste de Premier ministre (s’il accepte de laisser de côtécette suffisance qu’il affiche depuis les élections).

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, c’est la guerre des nerfs.Les prochaines semaines seront le théâtre d’échanges spectaculaires, deretournements et autres surprises – une partie de poker où tous les coupsseront permis.

Pourtant, il existe déjà une alliance : celle qui unit Lapid et Bennett.

Qui fait grincer des dents les ultra-orthodoxes et rend nerveux Netanyahou.Elle ne date pas d’hier puisqu’elle s’est élaborée bien avant les élections, aucours de plusieurs rencontres. A un moment où les sondages donnaient Netanyahougagnant avec 36 ou 37 sièges et où les deux jeunes candidats n’avaient pasaussi fière allure : Lapid essayait de passer la barre des 10 sièges, quant àBennett, face au tandem Netanyahou-Liberman, il était hors jeu.
Désespéré, il s’est alors tourné vers Lapid.

Egorger la vache à lait 

Les deux hommes ont plus d’un point commun : ils sontjeunes, de la même génération, tiennent le même langage et manient des conceptssimilaires. Une petite kippa posée sur la tête de Bennett les sépare, etencore. Les deux hommes s’entendent à merveille et sont comme des frères(jusqu’à prochaine notification).

Pour Lapid, Bennett est l’allié parfait. Le seul point qui les divise vraimentreste un accord avec les Palestiniens ; or, la question ne se résoudra pasavant longtemps et Lapid le sait. D’ailleurs, son but principal est tout autre.Lapid l’a promis, il s’attaquera aux droits et devoirs des Haredim. Selon lui,ceux-ci profitent de l’Etat sans rien lui donner en retour. Pour le dirigeantde Yesh Atid, la plupart des difficultés rencontrées par la classe moyenneviennent de là.

Son plan est clair : les Haredim doivent quitter la coalition, revenir à unereprésentation normale et proportionnelle de leur population et ne pas peser autantdans les décisions économiques et sociales du pays. Il faut aussi couper lasource de revenus que constitue l’Etat pour eux. En un mot : la vache à laitdoit être égorgée. Et puis, comme tous les citoyens, ils doivent s’engager dansl’armée.

Après les élections, l’accord entre Lapid et Bennett est devenu officiel.

Ils en ont formulé les termes, sans signer de contrat. Ils ont inauguré unnouveau style de politique, plus direct, plus léger, où donner sa parole tientlieu de signature.

Leurs négociations ont débuté sur les problèmes politiques. La limite pourBennett est l’évacuation des implantations. Lapid a alors posé la questiondirectement : qu’en est-il des avant-postes comme Amona ? Bennett est partiplancher sur le problème avant de revenir avec une réponse claire et nette. Sila Cour suprême décide qu’un avantposte doit être évacué, ce sera fait.

L’alliance tient toujours

Sur la question du service militaire, Bennett nesouscrit pas totalement au programme de Lapid. Pour lui, la population ultra-orthodoxedoit certes être recrutée, mais d’une manière judicieuse et non dans un grandraz-de-marée.

Plutôt que d’utiliser la force, inefficace selon lui, Bennett suggère dessanctions économiques : les récalcitrants ne recevront pas un seul shekel del’Etat tant qu’ils ne remplissent pas leurs devoirs vis-àvis de lui.

De son côté, Lapid est prêt à faire des compromis sur le nombre.

Selon son programme, dans les cinq prochaines années, seuls 400 hommesresteront assis à étudier la Torah. Les autres auront rejoint les rangs del’armée ou effectueront un service national.

Mais comme 400 reste tout de même un nombre irréaliste et draconien, il estprêt à l’élever à 1000, peut-être même plus.

Si la question du recrutement militaire n’est donc pas tout à fait réglée,Lapid et Bennett ont décidé qu’elle ne les diviserait pas et qu’ils laremettaient à plus tard.

Aux dernières nouvelles, leur alliance tient toujours. Ni les tentativesdésespérées des Haredim (par l’intermédiaire de rabbins du courant nationalreligieux)ni les appels du pied de Netanyahou en direction de Bennett n’ont réussi à labriser.

Même son de cloche dans les camps des deux élus. Parmi les membres de YeshAtid, on entend une seule chose : Yaïr adore Naftali.

Ils sont amis et ont confiance l’un dans l’autre. Yaïr a parié sur Naftali etne croit pas que leur pacte sera rompu. Si tel devrait être le cas, Lapidrestera dans l’opposition et ne fera plus confiance à Naftali.

Mais cette possibilité est écartée d’un revers de main, décidément, Lapid n’estpas inquiet.
Idem dans les rangs de Habayt Hayehoudi : Naftali adore Yaïr. Il n’y a pas derisque de rupture. Pour Bennett, il est temps que quelqu’un fasse quelque chosepour le pays.

Lapid et lui forment une nouvelle génération politique et la partie ne fait quecommencer.