Le temps est venu de nommer des ministres qualifiés

A l’heure actuelle, le processus de formation de la coalition laisse à penser que les postes de ministres seront offerts à des politiciens sans expérience.

construction 521 (photo credit: Marc Israel Sellem)
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(photo credit: Marc Israel Sellem)
Binyamin Netanyahou tente péniblement d’assembler ungouvernement de coalition. Beaucoup voient là un marchandage et des tractationsbassement politiciennes. Des commentateurs plus modérés diront, certes, que laformation d’un gouvernement, comme tout processus de négociation, exige descompromis pour atteindre le but suprême : parvenir à un accord qui consiste,dans le cas présent, à former un gouvernement stable, capable de gouverner lepays dans les méandres d’un avenir complexe.

Que l’on soit optimiste ou cynique, une chose reste certaine : les postes clésseront offerts à des politiciens sans expérience dans le domaine où ils vontexercer ou pire, totalement non qualifiés pour gouverner.

Les critères qui président au choix des ministres en Israël sont trèsdifférents de ceux utilisés outre-Méditerranée. Comparer les membres dugouvernement israélien à leurs homologues américains ou européens peut nousapprendre beaucoup sur notre mode de fonctionnement quant à la sélection de nosgouvernants et sur les modifications qui s’imposent.

Revenons sur les dernières élections et leurs enjeux. A la suite du mouvementpour la justice sociale de 2011, la principale question, présente durant toutela campagne électorale, a été l’accessibilité au logement. A un point tel, qu’àla veille du vote, le Premier ministre Netanyahou, pour apparaître, inextremis, comme celui qui ferait baisser le prix des logements, a annoncé queMoshé Kahlon occuperait la tête de l’Autorité foncière israélienne. Car siKahlon a su opérer une réduction radicale des tarifs des téléphones portables,il devrait être capable d’en faire de même avec le secteur de l’immobilier.

Mais qui sera le prochain ministre du Logement ? La question reste en suspenspuisque Shas, qui en avait assuré le contrôle depuis 4 ans, ne fait toujourspas officiellement partie de la coalition. C’est le Shasnik Ariel Atias quisiège à la tête de ce portefeuille depuis 2009 après avoir officié commeministre des Communications (de 2006 à 2009). Ce qui a donné l’occasion à uncritique de noter qu’« Israël est le seul pays où le ministre de laCommunication n’a pas de télévision chez lui ». Atias ne possède d’ailleurs pasnon plus de diplôme universitaire (c’est-à-dire un diplôme séculaire). Quant àson expérience en matière de logement (avant d’avoir été nommé ministre), ellese résume à une condamnation pour l’agrandissement illégal de sa maison et lerefus d’obtempérer à l’ordre de destruction qui en a découlé.

Un sujet en vogue

La baisse du coût des téléphones portables continue à être unargument de poids puisqu’il a été repris très récemment par Israël Katz,ministre des Transports depuis 2009 : « Nous réduirons le prix des voiturescomme nous avons réduit le coût de la téléphonie portable. Je sais que je vaisdevoir faire face à beaucoup d’obstacles et de difficultés, mais cela ne medécouragera pas. » On se doute qu’il en faut plus pour dissuader Katz. Ministrede l’Agriculture, il avait été l’objet d’un rapport très critique pour avoirnommé à la tête de la commission pour le prix du lait un homme sans diplômeacadémique et ce, malgré une spécification gouvernementale faite à ce sujet.

La même année, la police a d’ailleurs recommandé sa mise en accusation pouravoir favorisé la nomination d’amis politiques à des postes importants ou pourdes contrats passés avec son ministère.

Si son dossier a finalement été clos par manque de preuves, un certain nombrede ses collègues ont été inculpés. A la décharge de Katz, il est l’un desministres à posséder un diplôme universitaire – en relations internationales –de l’université Hébraïque de Jérusalem. C’est d’ailleurs là qu’il a commencé sacarrière politique comme membre du parti Herout. En tant que tel, il a mené desmanifestations violentes et a été responsable de la détention du recteur del’université avant d’être suspendu de l’université suite à ses agissements.

Pourtant, cela ne veut pas dire que tous les membres du gouvernement, ou mêmeceux évoqués plus hauts, soient incapables ou incompétents.

D’ailleurs, beaucoup d’entre eux sont hautement qualifiés. Yaacov Neeman, grandavocat israélien, en est un exemple. Nommé ministre de la Justice, il a étéimmédiatement mis en accusation et a démissionné. Un an plus tard, la cour adéclaré n’avoir retenu aucune charge contre lui.

Certains ont fait savoir qu’il aurait été attaqué pour, précisément, empêcherla nomination de professionnels au détriment des politiciens.

On pourrait ajouter qu’au contraire de l’attitude professionnelle et sanssurprise américaine, un des avantages du mode de nomination israélien desministres est qu’il rassemble des hommes aux parcours différents voireoriginaux et offre, par là même, un gouvernement aux vues larges et variées.

Prenons le cas d’Amir Peretz. En dépit de son manque de formationuniversitaire, il a dirigé la Histadrout avant de devenir ministre de laDéfense. Qui sait ? L’opinion d’un cultivateur d’ail est peut-être pertinentesur les questions de défense internationale.

Quoi qu’il en soit, il semble que, dans le domaine politique, nous ayons àapprendre de l’Occident.

Nommer un professionnel, avec de l’expérience, des qualifications et desdiplômes académiques à des postes ministériels pourrait se révéler bénéfiquepour le gouvernement et la population en général. Yaïr Lapid et d’autres jeunespoliticiens appellent à un nombre de ministres limités dans le prochaingouvernement. Voyons si, de concert avec le Premier ministre, ils oseront allerplus loin et nommer des professionnels – et non pas en termes de manigancespolitiques – aux postes de direction du pays.