Le vote du changement

Les Israéliens ont délaissé le processus de paix pour privilégier les questions de politique intérieure.

Polling booth 370 (photo credit: Reuters Amir Cohen )
Polling booth 370
(photo credit: Reuters Amir Cohen )
Après une campagne électorale relativement morne, les Israélienssont allés voter mardi 22 janvier pour transmettre aux élus politiques unmessage clair et net : une demande de changement.

Deux nouveaux venus dans la politique, Yaïr Lapid et Naftali Bennett, ont faitle plein de scrutins. Novices, ces nouvelles têtes d’affiche, promettent unenouvelle donne. La vieille garde – Binyamin Netanyahou, Avigdor Liberman, TzipiLivni, Shaoul Mofaz – en a pris pour son grade. La question est de savoirmaintenant de quel changement il s’agit. Ce que le pays réclame concerne plutôtla politique intérieure qu’extérieure.

Car si le peuple avait voulu se prononcer en matière de diplomatie et desécurité, il aurait plébiscité Tzipi Livni, Meretz ou même Kadima, autant departis qui préconisent une position différente que celle que BinyaminNetanyahou.

Livni, par exemple, souhaite reprendre les choses où elles en étaient restéesquand elle négociait avec Ahmed Qurei de l’OLP. Les résultats des élections etle petit nombre de sièges remportés par la candidate ont montré que personnen’était intéressé par cette idée.

Les voix se sont plutôt portées sur Lapid, Shelly Yachimovich et Bennett. Or,aucun de ces candidats – pas même Bennett, souvent labellisé comme un candidatd’extrême-droite – n’a mené sa campagne sur des thèmes de politique extérieure.

Les trois candidats ont mis l’accent sur la nécessité de régler les problèmesintérieurs : Lapid pour une égalité en ce qui concerne le service national etles impôts ; Yachimovich pour un niveau de vie plus abordable ; et Bennett pourune baisse du coût de la vie et le renforcement des valeurs juives etsionistes. Si ce dernier a fait campagne pour des logements moins onéreux, iln’a pourtant pas réclamé plus de constructions en Judée-Samarie (alors qu’iln’y est pas du tout opposé).

Ces revendications en disent long sur la situation du pays aujourd’hui et surl’urgence d’un changement. Un premier signe en est le pourcentage des votants,66 %, un peu plus élevé, qu’aux dernières élections, où il était de 64,72 %. Al’opposé de ce que beaucoup prétendaient, le pays n’est ni apathique nidésengagé. Il est même, tout le contraire, engagé et préoccupé.

Un pays mature

 Cet électorat intéressé par les questions de politiqueintérieure est pourtant très conscient des défis et problèmes extérieursauxquels le pays est confronté : de l’Iran, qui appelle à la destructiond’Israël, à l’Egypte, dont le Président traite les Juifs de singes et de porcs,en passant par une Syrie qui s’effondre, et une autorité palestinienne qui sedésintéresse d’une résolution du conflit. Alors pourquoi les Israéliens ont-ilsvoté pour des candidats qui ont mis ces questions au second plan ?Considèrent-ils qu’elles sont moins importantes qu’elles ne l’étaient en 2009 ?Si, par son actualité et son urgence, la politique étrangère est toujoursprésente dans les esprits, le regard porté sur elle s’est modifié. Avec letemps et l’expérience, les Israéliens semblent n’être plus naïfs. Ils croyaientqu’avec le retrait de la bande de Gaza, la paix viendrait naturellement. Unedeuxième Intifada et les résultats désastreux de cette action leur ont ouvertles yeux.

Ils se sont finalement rendus compte que des forces agissent de l’autre côtédes frontières du pays – l’Egypte, la Syrie et l’Autorité palestinienne – sur lesquellesils n’ont pas prise. Le printemps arabe a mis Israël dans une positiondifficile : des événements dramatiques extérieurs se sont déroulés à ses portessans qu’il n’ait aucun moyen d’agir ni d’influer d’une manière quelconque surle cours des choses.

Par contre, dans le domaine des affaires intérieures, les citoyens se sontaperçus qu’ils ont un rôle à jouer. Le score surprenant de Lapid et lapossibilité d’une coalition sans la participation des partis ultra-orthodoxesmontrent que si les électeurs ne peuvent intervenir sur les événementsextérieurs, ils le peuvent certainement sur le plan intérieur.

Les résultats de mardi indiquent clairement qu’Israël se tourne vers lui-même,mais pas dans un sens isolationniste.

Ce vote pour un changement au niveau national reflète la position d’un paysenfin mature. Les Israéliens acceptent finalement qu’il y ait des choses qu’ilsne peuvent changer.

Ce découragement passager a favorisé une nouvelle perspective et un nouveaudépart : les électeurs luttent enfin pour des causes et des combats tout aussiimportants et qui ne dépendent que d’eux. La question est maintenant de savoirsi les nouveaux élus politiques sauront les mener et les remporter.