Les héritiers

Qui sera le prochain Premier ministre ? 10 candidats qui pourraient remplacer Binyamin Netanyahou…

P5 JFR 370 (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)
P5 JFR 370
(photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)

Questions dedynastie. Le 22 juillet dernier, après la naissance de Son Altesse royale leprince George Alexandre Louis de Cambridge, les commentateurs israéliens sesont précipités sur les réseaux sociaux pour se dire jaloux des Britanniques :les sujets de Sa Majesté n’ont pas de souci à se faire, ils connaissent d’oreset déjà leur 3e héritier du trône. Et d’ajouter, moqueurs, qu’eux-mêmes n’ontpas ce privilège car ils ne savent pas qui arrive en 3e position après lePremier ministre Binyamin Netanyahou et son épouse Sara.

La semaine dernière, la hernie de Bibi opérée en urgence prêtait moins au rire.Certes, le Premier ministre n’est demeuré inconscient que quelques heuresdurant, mais la procédure médicale a rappelé aux uns et aux autres que, bienqu’en bonne santé, à 63 ans, le « roi Bibi », ainsi couronné par le Timemagazine, n’a pas encore d’hériter légitime.

Contrairement à l’ancien Premier ministre Ariel Sharon, qui avait nommé EhoudOlmert Vice-Premier ministre, Netanyahou a pris soin de ne jamais désigner dedauphin. Le ministre de la Défense Moshé Yaalon a assumé l’intérim durant sonopération, mais 3 autres ministres ont déjà occupé la vacance du pouvoir au coursde ces dernières années.

En matière de longévité à la tête du gouvernement, Netanyahou a déjà dépasséItzhak Shamir, détenant la seconde position derrière l’indétrônable BenGourion, premier des Premiers ministres israéliens. Mais entre les décisionsdifficiles qu’il devra prendre au cours des négociations avec les Palestiniens,relancées la semaine dernière après 3 ans d’impasse, et le continuel virage àdroite de son parti Likoud, il pourrait bien qu’il s’agisse là du derniermandat de Bibi. Ce qui pose la question de sa succession. Qui sera le prochainlocataire de la résidence de la rue Balfour à Jérusalem ? Il est trop tôt pourle dire. Voici néanmoins la liste des 10 candidats les plus probables.

Les coureurs en tête de peloton…

Moshé Yaalon, le modeste 
Yaalon a surpris envotant en faveur de la libération des détenus palestiniens à la fin du moisjuillet, alors qu’il était parmi les 3 ministres qui s’étaient opposés àl’échange de prisonniers lors de la libération de Guilad Schalit, il y a prèsde 2 ans. Le ministre a justifié sa décision par « de nombreuses considérationsd’ordre stratégique, qui seront peut-être dévoilées à l’avenir ».Considérations d’ordre étatique et non personnel. Il est certain qu’un viragegénéral au centre serait dans l’intérêt de Yaalon, qui deviendrait alors unefigure plus consensuelle. Les Israéliens ont tendance à considérer que lesmilitaires de carrière, en particulier les anciens chefs d’état-major, ont faitleurs preuves en matière de leadership. Yaalon passe cependant pour plusintellectuel et plus modeste que certains de ses prédécesseurs. Une modestiequi pourrait tout autant s’avérer un avantage qu’un inconvénient. Récemment, ilavait ainsi vu juste concernant un développement majeur au Proche-Orient. Maisau lieu de s’en gargariser et de chercher à attirer l’attention comme laplupart de ses collègues, Yaalon a demandé à la presse de ne pas parler… 

SilvanShalom, l’averti 
Shalom n’a jamais dépassé le grade de sergent à l’armée. Maisle reste de son curriculum vitae n’en impressionne pas moins. Il est ainsi leseul élu israélien, en dehors de Netanyahou et du président Shimon Peres, àpouvoir se vanter d’avoir été à la fois ministre des Finances et ministre desAffaires étrangères. Il a également été nommé aux Sciences et vice-ministre dela Défense. Il est diplômé en droit, en économie, diplomatie publique etcomptabilité. Autres atouts non négligeables : il est d’origine séfarade et aépousé l’héritière d’une des grandes familles israéliennes, Judy Nir-Mozes.

Après des années de conflit, Shalom s’est récemment rapproché de Netanyahou. Cequi pourrait en faire un hériter naturel après le départ de l’actuel Premierministre.

Guideon Saar, l’étoile montante 
Gardons à l’esprit que les militants du Likoudjoueront un rôle important dans le choix du prochain Premier ministre. Etpersonne n’est plus populaire auprès de la base du parti que Saar, qui aremporté les deux dernières primaires du Likoud. En outre, l’élu plaît autantaux électeurs de gauche que de droite. D’un côté, il s’oppose à un Etatpalestinien, mais de l’autre, il a voté pour la libération des détenus,soutient les efforts diplomatiques actuels et a été convié à s’exprimer lorsdes cérémonies officielles en la mémoire de l’ancien Premier ministre assassinéItzhak Rabin.

Son mariage avec la présentatrice de télévision Gueoula Even l’a rapproché desmasses et, dans quelques mois, la naissance de leur enfant devrait faire lesgros titres et ressembler, de près ou de loin, à un bébé royal israélien.

Moshé Kahlon, le bien-aimé 
L’ancien ministre s’est retiré de la politiquedepuis près d’un an. Mais les Israéliens n’en pensent pas moins à lui tous lesmois en ouvrant leur facture de téléphone portable. Sa réforme destélécommunications leur a permis de réduire leurs dépenses de téléphonie mobilede plusieurs centaines de shekels mensuels. Resté à l’écart du gouvernementactuel, il ne pourra pas être accusé des coupes budgétaires ni des échecsdiplomatiques.

S’il a clairement affirmé qu’il se présenterait aux prochaines élections, samauvaise relation avec Netanyahou lui fera sans doute choisir un autre partique le Likoud. Son origine séfarade et modeste devrait lui être utile, toutcomme son éternel sourire.

Yaïr Lapid, l’incompris 
Il ne faut jamais enterrer quelqu’un trop vite enpolitique. Les commentateurs ont été nombreux à le déclarer mort ces derniersmois, et ils ont raison d’affirmer que la popularité de Lapid ne grimpera pasdans les semaines à venir, tandis que ses coupes budgétaires se feront de plus enplus ressentir. Mais les Israéliens sont connus pour avoir la mémoire courte.Si l’économie reprend bel et bien comme l’actuel ministre des Financess’évertue à le répéter, les électeurs finiront par lui en être reconnaissants.Lapid a encore beaucoup de temps devant lui avant la prochaine élection etd’ailleurs, il aura largement son mot à dire quant à la date du futur scrutin.

Côté diplomatique, il a su entamer l’inévitable virage à droite nécessaire pourse faire apprécier et il possède certainement le plus de charisme parmi lesfuturs candidats du centre-gauche. Il a donc le plus de chances de l’emporterdans le camp du centre.

Isaac Herzog, le second 
Le sort du parti Avoda aux prochaines électionsgénérales pourrait bien se décider d’ici la fin de la semaine. C’est-à-direquand Herzog annoncera s’il se présente aux primaires travaillistes du 21novembre prochain. L’élu ne devrait se lancer dans la course que s’il parvientà convaincre tous les concurrents de la présidente du parti Shelly Yachimovichde ne pas se présenter et de le soutenir. Mais il lui sera très difficile debattre sa rivale si ses opposants restent divisés.

En cas de victoire d’Herzog aux primaires travaillistes, le parti pourrait bienregagner une partie des électeurs qui ont donné leur voix aux autres partis decentre-gauche lors des dernières élections, rebutés par la personnalité deYachimovich. Ainsi, si les électeurs de Yesh Atid ne se remettaient pas de leurdéception envers Yaïr Lapid et que le Likoud présentait un candidat moyen, lefils de l’ancien président Chaïm Herzog pourrait alors devenir le prochainPremier ministre.

Shelly Yachimovich, la tenace 
La travailliste fait partie de la liste car elleest à la tête du 3e plus grand parti, et, en tant que chef de l’opposition, sacandidature est citée dans les motions de censure déposées à la Knesset. Resteque Yachimovich a encore un long chemin à parcourir avant d’être considéréecomme une candidate sérieuse à la direction du pays.

Un chemin sur lequel elle a pourtant avancé ces derniers temps. Elle se faitentendre sur les questions diplomatiques, rencontre des dignitairesinternationaux tels que le secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon et doits’exprimer à la prochaine conférence de J-Street à Washington le mois prochain.Elle a également usé de tactiques politiciennes pour prendre le contrôle desinstitutions de son parti et donner beaucoup de fil à retordre à quiconqueessaierait de la détrôner. Le grand public pourrait se révéler autrement plusdifficile à conquérir, mais Yachimovich n’en possède pas moins une faiblechance.

Tzipi Livni, la revenante 
Tout comme Lapid, on la donne finie. Les sondagesactuels lui prédisent même de ne pas dépasser le seuil parlementaire auprochain scrutin. Mais si la ministre de la Justice parvient à convaincre lessceptiques en signant un accord avec les Palestiniens qui obtiendrait lamajorité lors d’un référendum populaire, alors sa cote rebondiraitimmédiatement et le camp de centre-gauche pourrait se rassembler derrière elle.

Ehoud Olmert, la fine lame 
Même s’il était acquitté de tous les chefsd’accusation qui pèsent encore contre lui, Ehoud Olmert ne se débarrasserajamais de son image de corrompu. Reste qu’il ne serait pas le premierpoliticien à faire un retour inédit.

Les bonnes relations d’Olmert avec de nombreux décisionnaires israéliens, quelque soit leur bord politique, pourraient en outre l’aider à rassembler lecentre-gauche mieux que tout autre. Il pourrait alors fédérer une équipe degagnants, comme Kadima en son temps, et tenter de récupérer son ancien job.

Shimon Peres, l’éternel 
Aucune liste de ce genre ne saurait être complète sansle président Shimon Peres. Longtemps après que celui-ci reposera au mont Herzl,ses adversaires continueront de craindre son retour… Peres a exclu de reveniren politique à la fin de son mandat présidentiel, à l’été prochain. Mais s’ilétait suffisamment sollicité par des éléments dans sa famille politique, ce neserait pas la première fois qu’il briserait une promesse dans sa longue carrièrepolitique. D’ailleurs, même si les élections se tenaient en novembre 2017, cequi est peu probable, Peres n’aura que 94 ans. Et le président a-t-il jamaisvraiment pris de l’âge ? 

Et les autres… 

Gabi Ashkénazi, le perdant ? 
L’affaireHarpaz a récemment pris une nouvelle ampleur, portant un coup aux ambitions del’ancien chef d’état-major. Ambitions que son ennemi juré et ancien Premierministre Ehoud Barak est bien décidé à contrer. Cela se présente mal pour GabiAshkénazi.

Avigdor Liberman, l’oublié ? 
Idem pour l’ancien ministre des Affairesétrangères, qui attend toujours d’être blanchi dans son procès pour corruptionet abus de confiance. Les nouveaux députés du Likoud s’opposeront à toutefusion entre Israël Beiteinou et le parti de la majorité. Même acquitté,Liberman ne devrait pas bénéficier du soutien d’un grand parti pour seprésenter.

Yaïr Netanyahou, l’héritier ? 
N’en déplaise au Time magazine, Israël n’est pasune monarchie. L’aîné des Netanyahou vient d’achever sa première année àl’Université hébraïque. Il s’est montré très actif au sein d’associationsétudiantes de droite et partage les opinions de son père, dont il a hérité ducharisme. Il aurait même fait le vœu de se lancer dans la vie publique… Mais ilfaudra sans doute encore attendre quelques années avant de penser qu’il puisseun jour marcher dans les traces de Netanyahou père.