Partis sectoriels

Mieux comprendre les partis arabes et religieux.

Ovadia Yosef Shas campaign launch 370 (photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)
Ovadia Yosef Shas campaign launch 370
(photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)
Un vent nouveau dans les partis arabes ?

Cinq partis arabes, dont un judéo-arabe, se partagent les voix desarabes israéliens. Ensemble, ils sont crédités approximativement de 11 à 13sièges pour la prochaine Knesset. Une nouvelle formation arabe chante un airtrès différent des anciens partis, celui de « l’espoir du changement »(ha-tikva lechinoui). Pourtant, le moral des troupes est au plus bas.

Atef Krenawi, leader du parti naissant d’origine bédouine, prend un tournantnovateur. Au lieu de revenir sur la situation économique difficile des Arabesisraéliens, il décide de regarder dans le miroir et retrousser ses manches pours’attaquer aux problèmes communautaires : le crime, les violences conjugales etle chômage, critique chez les Arabes israéliens. En filigrane, le projet avouédu chef : intégrer les Arabes israéliens dans le système par un service civilobligatoire, qui remplacerait l’armée. Krenawi, qui joue la carte de laconciliation, annonce publiquement vouloir s’allier avec le gouvernement aupouvoir, même si le Likoud- Beitenou venait à être réélu. Un parti pro-«citoyens » comme il le laisse entendre, et qui veut renouveler la crédibilitédu vote arabe dans l’hémicycle de l’Etat hébreu.
Selon lui, les autres partis se contentent de faire du « bruit ».

L’Espoir du changement se dit tributaire du « Printemps arabe ». Selon unrécent sondage mené par l’Université de Haïfa, 67 % des arabes israéliens nefont pas confiance aux partis arabes. Quels sont-ils ? Hadash, acronyme pourHaHazit HaDemokratit LeShalom VeLeShivion (Front démocratique pour la paix etl’égalité), le plus connu des partis arabes, est aussi un parti communiste.

Certains juifs israéliens votent pour ce parti éclectique dont la principalerevendication tient dans le retrait des territoires disputés et la protectiondes travailleurs.

Raam-Taal, ou la liste arabe unifiée (à ne pas confondre avec un ancien partidu même nom), est représenté par 4 députés à la 18e Knesset. Cette listecommune, dirigée par le Sheikh Ibrahim Sarsur, préconise la création d’un Etatpalestinien avec Jérusalem-Est comme capitale, selon les frontières de 1967.

Un autre parti, du nom de Balad, est connu pour les esclandres répétés d’une deses membres : Haneen Zoabi.

La députée avait par exemple soutenu la flottille turque du Mavi Marmara, venuebriser le blocus de Gaza. Le comité central des élections avait d’ailleursdécidé de l’exclure de la course électorale, pour son antisionisme assumé. Maisla Haute Cour de Justice l’a remise en lice. Non contente de sonrétablissement, Zoabi avait ironisé, lors d’une interview donnée à la radio del’armée : « Cela ne veut pas dire qu’Israël est 100 % démocratique »… Enfin,dernier coup d’éclat du parti, le 8 janvier dernier : Balad comptait présenterau pays un clip qui a été censuré. Motif : il représentait Avigdor Liberman etd’autres acolytes du Likoud-Beitenou en danseuses du ventre, chantonnantl’Hatikva, l’hymne national, sur des rythmes orientaux.

Du religieux à l’ultra-religieux 

Les divisions religieuses se font ressentirsur l’échiquier politique : il existe (presque) autant de partis que decourants internes au judaïsme… 
Le Shas, et son chef spirituel, le célèbrerabbin séfarade Ovadia Yossef, possède 11 sièges dans l’actuelle Knesset. Unchiffre qui devrait se maintenir.

Cependant, le parti devra affronter de nouveau défis : celui de NaftaliBennett, qui « rajeunit » le vote religieux.

Le Shas incarne l’opposition formelle à tout changement halakhique et à touteévolution moderne de la religion. Parmi les revendications du parti, son fer delance : empêcher de légiférer sur les transports le shabbat, contester lesconversions « achetées », et assurer une politique maritale selon la Courrabbinique.

Récemment, Arié Déri, un des trois hommes du triumvirat à la tête de Shas –avec Eli Yishaï et Ariel Attias – longtemps embourbé dans des scandalespolitiques, a conduit le parti vers de nouveaux horizons, annonçant ses vuessur le processus de paix israélo-palestinien. Des accords à long terme avecl’autorité palestinienne seraient donc au programme. Selon Déri : Israël devrase retirer des territoires disputés sans pour autant évacuer les avant-postes.

Un plan déjà entendu de la part des leaders de centre-gauche comme Shaoul Mofazet Ehoud Barak, mais jamais de la part d’un chef religieux de droite. Déri à cepropos objecte : « Nous ne sommes pas nationalistes, nous demandons aux rabbinsquoi faire et nous le faisons. Israël est à nous car Dieu nous l’a donné. Je nepense pas être un occupant ». En 1993, Ovadia Yossef avait pourtant refusé designer les accords d’Oslo. Eli Yishai, nommé numéro 1 du parti le 7 décembre2012, a, lui, apporté une teinte davantage de « droite » que le modéré Déri.

Le 10 janvier, Yair Lapid mettait les choses au point. Même s’il insiste pourse démarquer de son père, l’anticlérical Tommy Lapid, le leader de Yesh Atid adéclaré qu’il lui serait quasiment impossible de siéger dans une coalition avecShas.

Sa condition sine qua non pour entrer dans la coalition : l’égalité totale dufardeau militaire.

Pour son slogan, le parti Shas a fait un choix peu commun : « Seul un Shas forts’occupera des faibles », puis « Seul un Shas fort empêchera l’assimilation »,tour à tour associé à des photos de Netanyahou et de Liberman. Likoud-Beitenouest, selon les mots de Déri, un parti de « russes et de blancs ». Taxé depropos racistes, le politicien a dû proférer des excuses et revenir sur sespropos.

Le parti espère conserver le portefeuille de la Construction et du Logement.

Plus populaire qu’Ovadia Yossef 

Parmi les raisons avancées par le rabbin HaïmAmsellem pour expliquer sa scission d’avec le Shas d’obédience séfarade : latendance à l’ashkénaïsation du parti d’Ovadia Yossef. Il a ainsi fait le choixde former son entité «Am Shalem» (un pays entier) qui se distingue du Shas ausujet de l’armée et préconise le service militaire et civil et l’intégrationsur le marché du travail des religieux. Am Shalem a perdu son numéro 2, DovLipman, au profit du parti de Yair Lapid, ainsi qu’Eleazar Stern, ancien chefd’état-major, pourtant annoncé sur les listes précédemment.

Malgré les 9 noms présentés par le parti, il est peu probable qu’il dépasse 3sièges. Par contre, 2 magnats de la hi-tech ont rejoint les bancs du parti,Moshé Zarfati et Reuven Agassi.

Haim Amsellem, résume en quelques mots ses objectifs : « Ramener un Judaïsmemodéré et beau au peuple juif… un judaïsme sioniste et nationaliste, unjudaïsme de la Torah et un mode de vie, celui aussi qui sert à l’armée… et quiaccepte ceux qui sont différents ».

On le dit plus populaire dans les sondages qu’Ovadia Yossef.

Les dernières enquêtes le créditent de 7 % d’intentions de vote.

Politique ou religion ? 

Koulanou Haverim, ou le parti des Breslev, est pour sapart légèrement en retrait. Ses revendications religieuses tournent autour desadeptes du « Na, Nah, Nahma, Nahman méouman ». Comme le souligne Sharon Campo,à la tête de la formation, les députés feront comme n’importe quel député, ilssiégeront à la Knesset, et ne se contenteront «pas uniquement» de danser etsautiller sur des airs endiablés.

Judaïsme de la Torah Unifiée (JUT) ou «Yahadout hatorah» est un parti binaire.Il rassemble la branche hassidique (habad) : Agoudat Israël ; et la brancheharedie (ultraorthodoxe) : Degel hatorah. Ils font front ensemble depuis 1992,remportant 5 sièges dès leur première candidature.

Agoudat Israël est né en 1912 pour représenter successivement tous lesimmigrants religieux venant de Pologne. Degel Israël voit le jour plus tard, en1988.

Les représentants des partis ne suivent pas les décisions du gouvernement. Leurbut initial est de promouvoir les intérêts du secteur orthodoxe et de maintenirla « judéité » de l’Etat. Le numéro 1 sur la liste est Jacob Litzman. Le slogandu parti, simple et réunificateur, qui semble pourtant ignorer un pourcentageimportant de citoyens israéliens : « Nous sommes tous haredim ».

Netzach ou « éternité » est une faction du parti ultraorthodoxe JUT, ou plusprécisément de la branche haredie Degel hatorah, qui a fait scission cetteannée suite aux guerres intestines nées à la mort de leur chef spirituel, lerabbin Yosef Shalom Elyashiv. Le parti est considéré comme la « branche deJérusalem » du parti d’obédience lithuanienne, dirigé par le rabbin ShmuelAuerbach. Les tenants du parti naissant sont accusés de diviser les voix ultra-orthodoxes,ce qui pourrait mener à un abstentionnisme.