Politicards néophytes et/ou hommes d’affaires aguerris

Mais qui sont ces nouvelles têtes qui revigorent une Knesset mésestimée aux yeux des Israéliens ?

Naftali Bennett Facebook 300 (photo credit: Screenshot)
Naftali Bennett Facebook 300
(photo credit: Screenshot)

La 19e Knesset comptera bientôt dans ses allées des figures toutes fraîchesparmi les 120 « sages » de la grande assemblée. Des politiciens venus dessphères du privé où ils se sont brillamment illustrés soulèvent un ventd’espoir : celui de nouvelles idées en matière d’économie, de commerce etd’entreprenariat.

Ces businessmen reconvertis en politique ne sont pas tous bien connus du public: Erel Margalit, capital-risqueur, Jacob Perry, manager et homme d’affaire vétéran,Yair Shamir, entrepreneur et ancien président des Industries aérospatialesisraéliennes (IAI), et enfin, Naftali Bennett, entrepreneur et chef du partiHabayit Hayehoudi, issu de l’exparti national sioniste-religieux. Néophytesdans un système politique davantage vieillissant qu’innovant, ils apportent uncertain renouveau.

Les élections, initialement prévues pour octobre, ont été décalées au mois dejanvier, devant l’incapacité chronique du gouvernement à s’accorder sur unnouveau budget.

Face au ralentissement de l’économie, et, inversement proportionnel, au déficitbudgétaire en expansion, une lourde réduction de budget est inévitable :quelque 15 à 20 milliards de shekels seront retranchés du budget. Pourtant, lespartis en coalition ne parviennent pas à trancher sur le secteur à sacrifier,préférant mettre la question en veilleuse jusqu’aux élections.

Selon la Banque d’Israël, le PIB de 2012 a augmenté de 3,3 %, un chiffre qui,selon les estimations, devrait atteindre les 3.8 % en 2013. Ce qui représenteune hausse non négligeable par rapport aux Etats-Unis et à l’Europe. Mais cetoptimisme naissant repose principalement sur les gisements de gaz naturel deschamps « Tamar » : lors de leur exploitation, ils engendreront une hausseconséquente d’1 %, soit un quart de plus du PIB total.

Le gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fischer, qui a réduit les tauxd’intérêt en décembre, a toutefois mis en garde contre les mesures quiamèneraient le déficit budgétaire à grimper en flèche. La Banque est prudente :rien n’assure que le flot du gaz naturel sera stable. Faisant face à cesincertitudes, le gouvernement et la Knesset devront faire appel à leurexpérience, leur sagesse et leur savoir-faire innovant.

Qui sont ces « nouveaux visages » qui fourniront ces efforts ? 

Yair Shamir :ancien élève à l’Institut de management du Technion de Haïfa. Lecteur voracecomme son père, Yitzhak Shamir, ancien Premier ministre, il est un penseur horsnorme et pragmatique forcené. Chez IAI, Shamir fils a réorganisé toute lagestion, traitant avec des syndicats agités et naviguant à vue en pleinerécession économique internationale en 2008-2011. On lui doit notamment lenouveau nom de l’entreprise : Industrie aérospatiale israélienne (anciennementIndustrie d’aviation d’Israël), qui reflète le tournant nouveau et la volontéde construire des satellites dernier cri. Pilote dans l’aviation de Tsahalpendant 25 ans, jusqu’en 1988, Shamir a par la suite dirigé le groupe Scitex etElite Foods, pour enfin lancer sa propre start-up, Vcon Telecommunications (quiexploite un système de vidéoconférences). Et devenir un capitaliste-risqueurtalentueux, à la tête d’un fonds appelé Catalyst.

Numéro 4 de la liste Likoud-Beitenou, il pourrait être nommé mnistre del’Industrie dans le futur gouvernement. En tant que tel, il pourrait initier unmouvement de privatisation de l’Industrie aérospatiale, octroyant au groupe uneflexibilité accrue vis-à-vis de la gestion de son capital et des dépenses.

Il pourrait aussi être le fer de lance d’une revitalisation du Bureaud’expertises scientifiques attenant au Ministère de l’industrie et restaurerson budget amoindri sur la recherche et le développement.

Erel Margalit : numéro 10 sur la liste du parti travailliste, Margalit estrelativement « novice » en politique.

Docteur en philosophie de l’université de Columbia, il officie pendant denombreuses années au bureau du maire de Jérusalem Teddy Kollek, à la tête dudéveloppement commercial, apportant de nombreuses entreprises technologiques aucapital israélien. En 1993, il fonde la firme de capital-risque pionnière,Jerusalem Venture Partners (JVP). Il anticipe l’essor dans la technologiemédiatique qui lance 15 entrées en bourse réussies, y compris la vente deChromatis pour 4,8 milliards, à Lucent en 2000.

Avec les fonds de capital-risque rapidement en carence en Israël, Margalitapporte une expertise cruciale quant au financement et aux subventions desstart-up à la Knesset. Il pourrait notamment créer de nouvelles industries etdonc générer de nouveaux emplois à Jérusalem, comme il le faisait sous lelégendaire Kollek.

Jacob, Naftali… 

Jacob Perry : Perry sert pendant 29 ans au Shin Bet (Agence desécurité intérieure), dirigeant l’entité de 1988 à 1995.
Ex-chef exécutif de la compagnie de téléphonie Cellcom et président du conseilde la banque Mizrahi-Tfahot, il a su mener au sommet ses projets.
Perry est numéro 5 sur la liste de Yesh Atid, le parti de Yair Lapid. Si lenouveau parti centriste rejoint la coalition, Perry sera vu comme le ministreidéal en matière de communications.

Naftali Bennett : Bennett, 40 ans, est l’heureux élu du parti Habayit Hayehoudien novembre. En 1999, il lance une startup appelé Cyota, qui développe avanttout le monde un système antifraude pour cartes de crédit, vendu en 2005.
Aujourd’hui, Cyota compte 300 employés à Herzliya et 100 autres à Beersheva.

« La chose la plus importante pour les entrepreneurs est d’être laissés “enpaix” dans leur domaine sans que le gouvernement ne marche sur leursplates-bandes », estime Bennett. « Aujourd’hui, l’économie israélienne est auxmains d’un petit groupe de personnes – les gros magnats et les syndicatsinfluents. La réforme clé, selon moi, serait de libérer l’économie, afin defaciliter la tâche aux petites entreprises au sommet de la chaîne alimentaire.Car ce sont elles, les plus grosses créatrices d’emplois. Nous avons besoind’une réforme. Nous avons aussi besoin de plus de terre pour notre peuple. » «L’autorité israélienne des terres détient 93,5 % du pays. Imaginez que 93,5 %du sucre en Israël soit gardé jalousement dans une ferme et interdit au marché.Le prix du sucre grimperait en flèche. C’est la même chose pour la terre »,explique-t-il.

… Et les autres 

Pour ajouter à cette liste d’hommes d’affaires en politique :plusieurs nouveaux venus valent la peine d’être mentionnés.

Stav Shaffir, la militante sociale de 27 ans et l’une des meneuses du mouvementde protestation de 2011 occupe la 8e place du parti Avoda. Elle est sur lepoint d’être l’une des plus jeunes députées jamais élues (le plus jeune étantMoshe Nissim, élu en 1959 à l’âge de 24 ans). Shaffir, en tant que « voix » dumouvement social, sera une défense éloquente de l’équité sociale, et unereprésentante de la nouvelle génération.

Deux autres chevaux gagnants sont Moshé Zarfati et Reuven Agassi, deuxième ettroisième sur la liste du rabbin Haim Amsellem, créateur du parti Am Shalem.Agassi, avec son fils le fondateur Shai Agassi, a notamment lancé plusieursstartup.

Tandis que Zarfati, pilote et ingénieur aéronautique, affiche une expérienceimportante dans le domaine du hightech.

Bennett, Margalit, Shamir, Perry et Shaffir, ensemble avec, peut-être, Zarfati,tous de tranches d’âges très différentes, issus de milieux et de factionspolitiques divers, pourraient participer à cette revitalisation de la Knesset,qui, par ailleurs, perd de son respect auprès des citoyens israéliens.

Et pourquoi pas combler le vide apparent laissé par le départ de Moshe Kahlon,aimé ministre Likoud de la Communication, qui avait propulsé le marché de latéléphonie et de la télévision câblée par la fin d’un monopole, réduisant lesprix de façon drastique.

Au cours des élections présidentielles de 1960 aux Etats- Unis, les démocratesavaient distribué des affiches martelées du slogan : « Achèteriez-vous unevoiture d’occasion à cet homme ? », en parlant de Nixon. John F. Kennedyl’avait emporté. Le quotidien Haaretz a récemment reproduit la manoeuvre avechumour, demandant à un échantillon d’Israéliens : « A quel politicienachèteriez-vous une voiture d’occasion ? ». Plus d’un tiers a répondu : « Aucun» et seulement 9 % ont sélectionné le Premier ministre Binyamin Netanyahou.

En Israël et dans le monde, les politiciens semblent avoir perdu la confiancedu peuple. En espérant que ces nouveaux visages enfantent une « rénovation » defond de la foi et de la confiance dans le système électoral.