Portrait sans concession d’un nouveau gouvernement

ans surprise, Netanyahou n’aura pas les coudées franches et devra composer avec ses nouveaux partenaires de coalition. Passage en revue de ses grands axes de chantier.

JFR12 521 (photo credit: Reuters)
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Bravo ! Après 6 semaines d’un marathon de négociationsà couteaux tirés, le 33e gouvernement est né. La plupart des Israéliens ontdécouvert avec stupeur que les menaces qui pèsent sur l’Etat hébreu n’aurontpas empêché les élus de se livrer aux joutes politiciennes habituelles quiconsistent à se marcher dessus pour faire avancer leurs propres intérêts. Lesprincipaux vainqueurs de ce dernier round sont ceux qui ont réussi à fairetaire leurs ambitions personnelles et mis de côté leurs divergences politiques,pour trouver des compromis ; à savoir les partis Yesh Atid et HabayitHayehoudi.

L’entente d’airain entre ces jeunes loups aura pris de court le Premierministre Binyamin Netanyahou, qui tentait de les dresser les uns contre lesautres. Ils auront finalement réussi à le faire plier.

Les principaux perdants dans l’affaire sont sans conteste les ultra-orthodoxes,finalement exclus du gouvernement, en dépit des efforts extraordinaires de Bibipour leur sauver la mise. Exclusion accueillie par la majorité de l’électoratavec enthousiasme. Dénoncés par la plupart des Israéliens comme des escrocs,prêts à vendre leur vote au plus offrant, leur seul objectif aura été devouloir plier la nation tout entière à leur interprétation la plus stricte dela Halakha.

Si elles avaient été plus coopératives, davantage prêtes à accepter de partagerle fardeau de l’Etat, à encourager leurs jeunes à gagner leur vie et às’enrôler au sein de l’armée, ces communautés auraient pu éviter ce cuisantéchec. Mais elles n’ont pas cédé un pouce de terrain. Le rabbin Ovadia Yossef,leader spirituel du parti Shas, a même traité les membres du parti nationalreligieux Habayit Hayehoudi et ses dirigeants de « goyim ». En menaçant deboycotter les produits des implantations, à l’appel du parti JUT (JudaïsmeUnifié de la Torah), les ultra-orthodoxes se sont aliénés le peu de sympathiedont ils disposaient encore. Mais derrière l’apparente défaite duLikoud-Beiteinou se cache une victoire potentielle : celle de parvenir àstabiliser le pays et lui permettre de rattraper son retard économique et social.Netanyahou, alors même qu’il semble affaibli par la nouvelle donne politique,reste le maître du jeu, pour autant qu’il consente à faire avancer le pays dansle sens des réformes cruciales qui s’imposent.

Réformes toujours différées sous la pression des harédim, utilisantsystématiquement leur droit de veto.

Lapid, un véritable centriste 

L’équipe ministérielle de Netanyahou comprenddésormais un certain nombre de nouveaux talents qui ne demandent qu’às’exprimer. Malheureusement, dans certains cas, le jeu des alliances politiquesa empêché quelques-uns d’accéder aux postes qui correspondent à leurscompétences.

Parallèlement, l’accession de Yaïr Lapid aux Finances représente un risqueénorme. L’ancien journaliste est un parfait novice en économie. Assumer ceportefeuille très exposé est un coup de poker, surtout à l’heure où il hérited’un déficit budgétaire vertigineux qui nécessitera des coupes drastiques etforcément impopulaires.

Et que dire du choix du ministre des Affaires étrangères, dont la tâcheprincipale est de promouvoir efficacement l’image d’Israël ainsi qued’articuler les lignes politiques du gouvernement ? Une fonction qui nécessiteégalement un certain doigté. Surtout dans le contexte actuel où le pays doitfaire face à une hostilité mondiale exponentielle. Avigdor Liberman est unhomme politique capable, qui pourrait mériter n’importe quel ministère. Maispourquoi persiste-t-il à s’accrocher au seul portefeuille pour lequel, à tortou à raison, il est contesté par la plupart des dirigeants au monde ? Parcontre, nommer Moshé Yaalon, ancien chef de Tsahal unanimement respecté à laDéfense, va renforcer le moral des troupes et donner un signal fort auxPalestiniens, à savoir qu’ils payeront le prix, s’ils s’aventurent à reprendreles tirs de missiles ou les attaques terroristes.

Mais mieux encore, la présence de nombreux jeunes talents et l’arrivée denouveaux visages sur l’échiquier politique national sont de bon augure pourl’avenir. Pour autant que les parties se dévouent au travail à accomplir dansl’intérêt de la nation plutôt que de ferrailler pour marquer des pointspersonnels et se livrer à la promotion de leurs idéologies partisanes.

Il n’est pas à l’ordre du jour de se prononcer sur le processus de paix etl’heure n’est ni aux déclarations décisives, ni à la controverse. Mais il fautremarquer que l’arrivée du parti Yesh Atid au gouvernement (qui va contribuer àmarginaliser Tzipi Livni) devrait soulager la pression internationale exercéesur le pays. L’Etat hébreu n’est pas obstinément à droite et démontre avec lapluralité de son gouvernement qu’il est représentatif du large éventail depoints de vue et de tendances de la société israélienne.

Yaïr Lapid est un véritable centriste, engagé pour la solution à deux Etats. Cequi ne l’empêche pas d’être favorable au maintien des blocs d’implantationsdans le giron israélien, comme Ariel par exemple. Et de se positionnerclairement pour une Jérusalem indivisible. Le qualifier d’ailier gauche, c’estaller un peu vite en besogne, tant il est clair que Netanyahou trouvera en luiun allié sur bien des dossiers.

Plus personne aux crochets de l’Etat 

Car il y a fort à parier que lesPalestiniens camperont sur leurs positions et refuseront de négocier. Ou dumoins, que l’Autorité palestinienne, avec son chef Mahmoud Abbas, ne sera pasdisposée à consentir à des concessions sur les questions de fond.

Le défi le plus crucial qui se pose au tout nouveau gouvernement est derésister à la crise économique qui secoue la planète. Et d’avoir le courage demettre en place les douloureuses mesures qui s’imposent, pour éviter quel’économie israélienne ne s’effondre et suive la mauvaise pente des payseuropéens en pleine débâcle.

Il faut également profiter de cette occasion historique pour trancher sur lesquestions restées en suspens. En particulier, tâcher d’harmoniser la relationentre la religion et l’État. Le partage des charges pour la sécurité du paysest un sujet particulièrement sensible. Un compromis relatif a été atteintquant au service national.

La mise en place d’un service militaire obligatoire pour tous se fera parétapes sur les cinq prochaines années.

Seuls 2000 étudiants de yeshiva seront exemptés du service militaire etbénéficieront de subventions. Plus important encore, l’ensemble du systèmeéducatif religieux et subventionné aura pour obligation d’intégrer à sonprogramme des matières profanes, comme les mathématiques, l’anglais,l’éducation civique et l’histoire.

Ceci dans le but de former de futurs citoyens, capables de s’intégrer au mondedu travail et de subvenir à leurs besoins.

Il est grand temps qu’une partie de la population cesse de vivre aux crochetsde l’Etat sans avoir à partager le fardeau de l’armée. Les harédim doivent biensûr être traités avec tolérance et respect. Mais il n’y aura plus decitoyenneté à deux vitesses. Pour bénéficier des mêmes droits, ils devrontaussi partager les mêmes devoirs que les autres citoyens.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis des décennies, il y a plus de députésdu courant sioniste religieux à la Knesset que de députés orthodoxes. Le partiHabayit Hayehoudi a la possibilité de renverser la vapeur en matière dejudaïsme : promouvoir l’intégration plutôt que pratiquer le rejet.

C’est la fin de la toute puissance des harédim et de leur mainmise sur lesinstitutions religieuses, comme le Grand Rabbinat. La promotion de rabbinssionistes aux fonctions de l’Etat devrait rendre le judaïsme plus ouvert etplus accessible aux Israéliens non pratiquants. Des rabbins éclairés auront lacharge de statuer avec compassion en matière de conversion, de mariage et dedivorce, et d’infléchir tous les secteurs de la vie privée. Ils auront pourmission de pratiquer un judaïsme plus fédérateur.

Quatre années critiques

Il sera du devoir de ce gouvernement de modifier lesystème électoral et de réduire le nombre de partis au sein du spectrepolitique. Une nouvelle méthode de sélection des députés serait bienvenue afind’éradiquer le système actuel des primaires, qui favorise les pratiques decorruption et exacerbe les tensions entre la classe politique et l’électorat.

Certes, Lapid a choisi de nouveaux élus de qualité pour siéger à la Knesset. Iln’y a pas de modèle démocratique parfait.

Mais les députés ne devraient pas être simplement recrutés selon lespréférences individuelles des dirigeants du parti.

Une structure devrait être mise en place, pour que des comités élus soientensuite à même de présélectionner les candidats, ceci afin d’éviter les abus etla corruption, favorisés par ces primaires. Il faudrait également favoriser unarrangement, selon lequel la majorité des membres de la Knesset devraitdirectement avoir à répondre aux électeurs, plutôt qu’aux chefs de parti.

Netanyahou doit maintenant se concentrer sur l’intérêt national et la gestionéclairée du pays, en mettant de côté toute politique partisane. Il ne devraitpas se préoccuper de la prochaine élection. Il a quatre années critiques devantlui, où des décisions fondamentales concernant l’avenir d’Israël devront êtreprises à bras-le-corps.

Il est à espérer qu’il arrivera à convaincre sa coalition de tourner le dos aupassé, pour se concentrer sur l’élaboration de stratégies à long terme,concernant le processus de paix ou la mise en oeuvre de réformes attenduesdepuis longtemps, sur les plans économique, social et électoral.

S’il y parvient, il laissera un riche héritage aux générations futures, quipourront le classer parmi les plus grands chefs d’Etat qu’aura connu la nation.Mais pour y parvenir, il doit se résoudre à mettre de côté les querellespolitiques sordides et se mettre exclusivement au service de l’intérêtnational. S’il omet de le faire, la durée de vie du nouveau gouvernement seradangereusement hypothéquée.