Rapport du contrôleur d'Etat: défaillances pointées.

Système de santé, droits des mineurs, intégration des émigrants éthiopiens… Le nouveau contrôleur d’Etat Joseph Shapira se montre implacable dans son premier rapport annuel.

JFR P6 370 (photo credit: Porte-parole de la Knesset)
JFR P6 370
(photo credit: Porte-parole de la Knesset)

L’Etat passé au crible. Mercredi 8mai, le nouveau contrôleur d’Etat a présenté son premier rapport annuel auprésident de la Knesset Youli Edelstein. Et pour la première fois, son résuméétait également disponible en arabe. En guise d’introduction, Shapira a rappelés’être fixé pour tâche de « lutter contre la corruption publique » et de «sonder en profondeur les problèmes socioéconomiques qui ont un impact profondsur la population israélienne ». Des problèmes qui ne sont pas qu’internes,souligne Shapira, et qui « ternissent parfois l’image de l’Etat d’Israël àl’étranger ».

Intégration des Ethiopiens 

Le rapport stipule qu’en dépit d’indéniables effortsfournis par le gouvernement, l’intégration de la communauté éthiopienne laissetoujours à désirer. Près de 120 000 Israéliens d’origine éthiopienne viventaujourd’hui dans l’Etat hébreu, soit 1,5 % de la population. Malgré la créationd’un plan spécifique en 2008, de nombreuses différences séparent toujours cesimmigrants des autres citoyens.

Ainsi, en matière d’éducation supérieure, seuls un petit nombre d’Ethiopienssont admis dans des programmes pré-universitaires et leur taux de décrochage,une fois à l’université, est plus élevé que la moyenne.

La communauté est également moins représentée dans la fonction publique et chezles élus. Pour répondre à ces difficultés, Shapira préconise la création d’unorganisme unique dédié à cet effet, en vue d’une action globale.

Droits des enfants 

Point particulièrement sensible, selon le rapport, l’Etatd’Israël ne respecte pas sa propre loi dite de l’enfant, ainsi que laconvention de l’ONU sur les droits de l’enfant, concernant les mineurs qui nepossèdent pas la nationalité israélienne. Ces violations touchent près de 210000 personnes, selon Shapira, ce qui dépasse le cas particulier des enfantsd’immigrants africains illégaux.

En ligne de mire, les conditions de détention de certains mineurs (une vision «qui brise le coeur », selon le contrôleur), et une décision prise en 2009 parle ministère des Affaires sociales de ne pas porter assistance aux enfantsétrangers, sauf en cas de danger explicite (ce qui ne comprend pas unesituation financière précaire, par exemple), contrairement à la loi en vigueurpour les mineurs israéliens.

Système de santé 

Plus de 18 ans après l’adoption de la loi sur l’assurance desanté nationale (Bitouach Leoumi), l’Etat manque d’une vision d’ensemble etd’objectifs mesurables pour garantir la santé des Israéliens, note le rapport.Et de pointer les nombreux problèmes dus à la privatisation du système desanté. En outre, les infections nosocomiales (contractées dans les hôpitaux)seraient responsables de 4 000 à 6 000 décès par an.

La forte concentration de malades soignés aux antibiotiques dans lesétablissements sanitaires génère en effet une prolifération de bactéries particulièrementrésistantes, nécessitant des traitements plus puissants. Pour Shapira, il estnéanmoins possible d’endiguer le phénomène et de sauver plusieurs milliers devies par an.

Enfin, le rapport note également des « écarts notables » dans la qualité etl’accessibilité des soins entre le centre du pays et la périphérie.

Le contrôleur d’Etat ne s’arrête pas là, soulevant une série de défaillancesdans des domaines aussi variés que le système scolaire, la gestion des servicespublics et des autorités locales, le service des conversions, la rigueurbudgétaire du ministère des Finances (voir ci-dessous), le traitement desplaintes pour harcèlement sexuel dans le système universitaire et l’avancementdes femmes dans le sport de haut niveau. Le gouvernement a de quoi faire.

29 milliards de shekels évanouis dans la nature 

Le ministère des Finances anotamment accordé de nombreux prêts immobiliers qui demeurent non remboursés.

29 milliards de shekels. Une somme à donner le tournis dont leministère des Finances aurait plus ou moins perdu la trace, selon le rapport ducontrôleur d’Etat, Joseph Shapira. Le ministère ne se fierait ainsi qu’auxformulaires de prêts pour opérer le suivi des emprunts accordés directement, ouvia le système bancaire. Et le contrôleur de préconiser un audit externe dansles plus brefs délais.

Beaucoup de ces emprunts sont des prêts immobiliers.

Rien que sur les prêts accordés via le département des implantations del’Organisation sioniste mondiale, les efforts ont été insuffisants pour assurerle remboursement de quelque 813,6 millions de shekels sur les 7 dernièresannées.

Le rapport révèle également que, depuis 2001, le ministère n’a pas réclamé plusde 300 millions de shekels en intérêts et 324 millions d’amendes pour retardsde paiements. De plus, il s’avère que les taux d’intérêt et les lignesdirectrices des emprunts accordés par les ministères des Finances et duLogement ne sont pas à jour et ne correspondent pas aux conditions économiquesactuelles. Résultat : certains candidats éligibles à la mashkenta (prêtimmobilier) profitent de réductions dont ils pourraient se passer, tandis queles prix de l’immobilier continuent de grimper.

Un constat sans appel dont le ministre des Finances, Yaïr Lapid, aux prisesavec un budget des plus difficiles à faire passer, se serait sans doute passé.