Une minute pour convaincre

Les clips de campagne officiels sont désormais diffusés tous les soirs à la télévision. Arrêt sur image.

Labor party supporters watch election ads 300 (photo credit: Shai Skiff)
Labor party supporters watch election ads 300
(photo credit: Shai Skiff)
Trois fois par jour. Jusqu’au 21 janvier, les clipsofficiels de campagne seront diffusés chaque soir, d’abord sur Aroutz 10 (à 18heures), puis Aroutz 1 (22 heures) et enfin Aroutz 2 (23 h 15), du dimanche aujeudi. Le temps d’antenne est alloué en fonction de la taille des partis à laKnesset sortante, tandis que les nouvelles plateformes se voient accorder untemps unique. Diffusés à la chaîne, sur près d’une heure et demie, les clipsdoivent capter l’attention des spectateurs en quelques secondes. Retour sur lemeilleur et le pire de cette fournée 2013.

Le Likoud-Beiteinou, fort de ses 42 mandats actuels, dispose du plus long tempsd’antenne. Ses publicités font la part belle au Premier ministre BinyaminNetanyahou, et notamment à ses discours en anglais à l’étranger. Messagesubliminal : lorsque Bibi parle, on l’écoute. Jugés répétitifs par certains,les clips reprennent le slogan qui avait fait gagner Netanyahou en 1996 («Shimon Peres divisera Jérusalem ») pour attaquer Tzipi Livni (« Livni est prêteà diviser Jérusalem »).

Les Travaillistes ont voulu se focaliser sur des messages positifs, plaçantsimplement les candidats face à la caméra pour évoquer leur idéologie. Lemessage de Stav Shaffir et d’Itzik Shmuly, deux leaders de la contestationsociale en 2011, cherche à faire le lien entre le mouvement et le parti Avoda.Les apparitions de Shelly Yachimovich semblent néanmoins contradictoires cardans l’une des vidéos, elle déclare être féministe depuis l’âge de 8 ans,lorsque l’une de ses professeures l’a choquée en déclarant que la place de lafemme était à la maison. Mais dans l’autre, on la voit cuisiner en évoquant sonamour pour ses enfants.

Egalement jugé décevant : le choix de Yesh Atid d’utiliser son temps d’antenne,essentiellement consacré à une critique de Netanyahou par Yaïr Lapid et diffusédeux fois, à l’identique. Les excellentes méthodes de communication del’ancienne star du petit écran avaient sans doute créé de plus hautes attentes.

Parmi les clips qui se démarquent, on peut noter le message d’Otzma LeIsraël,où les députés religieux Arié Eldad et Michael Ben-Ari parlent uniquement enarabe, afin d’évoquer les devoirs citoyens de la communauté arabe israélienne.

Provoquant sans doute, mais efficace.
A saluer également, l’humour d’Habayit Hayehoudi, qui se moque des clichésgénéralement véhiculés dans les clips de campagne et du parti Vert, qui a misen scène une femme bronzant au milieu des déchets. Enfin, les messages d’EretzHadasha (petit parti de lutte anticorruption) parviennent également à capterl’attention en dénonçant une connivence « mafieuse » entre Netanyahou et leprocureur général Yehouda Weinstein, et en promettant d’autres révélations àvenir.

Shas crée le buzz

Le parti orthodoxe fait parler de lui. Jeudi 10 janvier, 3e jour dela diffusion officielle des clips de campagne, la vidéo de Shas sur laconversion ne figurait plus à l’antenne. La commission centrale des électionsa, en effet, reçu de nombreuses plaintes à son sujet. Le clip attaque lesystème de conversion au judaïsme en vigueur dans le pays en mettant en scèneMarina, une grande blonde à l’accent russe caricaturalement prononcé quiappelle le « 3615 conversion » et obtient son certificat par fax, quelquessecondes avant d’épouser son fiancé, un Israélien d’allure séfarade, qui tombedes nues en découvrant la manoeuvre.

La publicité de Shas a immédiatement été décriée comme « raciste » par lespartis Avoda et Yesh Atid. « Il est difficile d’imaginer que dans l’Israël de2013, on puisse présenter en des termes aussi simplistes un sujet aussicompliqué et douloureux que la conversion et donner la parole à des opinionsaussi obscurantistes, sur le dos du contribuable », s’est ainsi indigné lecandidat travailliste Nino Abesadze (ancien Kadima).

Le juge Elyakim Rubinstein, à la tête de la commission électorale, a déclarémercredi 9 qu’il y a avait « en effet un sentiment général d’offense » suite auclip, qu’il était donc « bon de le retirer au nom de la bonne entente ».

Par ailleurs, l’association pour la liberté de culte, Hiddoush, a saisi lacommission en demandant que le mentor spirituel de Shas, le rabbin OvadiaYossef, cesse de donner des sermons à la radio Kol Barama, au motif qu’ils’agit d’un temps de campagne non décompté et illégal.