Une politique de proximité

Le mouvement Yeroushalmim est en lice pour les municipales de Jérusalem. Entretien avec Fleur Hassan Nahoum, une de ses membres.

P17 JFR 370 (photo credit: DR)
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FleurHassan-Nahoum est originaire de Gibraltar. La jeune femme qui a fait son aliyade cette étrange enclave anglaise, brigue aujourd’hui le conseil municipal deJérusalem sur les listes du parti Yeroushalmim.
Le parti présente six candidats aux municipales, après n’avoir occupé qu’unsiège au sein du dernier conseil. Pour Nahoum, cette liste affiche la grandediversité de ses membres, qui se sont illustrés au service de la communauté defaçons très différentes. Elle espère que le parti obtiendra autant de siègesque possible, pour peser davantage sur l’avenir de Jérusalem. « A voir ce quenous avons réussi à obtenir avec un seul siège, qu’en sera-t-il avec plusieurs? », demande-t-elle.
Pour cette formation qui se définit elle-même comme « le parti de ses habitants», Nahoum qui vient de fêter ses 40 ans à Rosh Hashana, apparaît comme lahiérosolymitaine du coin, mais avec un curriculum vitae diablementimpressionnant.
Elle parle couramment espagnol, anglais et hébreu, a étudié le droit à Londresoù elle a également exercé avant de s’investir dans le secteur à but nonlucratif.
Après avoir travaillé dans les ressources humaines pour le Comité conjoint dedistribution juif américain (le Joint), elle développe le département desrelations internationales pour l’ONG Tikva Children’s home basé à New York, quivient en aide aux orphelins nécessiteux en provenance de l’ex-Union soviétique.Aujourd’hui elle offre ses services à des organisations et des individus quifont appel à elle pour formuler leurs requêtes et exerce au sein de LS MessageExperts, une entreprise de consulting.
Un héritage de choix
Lorsqu’elle est approchée pour rejoindre le parti, ajouterla politique à son palmarès ne lui demande pas un gros effort d’imagination etla voir embrasser cette carrière, vu sa lignée prestigieuse, n’est pas trèsétonnant.
Côté paternel, la famille expulsée d’Espagne durant l’Inquisition s’étaitréfugiée dans les îles Baléares. Côté maternel, ils sont originaires du Maroc. Sonpère, Joshua Hassan, devient en 1964, le premier Premier ministre de lacolonie. Il fera campagne pour faire obtenir aux citoyens de Gibraltar le droità l’autodétermination. Lors du référendum de 1967, une écrasante majorité de lapopulation choisi de rester dans le giron Britannique. Hassan joue alors unrôle majeur dans l’élaboration de la Constitution de 1969, qui défend lesdroits démocratiques des citoyens pour leur éviter d’être maintenus sous latutelle d’un autre pays sans leur consentement.
Nahoum décrit le rôle joué par son père en politique avec une grandesimplicité, ce qui permet de mesurer combien les siens ont mis un pointd’honneur à lui transmettre l’humilité cultivée dans la famille. « Mon pèrevoulait à tout prix que nous grandissions comme tout le monde », confie Nahoum.L’égalité entre les individus était une valeur chère à ses yeux et il nepensait en aucun cas que sa fonction lui conférait une quelconque supériorité».
Avec son anglais chantant, Nahoum raconte ce qui rend Jérusalem si spéciale àses yeux : elle comptabilise des milliers d’années d’histoire, mais c’est aussiune ville moderne en constante évolution, et elle est le cœur du pays. « Cen’est pas une immense capitale », dit-elle. « On peut y rencontrer uneconnaissance à chaque coin de rue. Mais chaque quartier est unique, avec unevie propre. » Nahoum a emménagé à Jérusalem à l’âge de 13 ans, au moment de sonaliya. C’est une mère de quatre enfants et une fière résidente de Bakaa. Elledit avoir reçu en héritage un sens très vif des responsabilités et le goût pourla vie communautaire, des valeurs communes qui la rattachent au partiYeroushalmim.
Investir les quartiers modestes
Fondé en 2008 par Rachel Azaria, qui, après unescission avec Nir Barkat, se présente elle aussi à la tête de la ville, leparti a trois objectifs principaux : l’éducation, le rapprochement descommunautés et les enjeux de la vie religieuse. D’après elle, ce qui primeavant tout, c’est que les citoyens sont en droit d’attendre de la municipalité d’êtreau service de ses administrés et la candidate revendique le droit de vivre àJérusalem « de façon décente » pour tous.
Une des plus belles réussites à son actif est d’avoir milité pour la gratuitéde l’école maternelle, une mesure qui a été adoptée au niveau national. « Lefait que je n’ai pas à payer le jardin d’enfant pour mon enfant de quatre anssoulage mon budget tous les mois », confie Nahoum. « J’ai pu observer lechangement moi-même, et mesurer ses avantages ».
Ces cinq dernières années, le parti Yeroushalmim a construit trois nouvelles «écoles de qualité », dit-elle. L’une dans le quartier de Katamonim, une àAmital (Kiryat Hayovel), et la troisième à Talpiot Est. Ce sont des quartiersplus populaires et moins onéreux du fait qu’ils sont excentrés, mais c’estjustement là que le parti est le plus actif, et, par ses pressions sur leterrain, il contribue à l’amélioration de la vie de quartier.
C’est aussi dans ces zones d’habitation-là que la qualité des établissementsscolaires est la plus déterminante. « Notre travail consiste à investir desquartiers modestes pour y améliorer la qualité de vie », explique Nahoum. « Dèsqu’une école de qualité y voit le jour, une nouvelle population investit lesalentours ».
Fleur Nahoum est inébranlable dans sa conviction : renforcer ces quartierscontribue à élever la qualité de vie par la base et telle est l’approche qu’ilfaut avoir pour engranger des effets positifs sur long terme.
Selon elle, le travail de Yeroushalmim sera déterminant dans ce que Jérusalemsera demain. « Je pense que ce mouvement populaire est précisément ce dontJérusalem a le plus besoin », dit-elle, et d’ajouter que l’investissement dansle service public, les infrastructures et la vie communautaire des résidentsrendra les quartiers plus attractifs et encouragera les familles à venir s’yétablir.
Pluralisme et égalité
Du point de vue de Nahoum, le fait que ce parti nes’aligne sur aucun courant politique et est composé d’habitants, lui donne unecompréhension plus aiguë des problèmes de tous les jours que rencontrent leshiérosolomytains.
La liste du parti est hétéroclite à l’image des populations très diversifiéesdes différents quartiers de la capitale.
La chef du parti, Rachel Azaria, a été cataloguée comme une féministe d’obédienceorthodoxe qui se bat pour l’égalité homme-femme dans la sphère religieuse aussibien que publique. Tamir Nir, numéro deux de la liste, est un architecteurbaniste, étudiant à l’école rabbinique du mouvement réformiste, et, entroisième position, on trouve le rabbin orthodoxe Aaron Leibowitz, militantsocialiste qui réside à Nahlaot.
« Dans le parti, nous affichons tous des croyances différentes et des cheminsde vie divergents », fait remarquer Nahoum. « Mais nous avons un objectifcommun, celui d’améliorer le quotidien des habitants de Jérusalem, leur offrirdes conditions de vie meilleures et assurer leur avenir. » On entend biensouvent que Jérusalem devient de plus en plus ultraorthodoxe, ce qui inquièteles habitants de la ville. Du fait de la grande diversité de ses membres, leparti rassure et encourage à la pluralité et au vivre ensemble dans toutes sesexpressions. « Il y a de la place pour tous », affirme Fleur Nahoum, eninsistant sur le fait que les habitants doivent prendre conscience qu’il y vade leur intérêt de voter pour pouvoir prendre une part active à la vie de lacité et à l’organisation de son futur.
Quand on lui a demandé de rejoindre le parti, Nahoum a immédiatement songé àson père. Avec toutes ses expériences, la façon dont elle a été élevée, sa foiprofonde dans la vie communautaire, elle veut contribuer à façonner le futur deJérusalem. « Je me suis dit qu’il était temps de passer à l’action et d’êtreentendue, pour faire honneur à la mémoire de mon père ».