Violentes manifestations contre le plan Prawer-Begin

La loi prévoit de réguler l’implantation des Bédouins dans le Néguev. La question palestinienne affleure sous les émeutes.

P4 JFR 370 (photo credit: Reuters)
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(photo credit: Reuters)
Des protestationsqui dégénèrent. Les Bédouins israéliens et leurs partisans ont manifesté samedi30 novembre contre la proposition de loi de relocalisation des Bédouins, diteplan Prawer-Begin. L’objectif du plan est de réguler l’implantation desBédouins dans le Néguev. Il est actuellement débattu à la Knesset.
Ce qui devaitn’être qu’une marche pacifique a rapidement dégénéré en affrontements avec lesforces de l’ordre, obligeant la police à faire fermer plusieurs routes decirculation. Près de 1 500 manifestants étaient réunis près d’Houra, àproximité de Beersheva. Munis pour certains de drapeaux de l’OLP, ils ont jetédes pierres, des cocktails Molotov, des sacs-poubelles et des pneus enflammésen direction des officiers qui ont procédé à de très nombreuses arrestations.Dimanche 1er décembre, plusieurs associations se sont insurgées contre deprétendus abus de la police.
L’associationpour les droits civils en Israël (ACRI) a qualifié l’usage de la force par lapolice dimanche d’« excessif ». Son directeur exécutif, Hagai El-Ad adéclaré, que la conduite de la police « faisait suite à de récentestentatives d’intimider les organisateurs de ces manifestations, qui servent àdéfendre les droits des Bédouins. Ces actions renforcent le mépris de l’Etatpour la population bédouine, pour ses droits à la liberté d’expression et àl’égalité devant la loi ».
Jeudi, l’ACRI,avec Adalah (le centre juridique pour les droits de la minorité arabe enIsraël) a envoyé une lettre au chef de la police d’Israël Yohanan Danino et auprocureur général Yehouda Weinstein, leur demandant de faire cesser la pratiquede la police et du Shin Bet (l’agence de sécurité intérieure d’Israël)consistant à téléphoner aux activistes en amont des manifestations pour lesmettre en garde.
La police de larégion sud a confirmé dimanche que les protestations contre le plan Prawer àHoura, près de Beersheva, ont été d’une violence sans précédent.
Interrogée surles images d’une arrestation d’un garçon de 14 ans lors de la manifestation, laporte-parole de la sous-division du Néguev, Navah Tabo, a déclaré que« ces photos, qui seront examinées, ne rendent pas compte de l’entièreréalité des policiers risquant leurs vies face aux jets de pierres et decocktails Molotov ». La jambe de la porte-parole était toujours bandéedimanche après qu’elle ait été elle-même frappée par une pierre lancée par desmanifestants à Houra. « Le jeune sur la photo est un garçon de 14 ans quijetait des pierres sur la police et ses véhicules », a-t-elle poursuivi.Avant d’ajouter que la détention provisoire de l’adolescent avait été prolongéeau motif de trouble de l’ordre public et violences sur officiers police.
« Unepopulation agitée par des extrémistes »
Le planPrawer-Begin est une initiative de développement économique sur cinq anscherchant à réguler l’installation des Bédouins dans le sud d’Israël. Il vise àétablir un compromis pour des dizaines de milliers de Bédouins actuellementdispersés dans des villages non reconnus à travers le Néguev, ce quilégaliserait 63 % des terres qu’ils revendiquent.
Les manifestantsrefusent le plan qui entraînerait selon eux une dépossession de leurs terrespour près 40 000 Bédouins.
A l’inverse, àdroite, les opposants à la loi la considèrent trop généreuse, au motif qu’elleferait don de territoires aux Bédouins, alors que ceux-ci ne seraient pascapables de s’en prouver les légitimes propriétaires du point de vue juridique.
Le vice-ministrede la Défense Danny Danon (Likoud) a confié au Jerusalem Post dimanche que leplan Prawer-Begin devra être « gelé au vu des violentes émeutes d’unepopulation agitée par des extrémistes qui montent les Bédouins contre l’Etat dedroit ». Ces récents événements, a-t-il ajouté, « nous prouvent quemême suite à la conclusion d’un accord, fruit d’un travail ardu et sérieux, lesprétentions infondées de ces manifestants sur les terres en question ne serontjamais satisfaites ».
Selon le députéZvouloun Kalfa (HaBayit HaYehoudi), les violences de samedi sont dans lacontinuité du comportement de ces dernières semaines des députés arabes à laKnesset. Au cours des discussions à la commission des Affaires intérieures, cesderniers ont violemment interrompu les intervenants qui n’étaient pas d’accordavec eux. Le même genre d’attitude se retrouve dans la rue, affirme le député.
 
La dimensionpolitique
 
De son côté,Amichai Yogev, sous-directeur de l’ONG Regavim qui milite pour un usageresponsable et légal des terres du pays, évoque une revendication palestiniennesous-jacente. Par le passé, a-t-il expliqué au Jerusalem Post, les Bédouins ne faisaientpas partie du programme politique palestinien. Mais ils ont progressivement étéajoutés au débat. « Après 1967, les Arabes ont commencé à réclamer laSamarie puis ont formulé des demandes sur le Néguev, et enfin ils ont dit quetoute la Palestine était à eux. Ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner devantles tribunaux, alors ils utilisent la violence pour obtenir ce qu’ilsveulent », a-t-il expliqué.
ReumaSchlesinger, de l’ONG pro-bédouine Bimkom, déclare, elle, au Jerusalem Postqu’« en l’état, la proposition de loi est terrible. Les Bédouins n’ont paseu l’opportunité de participer à son élaboration ». Quant à la questiond’une appartenance ou non au peuple palestinien, elle affirme :« Demandez aux Bédouins eux-mêmes ce qu’ils veulent. D’après notreexpérience à leurs côtés depuis des années, nous pensons qu’ils sont déterminésà rejeter le plan. On n’a pas besoin d’expulser des gens de leursmaisons », a-t-elle poursuivi, ajoutant que Bimkom avait créé un planalternatif avec des professionnels et en coopération avec la communautébédouine. Plan qui appelle à un accord avec les Bédouins et reconnaît lesvillages où ils se trouvent actuellement.
 
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