Se souvenir de Wannsee

Wannsee, un conciliabule de 90 minutes édictait l’extermination des Juifs d’Europe.70 ans plus tard, le travail de mémoire est en péril

Wansee (photo credit: © DR)
Wansee
(photo credit: © DR)
Le 20 janvier 1942, les dirigeants nazis seréunissaient dans une villa aux alentours de Berlin pour décider de la“Solution finale à la Question juive”. La Conférence de Wannsee, ainsi appeléedu nom de la banlieue où elle s’est tenue, officialisait le processusd’extermination d’une grande partie de la communauté juive européenne.
Le 70e anniversaire de ce conciliabule de 90 minutes, où 15 personnes ontcondamné à mort des millions d’autres, est l’occasion d’évoquer les nombreusesleçons cruciales de la Shoah. Je tiens à en évoquer deux.
Tout d’abord, le génocide d’un peuple ne débute pas par la violence, mais parla haine raciale, qui se mue en discrimination institutionnalisée pourseulement ensuite culminer vers l’assassinat. C’est pourquoi l’antisémitisme,le racisme et la discrimination institutionnalisée doivent être contenus. Les laissers’envenimer nous expose à des conséquences sévères, tragiques, et globales.
Deuxièmement, si les nazis haïssaient les Juifs dès leur montée au pouvoir, etont entamé une campagne antisémite virulente au déclenchement de la SecondeGuerre mondiale, leur but final n’a jamais été d’exterminer la communauté juiveeuropéenne.
Hitler voulait une Europe “Judenrein”, vidée de Juifs, mais c’est seulementaprès que des programmes de déportation des Juifs vers des lieux tels queMadagascar ont échoué, devant le fait que personne d’autre n’était prêt àaccepter les réfugiés juifs, et après que l’assassinat de masse par balles n’apas pas soulevé l’ire de la communauté locale ou internationale, que les nazisont compris qu’ils avaient le feu vert pour perpétrer un génocide inédit.
Appeler un génocide, un génocide Aujourd’hui, alors que l’Europe vacille aubord d’un gouffre économique, engendrant un mouvement de réfugiés et dedemandeurs d’asile avides de franchir les frontières sur une base quotidienne,et la recrudescence d’un antisémitisme qui ne montre aucun signe deralentissement, il est impératif que le processus, la nature et lesconséquences de la Shoah soient clarifiés.
Car la mémoire de la Shoah est soumise à une attaque sans précédent. Certes,des négationnistes abjects tel David Irving ont été discrédités depuis que cedernier a perdu son procès en diffamation à Londres en 2000.
Mais un déni d’allure nouvelle bat toujours dans les coeurs des nouveaux Etatsmembres de l’Union européenne, en particulier des trois pays baltes - Lituanie,Lettonie et Estonie - fortement soutenus par des forces de droite del’échiquier politique en Hongrie, République tchèque et autres.
Enoncé dans la Déclaration de 2008 de Prague, et activement appliqué par lesdirigeants d’un certain nombre de pays de l’Est de l’Union européenne, le“Processus de Prague” (décidé à la Déclaration de Prague du 4 nov 2011) est enmarche dans l’Union européenne. Au programme : l’adoption d’une résolution de2009 appelant à l’ensemble de l’Europe à promulguer une seule journée decommémoration pour les crimes nazis et soviétiques. D’autres propositionsdangereuses ont été avancées dans un souci de “révision” de manuels à traverstoute l’Union européenne pour assurer “un traitement égal” des crimes nazis etsoviétiques, comme condamner l’opinion que l’holocauste nazi était le seulgénocide du 20e siècle en Europe.
L’Histoire a conduit les Juifs à faire preuve d’empathie envers la souffranced’autrui, et effectivement, les pays de l’Europe de l’Est ont subi quatredécennies de domination soviétique brutale. Des centaines de milliers depersonnes ont perdu leur emploi, ont été déportées, envoyées dans des camps detravail par les régimes communistes dont la cruauté était indéniable, etbeaucoup trop de gens ont péri ou vu leur vie réduite à néant. Les crimessoviétiques n’étaient rien moins qu’effroyables et doivent avoir leur placedans les mémoires. Mais il n’y a pas eu de génocide soviétique.
Il n’y a pas eu d’Holocauste soviétique.
Continuer le travail de mémoire
En brouillant la définition du génocide, ceterme censé faire trembler la terre perd son sens. Si tout est un génocide,alors rien ne l’est.
Pour marquer l’anniversaire de Wannsee et contrer les dangereuses tendances quisévissent dans l’Europe aujourd’hui, j’ai publié la Déclaration des 70 ans del’anniversaire de la Solution finale à Wannsee, avec le professeur Dovid Katz,auteur du blog DefendingHistory.com.
La déclaration a été signée par plus de 70 parlementaires de 19 pays de l’Unioneuropéenne, dont trois anciens ministres des Affaires étrangères européens,deux vice-présidents du Parlement européen et un du Bundestag. En plus derappeler le programme de la Solution finale avec “humilité et la tristesse”, ladéclaration rejette explicitement la notion de “double génocide”.
Soixante-dix ans après la Conférence de Wannsee, le processus de réconciliationavec les crimes de la Seconde Guerre mondiale n’est pas encore achevé, enparticulier dans les pays baltes. En conséquence, la déclaration appelle lesÉtats membres de l’UE à “poursuivre leurs efforts pour reconnaître leur proprerôle dans la destruction du judaïsme d’Europe” et souligne la “nécessité depoursuivre l’enseignement de la Shoah et sa commémoration à travers l’Union européenne.”La montée de l’antisémitisme, d’autres formes de racisme et de xénophobie, etl’implémentation du concept de double génocide en orientale, ne font que rendre cette mission plus urgente encore.
Malheureusement, la plupart des organisations juives mondiales et lesdépartements concernés du gouvernement israélien ne se sont pas encore investisdans la lutte contre la menace du double génocide, vitale afin de préserver lamémoire de la Shoah. Le temps est venu pour eux de rejoindre les parlementaireseuropéens et de s’atteler ensemble à cette tâche.
La manière dont la Shoah est commémorée, et le succès ou l’échec du processusde , sontcruciaux non seulement pour le passé de l’Europe, mais aussi pour son avenir.  L’auteur est professeur agrégé à l’Université ,à , enAustralie et réalisateur de documentaires dont le dernier “Réécrire l’histoire”(www.rewriting-history.org).
danny@identity-films.com La Déclaration du 70e anniversaire :www.defendinghistory.com