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Barak resigns 370.(Photo by: Ariel Hermoni, Defense Ministry)
L’éloge funèbre politique d’Ehoud Barak
By AMOTZ ASA-EL
12/04/2012
Retour sur le parcours politique d’un homme de guerre.
A l’image de son homonyme biblique, Ehoud, Barak aussi est courageux.

Il n’a peut-être pas éventré un roi ennemi avec un poignard à double tranchant, mais comme Ehoud Ben-Gera, il a bien connu les longues batailles le jour, les embuscades la nuit, la menace et la froideur d’un pays hostile.

Et comme son ancêtre biblique, notre Ehoud n’a pas fini de nous étonner - un matin, dans la peau d’un tueur à gages en perruque, un autre, dans celle d’un mécanicien faisant irruption dans un avion détourné, un soir en politicien quittant son propre parti, et le lendemain, alors que tous s’attendaient à une manoeuvre, un homme annonçant une retraite stratégique, ou tout autre événement dont nous aurions pu été témoins cette semaine.

Là encore, contrairement à son homonyme biblique, dont les victoires militaires ont prodigué 80 ans de paix, la carrière politique d’Ehoud n’a pas connu un seul jour de calme. Pis encore, l’homme qui a si bien mérité une place d’honneur dans les annales comme commando de Tsahal audacieux, restera associé aux termes de dilettantisme, tragédie et farce politiques.

Barak voulait être un artisan de la paix, mais après avoir passé des décennies à distribuer des ordres, il ne lui a jamais traversé l’esprit qu’il fallait être deux pour parvenir à un accord.

C’est ainsi que, au grand étonnement de tous, ses annonces en 1999 de dates-butoir pour des propositions de paix avec Hafez El-Assad et Yasser Arafat se révèleront plus tard avoir été faites sans aucun dialogue préalable, même indirect, avec l’un ou l’autre des préposés. Barak a entrepris personnellement des pourparlers avec la Syrie, même si son interlocuteur n’était que le ministre des Affaires étrangères, asymétrie diplomatique que tout homme d’Etat débutant détecterait immédiatement et éviterait certainement.

Après être sorti de sa mésaventure syrienne les mains vides, Barak a entamé son fiasco palestinien.

Ce qui avait l’allure d’une paix des braves a fini comme guerre des suicides. La raclée électorale infligée à Barak par Ariel Sharon, la pire de toute l’histoire d’Israël, a ainsi scellé son bref mais riche parcours en tant qu’homme d’Etat.

Tout cela était, en soi, assez tragique. Mais le plus grand écueil de la carrière politique de Barak concerne, non son art de gouverner, mais son idéologie.

Un socialiste dans une tour de verre 

Le kibboutznik, qui a gagné le soutien de milliers d’âmes, grâce à son voeu passionné de s’occuper de « la vieille dame au fond couloir de l’hôpital gouvernemental de Nahariya », s’est vite révélé peu soucieux des questions nationales en général, et de l’inégalité sociale en particulier.

D’abord, il a consacré presque tout son temps à la défense et aux affaires étrangères. Puis il s’est logé dans un gratte-ciel étincelant d’où la classe ouvrière que son parti social-démocrate prétendait représenter paraissait encore plus petite que son intégrité.

La manière dont Barak traitait les autres n’était qu’une farce.

Pourvu des qualités relationnelles d’une chauve-souris, il a réussi à s’aliéner presque tous ceux qui ont travaillé avec lui, des assistants, collègues et militants à des généraux, en passant par les ministres et autres pontes médecins.

L’homme qui n’a rien appris et rien oublié, a, en tant que Premier ministre, attribué des fonctions bizarres : à Shlomo Ben-Ami, l’intellectuel, au poste de ministre de la Sécurité intérieure, ou au conflictuel Yossi Sarid, au ministère de l’Education. Il a aussi laissé la Banque d’Israël sans gouverneur pendant des mois. Et réussi, pendant une décennie, à être en conflit avec un chef de Tsahal avant de nommer celui rejeté par les décisionnaires, et dans l’intervalle, à en installer un autre, temporairement, bricolant ainsi avec le bureau le plus sensible sous sa juridiction, comme si c’était un jouet.

Tout cela, bien sûr, sans parler du fait que sous sa houlette, le Parti travailliste s’est retrouvé diminué de moitié, réduit à sa formation la plus exiguë, à tout juste un dixième de l’électorat. Que Barak ait été un désastre politique est donc incontestable. La question est : pourquoi ? Etait-ce son seul trait de caractère ou cette sous-performance cache-t-elle autre chose ?

Séparation du pouvoir et du militaire 

Deux éléments ont inspiré la carrière politique de Barak : sa profession et le zeitgeist (l’air du temps).

La présence de sa profession, commandant militaire, en politique, est propre à Israël.

Nulle part ailleurs dans le monde libre, l’organe législatif est tant submergé de généraux à la retraite.

En Grande-Bretagne, l’idée de voir, disons, Bernard Montgomery, prendre les commandes de l’exécutif, n’a jamais traversé un esprit sain. Eisenhower et de Gaulle étaient certes des militaires de carrière devenus d’emblématiques dirigeants nationaux, mais il s’agit-là d’exceptions. La règle veut que les généraux n’embrassent que rarement la politique occidentale et encore moins les postes de ministre de la Défense et de chef d’état-major.

Aux Etats-Unis, en nommant George Marshall secrétaire à la Défense en 1950, le Congrès a certifié que c’était une exception : « Le présent acte ne saurait être interprété comme une approbation du Congrès à de futures affectations de militaires au bureau du secrétariat de la Défense. Le Congrès stipule qu’à la fin du mandat du général Marshall, aucune autre attribution de militaires à ce bureau ne sera approuvée. » Pourquoi ? Parce que quand un général supervise le chef d’étatmajor, il devient de facto chef d’état-major, qui, mécontent, devient frustré et même dangereux.

Cette sagesse d’école est nulle et non avenue en Israël. Nous avons eu trop de généraux en politique, en général, et en tant que ministres de la Défense en particulier.

Et puis, il y a l’air du temps.

Ehoud Barak est le pur produit de l’arrogance de l’Israël post-67.

Il a vraiment cru, et sans doute le pense-t-il encore, qu’il est supérieurement intelligent à tous ceux qui l’entourent, et qu’il lui suffit de lancer un petit os, un titre pompeux pour l’un et pour l’autre, un petit budget, pour les calmer, tandis que Lui, mène sa barque - seul, rapidement, ingénieusement, et avec brio.

Il y avait aussi eu le temps de l’alter ego de Barak : Moshé Dayan. Ou pire encore, le temps mauvais, fanfaron, bravade, hypocrite et cynique, où le chef de l’étatmajor n’était autre que Shaoul Mofaz, également engagé sur la voie de notre dépotoir politique.

Il est heureux que cette époque prenne fin.

Espérons que le départ de Barak posera un jalon sur la route du retour vers la sensibilité sociale, la sincérité idéologique et l’humilité politique.


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